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Pour se souvenir : Ottawa désigne des lieux de mémoire des pensionnats autochtones

Fillettes micmaques suivant un cours de couture.

Des fillettes micmaques au pensionnat autochtone de Shubenacadie, en Nouvelle-Écosse, en 1929.

Photo : Bibliothèque et Archives Canada

Ottawa a reconnu mardi que le système des pensionnats autochtones était une « tragédie née des politiques coloniales » du pays. Dans un geste sans précédent, le gouvernement Trudeau amorce la désignation de sites officiels liés à ces écoles « d’assimilation », en commençant par le Manitoba et la Nouvelle-Écosse.

Il y a des gens qui connaissent cette histoire, mais ce n’est pas tous les Canadiens, et nous pensons que c’est important de savoir, explique le ministre responsable de Parcs Canada, Jonathan Wilkinson.

Il faut parler des choses qui sont difficiles dans l’histoire. Ce n’est vraiment pas une célébration, mais une commémoration, explique le ministre Wilkinson.

Du 19e siècle jusqu’à la fin des années 1990, 150 000 enfants des Premières Nations, inuit ou métis ont été arrachés à leur famille et placés dans plus de 130 pensionnats, un vaste réseau de scolarisation visant à tuer l’Indien dans l’enfant. Plus de 3000 enfants y sont morts.

La révolte de Shubenacadie

L'emplacement de l’ancien pensionnat autochtone de Shubenacadie, construit au 20e siècle à Mi'kma'ki, en Nouvelle-Écosse, sur le territoire des Micmacs (une usine y est aujourd’hui installée), sera ainsi reconnu comme lieu de commémoration national.

Des enfants micmacs et malécites de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard, du Nouveau-Brunswick, du Québec et possiblement d’autres communautés ont fréquenté ce qui était le seul pensionnat autochtone des Maritimes, ouvert de 1930 à 1967.

Ces enfants ont été soumis, reconnaît Ottawa, à une discipline sévère, à la malnutrition et à la famine, à de mauvais soins de santé, à des abus physiques, émotionnels et sexuels, à l’expérimentation médicale, à de la négligence et à la suppression délibérée de leurs cultures et de leurs langues; certains y sont également morts.

Ce pensionnat fait figure de lieu de résistance, car les élèves, leurs familles et les dirigeants de la communauté y ont protesté à l’époque contre les mauvais traitements imposés aux enfants et la piètre qualité de l’enseignement, en refusant de renoncer à leur langue et à leur identité.

Un ancien pensionnat du Manitoba également commémoré

L’ancien pensionnat de Portage la Prairie, situé sur le territoire de la Première Nation Long Plain, sera également reconnu par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

Photo du pensionnat autochtone de Portage la Prairie (Manitoba) vers 1914-1915.

Le pensionnat autochtone de Portage la Prairie (Manitoba) vers 1914-1915.

Photo : Courtoisie Gouvernement du Canada

Construit durant la Première Guerre mondiale, ce bâtiment demeure l’un des rares exemples de pensionnats autochtones établis à travers le Canada à avoir été conservé.

Les enfants envoyés au pensionnat de Portage la Prairie provenaient de plusieurs Premières Nations du Manitoba et d’ailleurs au pays. Luttant contre l’assimilation, certains enfants se sont enfuis, plusieurs ont été ramenés de force.

Les expériences des survivants du pensionnat indien de Portage la Prairie et des autres pensionnats ont eu des incidences sur les membres de ces Premières Nations pendant des générations, souligne Ottawa.

Le pensionnat, qui a fermé ses portes en 1975, a été cédé à la Première Nation Long Plain, qui lui a donné une vocation communautaire. Le bâtiment est désormais connu sous le nom d’édifice Rufus Price, d’après un survivant du pensionnat de Portage la Prairie devenu chef de la Première Nation Long Plain, puis vice-président du Manitoba Indian Brotherhood.

Un musée sur les pensionnats autochtones?

Cette reconnaissance d’Ottawa survient cinq ans après les 94 appels à l'action clefs de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, dont la 79e proposait de modifier la Loi sur les lieux et monuments historiques de manière à inclure la représentation des Premières Nations, des Inuit et des Métis au sein de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

Ottawa n’écarte pas l'idée de créer un jour un musée des pensionnats autochtones, mais préfère parler de discussions en cours.

On doit s’assurer que cette discussion se poursuit, soutient le ministre Jonathan Wilkinson, également ministre canadien de l'Environnement. Je ne peux pas dire si un jour il y aura un musée, mais je peux vous dire que notre gouvernement s’est engagé à mettre en place toutes les recommandations de la Commission de vérité et réconciliation et qu’il y aura des discussions à ce sujet pour poursuivre cette commémoration.

Dans une déclaration commune, l'Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador et la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador ont salué l'initiative du gouvernement Trudeau.

Le gouvernement et la population canadienne ont un devoir de mémoire envers cet épisode grandement tragique, et ce geste en est un dans la bonne direction, ont déclaré les deux organisations.

Elles ont profité de l'occasion pour demander à Québec de cesser de contester devant les tribunaux la loi C-92, qui reconnaît le droit inhérent des peuples autochtones à exercer leurs propres juridictions en matière de services à l'enfance et à la famille.

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