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Chronique

L’activisme vestimentaire des femmes des Premières Nations

Une jupe longue ornée de rubans.

Les jupes longues ornées de rubans satinés de différentes couleurs ont une longue histoire chez les peuples autochtones.

Photo : Courtoisie / Edith Bélanger

Edith Bélanger

Cet été, au cours du mois d’août, j’étais de passage à Rimouski pour participer à un événement où je devais partager des histoires traditionnelles Wolastoqey (malécites). Pour l’occasion, je portais ma jupe à rubans, un vêtement traditionnel que je réserve pour les événements importants qui ont un caractère sacré et spirituel.

Alors que je me dirigeais vers ma voiture, quelqu’un est passé sur la route et m’a crié Hey! L’Indienne, va-t’en donc sur le chemin de fer!.

Je suis restée figée pendant qu’il repartait en faisant crisser ses pneus.

J’ai compris que ma jupe à rubans, arme de protestation textile, a été le déclencheur de cette situation. C’est là que j’ai réalisé toute la puissance du tissu.

Edith Bélanger, vêtue d'une jube à rubans traditionnelle.

Edith Bélanger, vêtue d'une jube à rubans traditionnelle.

Photo : Courtoisie / Edith Bélanger

Pas étonnant que, depuis quelques années, certaines campagnes de sensibilisation aux réalités autochtones se multiplient en mettant à l’avant-plan… des vêtements.

La jupe à rubans devient une armure

Vous avez certainement eu la chance de voir des femmes des Premières Nations porter ces jupes longues ornées de rubans satinés de différentes couleurs. Or, même s’il est de plus en plus courant de les admirer aujourd’hui, il s’agit d’un vêtement qui a une longue histoire.

Des photos et des illustrations anciennes montrent l’utilisation de lanières de tissus ou de rubans sur des vestes ou des jupes, principalement dans les habits des femmes. Les couleurs utilisées tout comme le design de ces pièces variaient en fonction des codes d’appartenance des différentes nations, mais invariablement, ces apparats témoignaient d’une fierté inébranlable.

Aujourd’hui, on peut avoir du mal à imaginer que le port des vêtements soit un acte politique. C’est pourtant le cas, car dès les premiers balbutiements de la stratégie coloniale d’assimilation au Canada, le port des habits de cérémonie a été banni au même titre que les rituels sacrés et les danses.

Une jeune femme, debout, dans son costume de danse traditionnel coloré, lors d'une compétition de pow-wow.

Une jeune femme dans son ensemble de danse traditionnel coloré, lors d'une compétition de pow-wow.

Photo : Gracieuseté Jesse Kaiswatum

C’est dans le but de ne jamais oublier ces années de fierté écrasée et piétinée qu’une femme d’Edmonton, Chevi Rabbit, a décidé de mettre sur pied la campagne Marchons un mile avec une jupe à ruban. Cet événement, qui aura lieu dans la capitale de l’Alberta le 26 septembre, vise à sensibiliser la population à la discrimination envers les Premières Nations.

C’est par la fierté de porter ce symbole de la féminité autochtone que Chevi Rabbit compte susciter une grande participation

En plus de la marche qui est prévue, toutes les femmes qui souhaitent se joindre au mouvement sont invitées à revêtir leur jupe à rubans et à publier des photos et des vidéos en utilisant le mot-clic #MyRibbonSkirt.

Le T-shirt orange pour ne pas oublier

Lorsque Phyllis Webstad était enfant, elle a dû quitter sa famille pour aller au pensionnat. Pour son premier jour d’école, sa grand-mère lui avait acheté un beau t-shirt tout neuf de couleur orange.

Malheureusement, la dernière chose que les religieux souhaitaient dans les pensionnats autochtones, c’était que les petits Indiens soient fiers.

Au contraire, ils allaient devoir oublier qui ils étaient et c’est pourquoi, dès leur entrée au pensionnat, les enfants se voyaient enlever tout ce qu’ils avaient.

La jeune Phyllis n’a donc jamais pu porter son chandail orange tout neuf, lien pourtant essentiel avec sa grand-mère restée derrière.

En 2013, la campagne du t-shirt orange a été lancée pour souligner la résilience de tous ces enfants qui, comme Phillis Webstad, ont vécu le déracinement et le traumatisme des pensionnats autochtones.

Aujourd’hui, chaque année, le mouvement prend de l’ampleur et, partout au pays, le 30 septembre, jeunes et moins jeunes sont invités à faire preuve de solidarité en portant un gilet orange pour envoyer le message que tous les enfants sont importants et qu’il faut en prendre le plus grand soin, car ils sont notre avenir.

La robe rouge sang pour se forcer à regarder

Des robes rouges sont accrochées à un arbre à la mémoire de femmes et filles autochtones disparues et assassinées.

Des robes rouges sont accrochées à un arbre à la mémoire de femmes et filles autochtones disparues et assassinées.

Photo : Radio-Canada / Alyson Samson

Tragédie, épidémie, génocide, il n’y a pas de terme assez fort pour témoigner de la gravité de la situation des femmes et des filles autochtones assassinées ou disparues.

En 2010, Jamie Black, a choisi de passer son message par l’image en organisant une exposition constituée essentiellement de robes rouges suspendues. Chaque vêtement est un témoignage, un rappel de ces vies volées et du vide qu’elles laissent derrière.

Le rouge est la couleur du sacré, selon la tradition, la seule couleur que les esprits peuvent voir. Ces robes représentent le sang et le lien qui nous unit tous et toutes, gens des Premières Nations, et nous rappellent que ces femmes et ces filles sont nos sœurs, nos mères, nos tantes, nos nièces.

Cette symbolique incontournable a touché l’imaginaire, et ce qui devait être une exposition temporaire dans un département de l’Université de Winnipeg est devenu une campagne nationale.

Des expositions itinérantes ont vu le jour dans plusieurs régions, et ce, d’un océan à l’autre. Des artistes bien en vue tels que Buffy Ste-Marie, Tanya Tagaq et Jeremy Dutcher ont également pris part au mouvement en incorporant des robes rouges dans leurs vidéoclips ou sur scène lors de concerts.

S’il est vrai que nous avons hérité des traumas de nos ancêtres, il ne faut pas oublier qu’ils nous ont aussi légué ce courage et cette détermination, bien cachés dans nos traditions dont les vêtements sont un aspect essentiel.

En puisant dans ces éléments traditionnels pour en faire des symboles percutants, nous affirmons notre identité et cela nous rend plus forts.

C’est ça, pour moi, l’activisme vestimentaire. Et ça marche.

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