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Un homme condamné à perpétuité pour avoir battu à mort une jeune femme crie

« Les cicatrices ne guériront jamais » pour la communauté du nord du Manitoba où s’est déroulé le drame

Crystal Andrews a été assassinée en 2015 alors qu'elle avait 22 ans.

Crystal Andrews, une jeune femme crie, a été assassinée en 2015 alors qu'elle avait 22 ans.

Photo : Courtoisie GRC du Manitoba

Radio-Canada

Un homme de 40 ans purgera une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle pendant près de 16 ans, pour avoir tué une jeune mère autochtone.

En janvier dernier, Michael William Okemow a été reconnu coupable du meurtre au deuxième degré de Crystal Andrews, 22 ans, dans la Première Nation de God's Lake, une communauté crie située à 545 kilomètres au nord-est de Winnipeg.

Le meurtre de Crystal par Michael a eu un effet très important sur la famille [de la victime], sur cette communauté et bien au-delà, car elle fait partie des nombreuses femmes autochtones assassinées, a écrit le juge de la Cour du Banc de la Reine Chris Martin dans sa décision rendue plus tôt ce mois-ci dans la communauté éloignée.

Le juge Martin a écrit que le fait de s’être déplacé dans la communauté faisait partie du processus de guérison de ses résidents. Il a qualifié ce déplacement, malgré les restrictions de confinement reliées à la COVID-19, de petite étape de réconciliation par le système judiciaire.

Il a également soutenu avoir voulu rendre sa décision dans un langage relativement simple, tel qu’on le lui a demandé, puisque le cri est la principale langue de la communauté.

Crystal avait un mari et deux jeunes enfants qui l'aimaient, ainsi que des enfants qu’elle accueillait chez elle, indique le document. Elle leur manquera tout au long de leur vie. […] Elle avait un avenir radieux. C'est la pire chose qui pouvait arriver.

Crystal Andrews a communiqué pour la dernière fois avec ses proches dans la nuit du 8 novembre 2015. Elle avait alors appelé son fiancé pour lui dire qu'elle rentrait chez un ami après une soirée avec des connaissances. Elle n'est jamais revenue à la maison.

Plus tôt dans la journée, a appris le tribunal, Michael William Okemow avait heurté deux personnes avec son véhicule. Il a ensuite vu la jeune femme pendant qu’il s'éloignait du lieu de l’accident.

Malheureusement, Crystal était au mauvais endroit au mauvais moment, a déclaré le juge.

Cette nuit-là, M. Okemow a réussi à faire monter Crystal Andrews dans son véhicule et l'a conduite sur une route d'hiver, où il l'a battue à mort. Il a ensuite essayé de cacher son corps dans des buissons, selon des documents judiciaires.

La police, qui cherchait M. Okemow pour les deux délits de fuite, a trouvé le véhicule tout près de là. À ce moment, la GRC ne savait pas que Crystal Andrews avait été portée disparue.

La police a par la suite soupçonné Michael William Okemow du meurtre de la jeune femme, mais des preuves ADN ont été nécessaires pour procéder à son arrestation. Il a été accusé de meurtre au deuxième degré en 2018.

Une peine basée en partie sur les antécédents criminels

Dans sa condamnation, le juge Martin a déclaré qu'il avait tenu compte de la gravité du crime et des antécédents criminels de M. Okemow, mais aussi de l'état de santé mentale actuel de celui-ci. Les mauvais traitements et la négligence que le meurtrier a lui-même subis ont aussi été pris en compte.

Le tribunal a appris que Michael William Okemow a été adopté et abusé dans son enfance. Il a commencé à boire de l’alcool à l'âge de 10 ans et a développé une grave dépendance. Son parcours scolaire s’est arrêté après la sixième année.

L’alcoolisme et la toxicomanie ont rendu difficile le diagnostic de schizophrénie, qu'il aurait développée en prison.

Lorsqu'il a été relâché dans la communauté, M. Okemow a eu de la difficulté à accéder aux médicaments et aux services dont il avait besoin pour gérer ses problèmes de santé mentale.

Par moments, il s’est retrouvé sans abri, ce qui a ajouté à son instabilité.

Mais le juge a également noté que Michael William Okemow avait des antécédents de crimes violents et il croit que l'homme savait que le fait d’assassiner la jeune femme était une erreur. Il a essayé de la cacher. […] Il a ensuite menti à la police. Il savait que ce qu'il avait fait était très mauvais.

Des conditions de détention provisoire inhumaines

Une condamnation pour meurtre au deuxième degré est automatiquement assortie d'une peine d'emprisonnement à perpétuité. Pour déterminer combien de temps il faudra avant que M. Okemow soit admissible à la libération conditionnelle, le juge Martin a tenu à prendre en compte le temps qu'il avait passé dans une petite cellule pendant son procès.

En raison de l'éloignement de la communauté et du manque d'accès à un centre de détention provisoire, M. Okemow a passé environ six jours dans une pièce que le juge a décrite comme étant une cellule d'isolement.

Comme l'a décrit un juge local, c’était inhumain. Et encore plus pour Michael, qui souffre d’importants troubles mentaux. Il s’agissait d’une préoccupation quotidienne tout au long du procès, a-t-il déclaré.

Alors accusé, M. Okemow n’avait pas accès à une télévision ni même à une cour extérieure. Les seules personnes avec qui il pouvait communiquer étaient des compagnons de cellules. Il y a des toilettes et un lavabo dans la cellule, mais absolument aucune intimité pour les utiliser, a souligné le juge.

Compte tenu de ces éléments, le juge Martin a condamné Michael William Okemow à 16 ans de pénitencier avant d'être admissible à la libération conditionnelle, la réduisant de deux mois en raison des conditions de son expérience en prison.

Il s’agit d’une peine sévère, mais juste, a déclaré le juge. Si Michael est un jour libéré, je m'attends à ce que les agents de libération conditionnelle ne lui permettent jamais de revenir ici, dans la Première Nation où [Crystal] Andrews a été tuée. Les cicatrices ne guériront jamais.

D’après un texte de Rachel Bergen, CBC.

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