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Maison incendiée à Oka : le propriétaire mohawk réclame la fin des tensions

Des drapeaux traditionnels mohawks et des maisons en construction derrière.

Des drapeaux érigés au campement de traditionalistes à quelques mètres du quartier des Collines et de la maison de Pierre Caron.

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

Lui-même mohawk, le propriétaire de la maison incendiée dans la nuit de vendredi à samedi au domaine des collines d’Oka, dans laquelle sa fille devait emménager, se dit complètement sous le choc et troublé par les événements. Il réclame la fin des tensions dans ce secteur où habitent plusieurs Autochtones.

Des voitures de la Sûreté du Québec patrouillent depuis samedi dans les rues du quartier alors qu’une odeur de bois carbonisé est encore perceptible.

Pierre Caron, un Mohawk de Kahnawake, venait d’investir plus de 300 000 $ dans la construction de ce qui était, dit-il, un projet de rêve pour sa fille, qui enseigne depuis quelques semaines à Oka.

Maison incendiée

La maison en construction de Pierre Caron, où doit emménager sa fille, a été ravagée par un incendie dans la nuit de vendredi à samedi.

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

C’est horrible, dit-il dans la langue de Molière. On est tous sous le choc ici.

La cause du brasier, qui a ravagé la demeure, est d'origine suspecte. L’enquête a été transférée au Service des enquêtes sur les crimes majeurs de la Sûreté du Québec, qui devra déterminer s’il s’agit ou non d’un incendie criminel.

Je suis sans mots, je ne m’attendais jamais à ce que ça aille aussi loin, confie le constructeur de la maison de monsieur Caron, Martin Robbins, originaire de la Première Nation malécite de Viger (Wolastoqiyik Wahsipekukalors), qui habite également dans le quartier.

Martin Robbins et Pierre Caron, qui sont voisins, mais également liés par leurs projets de construction respectifs, n’en reviennent pas. Quelqu’un aurait pu mourir!, lancent-ils.

Un incendie sur fond de tensions

Les tensions sont vives depuis cet été : un groupe de traditionalistes mohawks de Kanesatake, qui s'oppose au projet immobilier de ce quartier d'Oka, a érigé un campement en face du domaine des collines. Ce groupe estime qu’il s’agit d’un territoire ancestral et que tout projet de construction doit être mis en veille dans le secteur.

Le quartier des Collines est en construction depuis près de 15 ans. Depuis 2006, l’entrepreneur Grégoire Gollin a vendu la majorité de ses terrains à des citoyens non autochtones. Mais de nombreux Autochtones (principalement des Mohawks, mais également des Malécites) ont aussi acheté des lots et y habitent. Le quartier allant du boisé à la rue des Pèlerins compte aujourd'hui une centaine de maisons au total.

Le secteur du projet domiciliaire du domaine des collines, à Oka.

Le secteur du lotissement du domaine des collines, à Oka.

Photo : Google Maps

Vendredi, quelques heures avant l’incendie, la Sûreté du Québec est intervenue pour demander à un groupe d’individus ayant circulé aux commandes de véhicules tout-terrain et arborant le drapeau mohawk traditionnel de cesser de faire du bruit et d’incommoder les habitants.

L’ambiance est tout autre au moment de la visite d'Espaces autochtones. Aucun traditionaliste n’est au campement. Une tente, des chaises et des drapeaux flottent au vent en silence...

Image d'un drapeau traditionnel et d'une tente érigés devant le domaine des collines.

Le camp érigé par un groupe de Mohawks traditionalistes, les Rotinonhseshá:ka ne Kanehsatà:ke (Peuple de la maison longue), à quelques mètres du quartier des Collines à Oka.

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

Dans la communauté, des habitants autochtones et non autochtones, qui préfèrent ne pas être identifiés, soutiennent que les appels à répétition par des traditionalistes sur les réseaux sociaux à prendre des actions physiques pour bloquer le projet immobilier ont influencé les gestes posés samedi, peu importe qui en est l’auteur ou les auteurs.

C’est ce que pense également le maire d’Oka, Pascal Quevillon. Tous ces appels à la contestation, à passer à l’action, ça incite à poser des gestes… Il faut que ça s’arrête, dit-il.

Nos citoyens n’ont pas à être pris en otage.

Pascal Quevillon, maire d'Oka

Grégoire Gollin, qui possède encore une douzaine de lots dans le quartier ainsi que le boisé adjacent au domaine des Collines, a porté plainte à la Sûreté du Québec après l’incendie.

On ne sait pas qui est le suspect, mais ça résulte de plusieurs semaines d’incitations à la haine et à la violence, soutient-il. C’est la première fois de ma vie que je fais ça [porter plainte à la police].

Grégoire Gollin dit se sentir visé par la militante Ellen Gabriel, une ferme opposante au projet ayant multiplié les publications sur les réseaux sociaux pour réclamer un gel de la construction du lotissement au nom des terres ancestrales de sa communauté.

Les citoyens n’ont rien à voir avec ça. Elle fait ça pour me cibler moi. Ça terrorise le quartier, mais les résidents ne sont ni la cause ni la solution, dit-il.

L’entrepreneur dit avoir négocié en 2019 avec le Conseil mohawk de Kanesatake, une entente (qui requiert l’approbation de la communauté) pour donner 60 hectares de forêt situés à côté du lotissement qui s'étendent jusqu'au rang de l'Annonciation.

Grégoire Gollin souhaite contribuer, dit-il, à résorber une partie des revendications territoriales de la communauté. Il propose également de mettre à disposition de la communauté quelque 150 hectares de terres dans le secteur du parc de la Pointe-aux-Anglais et près du parc d’Oka.

Or les traditionalistes sont à couteaux tirés avec le grand chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon. Ils remettent en question la légitimité du conseil de bande, créé par une loi coloniale, la Loi sur les Indiens.

Selon monsieur Gollin, le groupe de traditionalistes, opposés au projet, a cessé d’être partie prenante aux négociations pour ce don écologique lorsque l’entrepreneur a choisi le conseil de bande comme interlocuteur principal.

Le Longhouse se dissocie de tout geste violent

Ni Ellen Gabriel ni aucun membre du Longhouse n’ont souhaité accorder d'entrevue à Espaces autochtones. Par ailleurs, la militante de longue date dénonce sur sa page Facebook tout geste violent.

Nous avons été informés que nous étions pointés du doigt. (...) Nous déplorons et dénonçons tout usage de violence et condamnons toute action ayant causé cet incendie, écrit-elle.

La militante insiste : aucune association ne doit être faite entre cet événement et les Rotinonhseshá:ka ne Kanehsatà:ke (Peuple de la maison longue) et ne doit remettre en cause les revendications légitimes du groupe, selon elle.

Nous dénonçons toute tentative de discrédit de notre juste cause pour satisfaire toute cupidité insatiable, renchérit Ellen Gabriel.

Si le gouvernement du Canada avait maintenu l’honneur de la Couronne et rencontré les Rotinonhseshá:ka après 1990, tel qu’il l’avait promis, ces conflits actuels n’existeraient pas dans notre communauté, ajoute Ellen Gabriel.

Espérant que l’enquête de la SQ sur l’incendie puisse mettre à jour la vérité de cette récente tragédie et que le propriétaire à qui nous transmettons nos pensées pacifiques obtienne justice, Ellen Gabriel conclut que les traditionalistes restent ouverts aux discussions respectueuses en vue d’une résolution pacifique.

Le gouvernement fédéral n’a pas souhaité commenter le dossier.

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