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Des panneaux touristiques pour souligner des pertes territoriales à Kanesatake

Un panneau dans un champ près d'une forêt.

La militante mohawk Ellen Gabriel a utilisé ce panneau pour montrer la superficie de terres perdues par la communauté de Kanesatake depuis son établissement.

Photo : Courtoisie / Ellen Gabriel

Radio-Canada

Le parc national d'Oka, un lotissement résidentiel, une ferme industrielle et même un terrain de golf : il ne s’agit que de quelques-uns des endroits photographiés par l’activiste mohawk Ellen Gabriel pour souligner l'étendue des terres dont sa communauté de Kanesatake a été dépossédée.

Je suis une artiste. Ce projet est évidemment en partie humoristique, mais derrière l’ironie, il y a quand même une réalité assez sérieuse, explique Ellen Gabriel.

Les Kanien'kehá:ka (Mohawks) de Kanesatake occupaient autrefois 689 kilomètres carrés de terres dans la région située au nord-ouest de Montréal. Aujourd'hui, les membres de la communauté ne contrôlent plus qu'une superficie de 12 kilomètres carrés comprenant quelques parcelles de terrain restituées au cas par cas.

Chaque photo prise par Ellen Gabriel comporte un panneau où il est écrit Kanehsatà:ke Tourism Office (Bureau touristique de Kanesatake). Y est aussi incluse une peinture du Kaswentha, le wampum à deux bandes, qui représente un accord de paix et de respect mutuel avec les colons.

Éduquer les touristes

Le but de Mme Gabriel, qui militait déjà pour la protection des terres mohawks lors de la crise d’Oka de 1990, est d'éduquer les milliers de touristes qui affluent à Oka sur l'histoire de la région et ses liens avec les Kanien'kehá:ka, mais aussi de montrer l’ampleur des terres perdues avec le temps.

La militante mohawk Ellen Gabriel dans la pinède, épicentre de la crise d'Oka de 1990.

La militante mohawk Ellen Gabriel dans la pinède, épicentre de la crise d'Oka de 1990.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le tourisme met en valeur les meilleurs quartiers d’une ville, essaie d’éduquer les gens sur les lieux. [Avec mon projet,] j’ai joué là-dessus. Voici ce que votre terrain de jeu représente pour nous.

Nous sommes l'attraction touristique vivante, puisque nous sommes le peuple de ce territoire, poursuit-elle.

Le parc provincial d'Oka, par exemple, fait partie du territoire traditionnel de la communauté, un endroit connu sous le nom de Kanehtàke. Les ancêtres de Mme Gabriel y cueillaient des plantes pour la médecine traditionnelle.

L'une des entrées du parc national d'Oka.

L'une des entrées du parc national d'Oka.

Photo : Courtoisie / Ellen Gabriel

L’artiste et militante incite de plus les visiteurs à boycotter le parc et de faire pression sur le gouvernement pour qu'il entame des discussions avec les leaders traditionnels de Kanesatake.

Assumer la gestion du territoire

Jeremy Teiawenniserate Tomlinson, un membre de Kanesatake, aimerait voir le parc réintégré dans la communauté. Ce serait un geste de bonne foi assez fort envers notre peuple, estime-t-il.

Une transition graduelle et planifiée serait une excellente occasion de ramener à notre communauté et notre population la gestion des terres. Ce serait une excellente occasion pour nos jeunes et pour le développement économique.

Pendant ce temps, le Conseil Mohawk de Kanesatake négocie avec le gouvernement fédéral depuis 2008 relativement à une partie de la seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes.

Ellen Gabriel estime de son côté que ce processus reste inadéquat pour régler des problèmes de longue date. Sous la gouvernance traditionnelle mohawk, les femmes détiennent les pouvoirs sur le territoire. En tant que titulaires de droits, nous devrions être celles qui sont consultées, affirme-t-elle.

Un développement résidentiel toujours en cours

Le promoteur immobilier Grégoire Collin, qui a offert l’année dernière un don écologique des terres aux résidents de Kanesatake, se sent pris au milieu des revendications des traditionalistes et du conseil de bande. Les deux groupes ont des positions valables, plaide-t-il.

Personnellement, je comprends et partage les frustrations des traditionalistes. D'un autre côté, je partage aussi le raisonnement du conseil de bande. Il s’agit d’une vision de l'avenir, de la voie vers l'autodétermination. Est-ce que c’est leur vision de la réconciliation? Je la partage, elle aussi.

Ellen Gabriel, ainsi que d'autres membres de la communauté, s'oppose depuis 2017 à son lotissement du Domaine des collines d'Oka.

La militante mohawk Ellen Gabriel discute avec le maire de la Municipalité d'Oka, Pascal Quevillon. Derrière eux, des militantes mohawks tiennent des pancartes sur lesquelles on peut lire : « Kanesatake : un combat territorial vieux de 300 ans ».

À gauche, la militante mohawk Ellen Gabriel discute avec le maire de la Municipalité d'Oka, Pascal Quevillon, à droite.

Photo : The Eastern Door / Peter Phillips

L'année dernière, il a offert de céder environ 60 hectares de sa terre dans la pinède en cadeau écologique. Il a aussi signé une déclaration de compréhension mutuelle et d'accord avec le conseil de Kanesatake, au grand désarroi de certains membres de la communauté.

Onen'tókon, ou la pinède, est une zone boisée qui était au cœur des événements de la crise d'Oka.

La construction se poursuit, soutient Ellen Gabriel. Sept maisons auraient été construites cette année. Quand nous voyons des colons prendre plus de terres, nous n’assistons pas seulement à la dépossession des terres, mais aussi à une rupture dans notre relation avec celles-ci.

Grégoire Gollin affirme qu'il ne faisait que développer le terrain et qu’il ne construit pas les maisons. Selon lui, la plupart des lots ont déjà été vendus.

Il ajoute que son don de terre a récemment été accepté dans le cadre d'un nouveau programme fédéral de conservation.

Un porte-parole Environnement et Changement climatique Canada explique que le projet de conservation a débuté l'année dernière. Il s’agit d’une initiative de deux ans qui s’inscrit dans le cadre du Défi Objectif 1 du Fonds pour la nature du Canada pour soutenir la création d'une nouvelle aire protégée et de conservation autochtone de 59 hectares de pins.

D’après un texte de Jessica Deer, CBC.

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