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Des communautés autochtones du Nord ne veulent pas être oubliées par Ottawa

Portrait de Rebecca Kudloo, la présidente de l'organisme national pour femmes inuit Pauktuutit.

Le présidente de l'organisme national pour femmes inuit Pauktuutit, Rebecca Kudloo, demande à Ottawa d'investir 20 millions de dollars pour ouvrir cinq refuges et des logements de transition.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La semaine prochaine, la gouverneure générale du Canada, Julie Payette, prendra la parole au parlement pour prononcer le discours du Trône, qui dictera les grandes orientations du gouvernement après des mois de pandémie.

Le premier ministre Justin Trudeau et ses ministres, réunis en huis clos au début de la semaine, ont laissé entendre qu’ils annonceraient de nouveaux investissements dans les infrastructures vertes, des mesures pour combattre le racisme systémique et des changements de fond à l’assurance-emploi. Le revenu minimum garanti pourrait faire partie de ces réformes.

Loin d’Ottawa, dans le nord du pays, nombreux sont les militants qui espèrent que des questions de longue date ne seront pas reléguées au second plan. Selon eux, celles-ci doivent être abordées dans le cadre de la relance économique.

À l’occasion du discours du Trône, nous voulons que le premier ministre […] reconnaisse qu’il faut en faire plus, dit Rebecca Kudloo, présidente de l'organisme national pour femmes inuit Pauktuutit.

Les gens du Nord sont différents du reste du Canada. J’espère que [le gouvernement] aura une meilleure compréhension de nos besoins.

Rebecca Kudloo, présidente de l'organisme national pour femmes inuit Pauktuutit

Remettre l’ENFFADA à l’ordre du jour

Plusieurs problèmes soulevés par les chefs et dirigeants du nord du pays, comme la violence envers les femmes et les filles autochtones, ne sont pourtant pas nouveaux.

Rebecca Kudloo s’est dite déçue d’apprendre que la pandémie a contraint le gouvernement à remettre à plus tard la présentation d’un plan d’action pour faire suite aux recommandations de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA).

Le rapport des commissaires a été déposé en juin 2019 et, depuis, ce plan d’action se fait attendre. La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, avait promis qu’il serait présenté à l’occasion du premier anniversaire de la publication du rapport de l’ENFFADA.

Les familles ont vécu des moments difficiles au cours de l’enquête, et elles doivent attendre une autre année avant de voir si quelque chose se passe, déplore Mme Kudloo.

Carolyn Bennett s'adresse à la presse.

La ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, en compagnie du ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Dans l’attente des mesures pour combattre le racisme systémique que laisse miroiter le caucus libéral, la présidente de l'organisme Pauktuutit rappelle les récentes histoires d’horreur d’arrestations de femmes inuit publiées par les médias. Comme certains témoignages font mention d’allégations de fouilles à nu dégradantes et de violence excessive, la Commission des services juridiques du Nunavut a demandé la tenue d’une enquête.

Selon Rebecca Kudloo, le fédéral devrait investir davantage pour offrir des formations sur la diversité et permettre l’embauche d’interprètes inuit afin d’améliorer les rapports entre les policiers et les communautés.

Son organisme demande d’ailleurs à Ottawa de lui fournir la somme de 20 millions de dollars pour construire cinq nouveaux refuges pour les femmes inuit, dans lesquels elles pourront venir se loger au besoin, particulièrement durant l’hiver.

Nous faisons face à des froids extrêmes, dit-elle. Si une femme doit s’enfuir, elle doit le faire alors qu’il fait moins 30, moins 40 degrés dehors, avec ses enfants.

Dans le Nord, la pénurie de places disponibles dans les refuges, la lenteur des interventions des corps policiers et le manque de services offerts en inuktitut sont tous dus à un manque de financement. Ces problèmes chroniques, estime Mme Kudloo, rendent les femmes plus vulnérables et augmentent les risques de violence conjugale.

