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Julie Philippe, « faire tomber des barrières » comme première Autochtone juge au Québec

Julie Philippe, juge innue, sourit à la caméra.

Julie Philippe, récemment nommée juge, siégera à la Chambre civile de Montréal.

Photo :  courtoisie / Julie Philippe

Gabrielle Paul

Nommée juge la semaine dernière, Julie Philippe, membre de la communauté de Mashteuiatsh, est la première femme autochtone à occuper cette fonction au Québec. Elle a accepté de répondre aux questions d’Espaces autochtones.


Comment avez-vous réagi à votre nomination comme première femme autochtone juge au Québec?

« Ça a été un grand bonheur, autant pour moi que pour l’ensemble de la communauté. Je l’ai fait pour les deux. C’est un grand défi qui m’attend, alors c’est un mélange d’émotions, d’excitation et de stress. »

Qu’est-ce qui vous a amenée à étudier le droit?

« J’étais d’abord intéressée par la psychologie, puis, au dernier moment, j’ai changé pour le droit en ayant été influencée par mon frère [Mark Philippe, lui aussi nommé juge en 2017, NDLR]. Finalement, tout le long de mon parcours de juriste, je me suis rendu compte que c’était un travail qui était très, très humain. Même en droit, j’ai pu utiliser l’écoute, la compassion et accompagner les gens dans des situations difficiles. »

Comment est-ce que le fait d’être Autochtone a pu jouer un rôle dans votre carrière?

« Je me suis toujours fait un devoir de m’impliquer quand je pouvais faire une différence. On n'est pas beaucoup [d’Autochtones juristes] au Québec et, parfois, c’est utile d’avoir des Autochtones sur des conseils d’administration, par exemple. Alors, je me suis impliquée dans plusieurs organismes, entre autres le Centre de justice des Premiers Peuples. J’ai aidé aussi à faire avancer un projet d’accessibilité aux études en droit pour les étudiants autochtones avec la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke.

C’est sûr que quand on veut accéder à des postes de magistrature, bien ils regardent l’ensemble du CV. Il ne suffit pas d’être seulement un bon juriste, il faut aussi être une personne qui s’est impliquée dans son milieu.

J’ai toujours pensé que, quand on a la chance d’avoir un cheminement qui nous permet d’essayer d’accéder à des postes comme ça, il faut se lancer. Je pense qu’on a un peu un devoir d’être un exemple pour les jeunes qui vont nous suivre. On a un devoir aussi de faire tomber certaines barrières. »

Quels sont vos liens avec la communauté de Mashteuiatsh dont vous faites partie?

« Mon papa est né là-bas, mais il a dû quitter pour le travail. Donc, moi j’ai grandi en Estrie. Mais chaque été pour nos vacances de famille, on retournait toujours dans la communauté. C’est sûr que je n’ai pas grandi là, mais j’ai un attachement fort, mes souvenirs sont là. J’y retourne aussi maintenant avec mes enfants. Ça a toujours été très, très important pour moi. »

Passer d’avocate à juge, comment se prépare-t-on à ça?

« Dès qu’on reçoit l’appel, on ne peut plus poser de gestes qui appartiennent aux avocats. Il y a toute une passation des dossiers, une fermeture de bureau. Je dois maintenant cibler les collègues qui vont prendre la relève.

Il y a beaucoup de choses administratives auxquelles on ne pense pas et qu’il faut apprendre. C’est toute l’arrière-scène de la cour qu’on ne voit pas nécessairement quand on est avocat. Il y a une période d’observation aussi auprès de collègues qui siègent dans différentes chambres. D'ici quelques semaines, c’est moi qui vais commencer à siéger officiellement. »

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