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Chronique

Appelez-moi Ka'nhehsí:io : pourquoi je me réapproprie mon nom kanien'kéha

Ka'nhehsí:io Deer est une journaliste kanien'kehá:ka (mohawk) de Kahnawake, au Québec.

Ka'nhehsí:io Deer est une journaliste kanien'kehá:ka (mohawk) de Kahnawake, au Québec.

Photo : CBC / Ka'nhehsí:io Deer

J'ai été nommée Ka'nhehsí:io par ma Tóta.

Mes joues potelées et mes doux cheveux blonds rappelaient à ma grand-mère une poupée Bout d'chou (Cabbage Patch Kids). Au milieu des années 1980, une nouvelle gamme de poupées avec des cheveux en nylon qui pouvaient être peignés plutôt que les cheveux en fils à tricoter standard venait s’ajouter à la célèbre collection.

Ces poupées étaient vendues sous le nom Corn Silk Kids (enfants de soie de maïs) et ma grand-mère s’en est donc inspirée pour mon nom. En kanien'kéha, la langue mohawk, Ka'nhehsí:io signifie soie fine ou beau ruban. Il est prononcé GUN-heh-SEE-yo.

Originaire de Kahnawake, Ka’nhehsí:io Deer travaille comme reporter à CBC Indigenous. Elle est basée à Montréal.

J'ai toujours préféré m'appeler Ka'nhehsí:io mais pendant la majeure partie de ma carrière de journaliste, j'ai utilisé mon nom anglais. C'était plus facile. Personne n'a du mal à l'épeler ou à le prononcer et il n'y a jamais de tracas bureaucratiques lorsque vous partagez un nom avec des milliers d'autres femmes nées entre la fin des années 1980 et le début des années 1990.

Il y a toujours eu des obstacles dans le processus d'épellation de mon nom avec les signes diacritiques appropriés sur à peu près chaque pièce d'identité personnelle. Par exemple, un deux-points est devenu un caractère invalide sur les passeports canadiens et il ne peut pas non plus être utilisé dans les adresses électroniques ou les identifiants sur les réseaux sociaux.

Mais continuer à ne pas utiliser mon nom kanien'kéha me semblait un poids énorme sur mes épaules. J'adore mon nom et j'en suis fier.

Il fait partie de la base de mon identité en tant que Kanien'kehá:ka de Kahnawake. Il est un rappel quotidien que je fais partie d'une culture vivante. Demander à mes collègues et au public de m'appeler Ka'nhehsí:io est un acte puissant de récupération de la langue.

Utiliser mon nom kanien'kéha est aussi une façon d'éliminer les couches de traumatisme intergénérationnel – comme la perte de langue – que ma famille, ma communauté et ma nation ont endurées à cause des systèmes de pensionnats et d'externats autochtones.

Des mots en kanien'kéha, la langue mohawk, sont affichés sur les murs à l'intérieur du centre culturel Kanien'keha:ka Onkwawén:na Raotitiohkwa de Kahnawake.

Des mots en kanien'kéha, la langue mohawk, sont affichés sur les murs à l'intérieur du centre culturel Kanien'keha:ka Onkwawén:na Raotitiohkwa de Kahnawake.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Mes parents viennent d'une génération qui n'a pas appris à parler kanien'kéha, mais qui le voulaient pour leurs enfants. C'est pourquoi mes frères et sœurs et moi sommes allés dans une école d'immersion. Apprendre à parler ma langue et utiliser Ka'nhehsí:io a été fondamental dans la formation de mon identité.

Si je veux un jour réaliser mon rêve de parler couramment ma langue, l’acte de demander à mes collègues et au public de m'appeler Ka'nhehsí:io semble être un bon point de départ.

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