Réinvestir dans le logement abordable

Ce ne sont pas seulement les refuges qui manquent au Nunavut. Aluki Kotierk, présidente de l’organisation Nunavut Tunngavik Inc., qui protège les droits et les intérêts des Inuit du Nunavut, espère que le fédéral annoncera de nouveaux investissements pour favoriser le logement dans le Grand Nord.

Un appel qui trouve écho dans les demandes formulées par le chef national déné Norman Yakeleya, dans les Territoires du Nord-Ouest, et par Charlotte Hrenchuk, coprésidente de la Coalition anti-pauvreté du Yukon. Tous deux s’entendent pour dire qu’une partie du discours du Trône doit être consacrée au logement abordable.

Le logement est un facteur déterminant de la qualité de vie, ici. Si vous n'avez pas d'endroit pour vivre, vous ne pouvez pas être à l'abri de la COVID-19. Vous ne pouvez pas être à l'abri de quoi que ce soit.

Charlotte Hrenchuk, coprésidente de la Coalition anti-pauvreté du Yukon

Selon Mme Hrenchuk, la pandémie a mis en lumière les problèmes de sécurité alimentaire. Un changement démographique a pu être observé du côté de la clientèle des banques alimentaires, qui accueillent désormais des travailleurs à faible revenu qui ont perdu leur emploi, souligne-t-elle.

Tous les organismes qui fournissent de la nourriture aux personnes en situation d'insécurité alimentaire sont tout simplement débordés, au-delà de toute attente, dit-elle.

L’instauration d’un revenu minimum garanti pourrait résoudre beaucoup de ces problèmes, selon Mme Hrenchuk.

Lutte contre les changements climatiques et souveraineté autochtone

Donovan Erutse, est du même avis. Il est organisateur au sein du groupe Our Time Yellowknife, un organisme de défense du climat et de la justice sociale dirigé par des jeunes, qui demande que des réformes majeures soient au menu lors du discours du Trône.

Ce sont les personnes les plus vulnérables de notre société qui ont été le plus affectées par la pandémie, soutient M. Erutse. Mais la pandémie nous a également montré que le gouvernement peut agir rapidement lorsqu'il prend une crise au sérieux.

L'organisation de M. Erutse a envoyé des lettres à des politiciens fédéraux afin de les exhorter à profiter de la relance économique pour réduire les inégalités et s’attaquer aux changements climatiques.

Le groupe Our Time Yellownike plaide notamment pour le respect des droits et de la souveraineté des peuples autochtones, l’instauration d’un congé de maladie universel, un meilleur soutien accordé aux toxicomanes et un salaire minimum décent.

Ses membres réclament également un accès universel à Internet, qui, selon M. Erutse, n'a fait que gagner en importance depuis que la pandémie a obligé les services de santé et d'éducation à revoir leur approche en ligne.

Plus important encore, ils demandent des investissements dans un New Deal vert, c'est-à-dire des investissements à grande échelle dans des infrastructures et des technologies vertes afin que le Canada atteigne ses cibles de réduction des gaz à effet de serre.

Du financement pour les gouvernements autochtones

Selon le chef déné Yakeleya, il faut qu’Ottawa permette aux communautés autochtones d'avoir un contrôle direct sur le financement, qui passe d’habitude par le gouvernement territorial.

Un homme portant des lunettes sourit.

Le chef national déné Norman Yakeleya, dans les Territoires du Nord-Ouest

Photo :  CBC / Kirsten Murphy

Nous savons ce dont nos communautés ont besoin en matière d'éducation, d'emploi, de développement économique et d'infrastructures, affirme-t-il.

Le chef Yakeleya estime que le règlement des revendications territoriales qui perdurent depuis longtemps doit être résolu dans le mandat actuel du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest.

Ça apporte une certitude, une certaine sécurité, et ça permettrait de définir clairement [...] les juridictions du Nord, avance-t-il.

Le financement direct devrait venir avec un engagement direct, poursuit-il. M. Yakeleya propose que les gouvernements autochtones travaillent de pair avec le Canada pour créer une agence nationale chargée de surveiller la qualité de l'eau, afin de veiller à la santé des bassins versants du Nord, comme le bassin du Mackenzie.

D'après un texte de John Last, de CBC North

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