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Chronique

Attirer le vote autochtone : les politiciens au pays des licornes

Une pancarte sur le sol sur laquelle il est écrit « VOTE HERE - VOTEZ ICI »

Les Autochtones courtisés par les partis politiques

Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

Edith Bélanger

Depuis le début de l’année 2020, certains conseillers politiques ont sans doute compris qu’il valait mieux prendre en considération les préoccupations des Autochtones plutôt que d’attendre d’être confrontés à des crises majeures. La preuve en est que plusieurs politiciens présentent maintenant des stratégies et une vision aux représentants des Premières Nations.

C’est ainsi que, dans les dernières semaines, nous avons pu prendre connaissance des intentions du nouveau chef du Parti conservateur du Canada et des candidats dans la course à la chefferie du Parti québécois en matière de dialogue avec les Premières Nations.

D’un côté, je me réjouis de voir que l’on considère enfin le poids électoral des Autochtones, de l’autre, en voyant ce que certains candidats proposent, je ressens de l’inquiétude en constatant un évitement, voire même une méconnaissance réelle des sujets sensibles tels que l’autogouvernance, l’autodétermination et surtout la reconnaissance territoriale.

Or, quels étaient les enjeux des dernières grandes crises? Justement, ces trois sujets devant lesquels les politiciens semblent démunis. Malheureusement, on ne vit pas au pays des licornes, les bonnes intentions ne suffiront pas.

Ton territoire ? Oui, mais pas dans ma cour

Les candidats à la chefferie du PQ ont tous comme premier objectif de réaliser l’indépendance du Québec. Bien sûr, qui dit nation indépendante dit, forcément, territoire propre et juridiction exclusive sur ce dernier. Il n’est donc pas surprenant que chacun des aspirants chefs tient à préciser que, tout en étant ouverts à signer des ententes avec les Premières Nations, il ne devra y avoir aucune atteinte à l’intégrité territoriale du Québec.

Bon. Ça a le mérite d’être clair, mais on a un problème. Que fait-on quand l’intégrité territoriale du Québec est, en soi, une atteinte à l’intégrité des territoires autochtones?

Les candidats à la chefferie, tout comme l’avait fait le premier ministre Legault lors de son élection, citent toujours en exemple la Convention de la Baie-James et du Nord québécois convenue avec les Eeyou-Istchee (Cris).

Seul exemple de traité moderne sur le territoire du Québec signé avec une Première Nation, cette entente est, sans contredit, un élément fort intéressant de la dynamique possible entre deux gouvernements autonomes. Toutefois, il convient de rappeler deux choses à son sujet.

Premièrement, il s’agit d’un traité de cession irréversible de territoire. Deuxièmement, le territoire concerné est situé entièrement à l’intérieur des frontières de la province. Or, sur les 11 nations autochtones présentes au Québec, il y en a plusieurs dont le territoire traditionnel, non cédé faut-il le préciser, s’étend bien au-delà des frontières coloniales provinciales.

Lorsque ces candidats voudront dialoguer d’égal à égal avec les chefs des Premières Nations, ils rencontreront sans doute un obstacle majeur. En effet, il est loin d’être certain que toutes les communautés souhaiteront envisager des ententes comportant une cession de territoire. Ils devraient éviter le piège de la solution passe-partout.

Bref, ces souhaits ne passent pas le test de la réalité, surtout lorsque vient le temps de s’asseoir à la table des négociations. Disons-le franchement, sans une véritable volonté politique et des leviers économiques, comme ce fut le cas pour les Eeyou-Istchee, qui avaient le pouvoir de mettre en péril les grands projets hydroélectriques, certaines communautés voient défiler les gouvernements les uns après les autres, depuis des décennies, sans jamais parvenir à une telle entente.

La déclaration des Nations unies et la Loi sur les Indiens

Erin O’Toole, nouvellement nommé à la tête du Parti conservateur du Canada, a clairement fait savoir que les partenariats qu’il souhaitait développer avec les Autochtones seraient de nature économique.

En parallèle, il nous laisse à penser que la reconnaissance de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones servira de monnaie d’échange.

Il considère qu’en développant l’autonomie des Premières Nations, elles pourront prendre davantage part aux grands projets, notamment ceux qui impliquent des ressources naturelles sur leurs territoires. Cette vision utilitariste de la relation avec les Premières Nations basée sur les billets verts, si elle ne plaît pas à tous, a au moins le mérite de mettre cartes sur table.

Car, au Québec, on en parle à mots couverts seulement, mais on devine que c’est aussi la relation économique qui donnerait le ton advenant une élection du PQ.

Pour les quatre prétendants au trône de la formation péquiste, à en croire leurs propos rapportés par Valérie Boisclair dans un article du 28 août, s’ils évoquent la reconnaissance de la déclaration de l’ONU, cela semble relever davantage d’un acte de bienveillance symbolique. En effet, au niveau des mesures concrètes envisagées, on reste sur notre faim, car le plan de match se limite à montrer du doigt la Loi sur les Indiens et à en proposer l’abolition pour régler tous les problèmes.

La Loi sur les Indiens est odieuse, injuste et discriminatoire, c’est un fait. L’abolir sans savoir ce qui se passera ensuite? Ce serait sans doute imprudent.

D’ailleurs, ce n’est vraiment pas une idée novatrice. Souvenez-vous, quelqu’un a déjà essayé de proposer cette solution paternaliste : Jean Chrétien en 1969, avec son livre blanc; ce fut un échec retentissant.

Heureusement pour les candidats, il reste du temps avant les élections, car s’ils veulent gagner des appuis chez les Autochtones, ils devront pousser plus loin leur réflexion et sortir du pays des licornes.

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