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« Il s'est battu pour les Innus », les funérailles de Thaddée André célébrées samedi

Photo tirée du film Nikanish, sur la trace de nos ancêtres, réalisé par Jean-Étienne Poirier pour la communauté de Matimekush-Lac-John, en 2005.

Photo tirée du film « Nikanish, sur la trace de nos ancêtres », réalisé par Jean-Étienne Poirier pour la communauté de Matimekush-Lac-John, en 2005.

Photo : Tiré du film: Nikanish, sur la trace de nos ancêtres

Un « héritier d’une grande tradition de résistance », un homme « de compassion », les réactions à la suite du décès de l’ex-chef de Matimekush-Lac-John et intervenant social, Thaddée André, emporté par la COVID-19, affluent ces jours-ci. Les funérailles auront lieu samedi à Mani-utenam.

Les valeurs qu’il m’a transmises, c’était de toujours aider les autres, d’avoir de la compassion pour les gens. Il s’est battu toute sa vie pour les Innus, confie sa fille Kathleen André.

Il nous a transmis le fait de vouloir être un peuple autonome.

Kanessa Michel (petite-fille)

Je parle encore la langue innue, mais pas autant que mon frère et mon père, dira Thaddée André dans le film Nikanish, sur la trace de nos ancêtres, réalisé par Jean-Étienne Poirier pour la communauté de Matimekush-Lac-John, en 2005.

Envoyé dans un pensionnat, comme des milliers d’autres enfants autochtones, Thaddée André avait été traumatisé par cette expérience.

Aujourd’hui, mon souhait c’est que les Innuat de ma communauté se prennent en main, qu’ils s’entraident et qu’ils puissent se dépasser dans tout ce qu’ils entreprendront, dit-il dans le film.

C’était un chef diplomate, dédié à sa communauté, témoigne pour sa part le chef actuel de Matimekush-Lac-John, Réal Mckenzie, qui a été son adversaire politique.

Pierrot Ross-Tremblay le voyait comme un mentor. Cet été, l'ex-chef innu avait pris sa retraite et s'était rendu à Ottawa pour travailler à un projet d'écriture de ses mémoires et effectuer des recherches sur la transmission de la culture innue.

Thaddée André en 2011 à Pitaga (Terre-Neuve-et-Labrador) devant une tente.

Thaddée André en 2011 à Pitaga (Terre-Neuve-et-Labrador) soit en territoire Nitassinan qui signifie « notre terre », le territoire ancestral du peuple innu au Québec et au Labrador.

Photo : (Photo fournie par la famille de Thaddée André)

M. Ross-Tremblay rappelle qu'il était issu d'une lignée de défenseurs de la culture innue. Sa tante Anne Kapesh (An Antane Kapesh) est la première femme autochtone à avoir publié un livre en français et en langue innue. Son oncle était le guide et chasseur Mathieu André surnommé Mistanapeo (le grand homme).

C’était un héritier d’une grande tradition de résistance et d’une vision d’autodétermination, estime le professeur et sociologue originaire d’Essipit.

Il avait un style de leadership qui se rapproche des chefs traditionnels. Il avait la conscience du colonialisme, du racisme qu’il a vécu lui-même, ajoute-t-il.

C’était un aîné, un tshishennu [na] en langue innue

Pierrot Ross-Tremblay, ami de Thaddée André

À partir de 2003, après avoir été chef à deux reprises, Thaddée André se consacre aux jeunes à titre d’agent de liaison en éducation. Il deviendra également intervenant social dans le cadre du Programme national de lutte contre l'abus de l'alcool et des drogues chez les Autochtones (PNLAADA).

Il se souciait des gens qui avaient des problèmes de consommation parce qu’il se voyait à travers ça, explique sa petite-fille, Kanessa Michel.

Thaddée André, en 2011 à Pitaga (Nitassinan).

Thaddée André, en 2011 à Pitaga (Nitassinan).

Photo : (photo fournie par la famille)

La psychologue Danielle Descent, qui habite Uashat mak Mani-utenam depuis 1976, l’a côtoyé à plusieurs occasions.

Rappelant son travail avec les jeunes du secondaire, elle soutient que Thaddée André avait découvert à quel point ils étaient désorientés et marqués par le malaise engendré par les pensionnats.

Il voulait recréer des liens solides permettant un renouveau communautaire, dit-elle.

Thaddée André s’investira notamment avec un groupe d’ex-pensionnaires dans un processus de guérison en participant à des sessions de ressourcement en forêt. Il deviendra ensuite intervenant social dans le cadre du PNLAADA.

Dans sa vision, il n’y avait pas de cas désespéré. Il fallait juste continuer à accueillir la personne qui voulait s’aider, sans compter ses rechutes et ses maladresses. L’entraide (en langue innue Uauitshitun) et le respect de l’autre (Ishpitenitamun) furent ses outils privilégiés tout au long de sa vie, indique la psychologue Descent.

La communauté est en deuil à la suite de son départ soudain.

Réal Mckenzie, chef du Conseil de la Nation Innu Matimekush-Lac-John

Il a longtemps défendu les droits et les intérêts de ses pairs. [...]. Il a tendu la main à tous ceux qui se trouvaient dans le besoin, écrit le Conseil de la Nation Innu Matimekush-Lac-John.

Thaddée André était encore rempli de projets, mais la vie en aura décidé autrement pour lui à l’âge de 74 ans.

Il laisse dans le deuil sa conjointe depuis plus de 30 ans, Arthémise Fontaine, ses deux enfants Kathleen et Pascal, ses 8 petits-enfants et ses 12 arrière-petits-enfants.

Les funérailles auront lieu samedi à 14 h à l’église Notre-Dame du Cap à Mani-utenam. Thaddée André sera par la suite transporté vers son dernier repos au cimetière de Mani-utenam.

La famille recevra également les proches à compter de vendredi au complexe thanatologique Mallet & fils à Sept-Îles.

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