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Chronique

Relations entre Québécois et Autochtones : comme des amis silencieux

François Legault est souriant pendant qu'il écoute Ghislain Picard prendre la parole.

Le premier ministre François Legault avec à sa gauche le grand chef de la Nation Huronne-Wendat de Wendake, Konrad Sioui, et à sa droite, le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard.

Photo : Radio-Canada

Edith Bélanger

La semaine dernière, l’APNQL a dévoilé les résultats d’un sondage Léger qui montrent que les Québécois auraient une opinion majoritairement positive des gens de Premières Nations. Et malgré le fait qu’ils se disent peu informés des réalités autochtones, ils appuient néanmoins les revendications des Premières Nations auprès des gouvernement.

Autrement dit, les Québécoises et Québécois sont majoritairement empathiques et ouverts à en apprendre davantage. Jusque-là, rien de bien surprenant. Tout colle avec l’expérience vécue et la réputation chaleureuse d’ouverture et d’inclusion des habitants de la Belle Province.

Edith Bélanger est diplômée en philosophie de l’Université Laval. Elle poursuit actuellement des études en administration publique en contexte autochtone à l’École nationale d'administration publique (ENAP). Elle est membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite).

Concernant les lacunes en connaissances relatives aux premiers peuples, rien de surprenant là non plus. Je l’ai mentionné à maintes reprises, je trouve que je me souviens est drôlement mal choisi comme devise pour le Québec, vu le peu d’importance accordé à l’enseignement de l’histoire des Autochtones dans le parcours scolaire, par exemple.

D’ailleurs, la question de l’ignorance en ce qui concerne les réalités autochtones avait été soulevée dans le rapport de la commission Viens, qui portait sur les relations entre les Autochtones et certains services publics, et qualifiée de facteur déterminant dans le phénomène du racisme systémique.

Des millions d’amis

Là où le sondage frappe un grand coup, c’est qu’il soulève la gêne qu’éprouvent les Québécoises et les Québécois face à l’inaction de leur gouvernement. En effet, une majorité écrasante des répondants ont indiqué que les dirigeants politiques ont un rôle à jouer dans le combat contre le racisme systémique et qu’ils devraient en faire davantage.

Du jour au lendemain, c’est comme si l’on se réveillait avec une maison remplie de millions d’amis, d’alliés. Pendant la crise ferroviaire, de nombreux allochtones soutenaient les revendications des Wet’suwet’en ainsi que les mouvements de résistance associés un peu partout ou pays. Plusieurs commentateurs avaient, alors, soulevé ce point et y voyaient un signe positif de changement.

Or, bonne nouvelle, selon le sondage il semblerait que ce soit davantage un mouvement de fond plutôt qu’une réaction spontanée et anecdotique. Naturellement, après de telles révélations, on tourne le regard vers le premier ministre Legault. On se demande comment il réagira.

Viendra-t-il en ami et, si oui, quel genre d’ami sera-t-il?

Plusieurs options s’offrent à la CAQ qui, depuis son ascension au pouvoir, avouons-le, a une feuille de route pas très impressionnante en matière de relations avec les autochtones.

L’ami imaginaire

Ça, c’est l’ami qui est là seulement si tu n’as besoin de rien. C’est celui qui parle de toi comme si tu étais un concept, une idée et pas une personne. Son amitié ne se traduit pas en gestes concrets à moins d’y être obligé.

En conférence de presse à Chibougamau vendredi dernier, le premier ministre Legault a été questionné sur les réticences de son gouvernement à adopter la Déclaration des Nations unies sur les droits du peuple autochtone, comme le recommande le rapport de la commission Viens.

Il a mentionné, je paraphrase ici, qu’il était d’accord avec les principes, mais qu’en réalité c’était plus compliqué, qu’il craignait que les Premières Nations n’obtiennent par là un droit de veto sur les projets de développement économique.

L’ami avec avantages

Celui-là, pour rester dans les limites de ce qui peut s’écrire dans une chronique respectable, c’est l’ami qui en profite un peu trop.

Résolument égoïste, il place ses propres bénéfices bien avant les besoins de l’autre. Lorsqu’il n’y a plus d’avantages à tirer de cette relation, il s’évapore.

Quand il est question de projets de développement économique, oui, le Québec est là et prend la pose aux côtés des Autochtones : développement hydroélectrique, gazoducs, Plan Nord, oui, monsieur!

Or, quand ça devient plus intime et qu’il est temps de parler des violences institutionnelles faites aux femmes autochtones, de la prise en charge des programmes de services à l’enfance ou d’auto gouvernance des territoires autochtones, l’ami ne répond pas aux appels.

Faux amis

Parmi toute la panoplie de faux amis qu’il est possible d’avoir se trouve aussi celui qui fait semblant. Celui qui est là seulement pour les apparences. Il ne s’intéresse pas vraiment à l’autre, ne le connaît pas vraiment.

Plus soucieux de ce que les autres vont penser de sa relation, il fait des gestes altruistes calculés en s’assurant d’être vu.

Dès le lendemain du dévoilement du sondage par l’APNQL, François Legault a mentionné que, malgré l’annonce faite par le chef Picard, il n’avait pas l’intention de modifier sa stratégie consistant à former un groupe de travail constitué uniquement d’élus de la CAQ pour discuter de racisme, tout en évitant de reconnaître l’existence d’un racisme systémique.

Avec des amis comme ça, pas besoin d’ennemis, n’est-ce pas?

C’est peut-être pour cette raison que le chef Ghislain Picard a annoncé que l’APNQL mettrait en place, elle-même, un plan d’action pour lutter contre le racisme et la discrimination que subissent les Autochtones.

Plutôt que de réinventer la roue, il sera question d’activer la mise en œuvre des nombreuses recommandations issues des rapports de L’ENFFADA et de la commission Viens.

Ce plan, qui sera déposé cet automne, fera appel aux alliés, a-t-il annoncé. Aux vrais amis, oserais-je ajouter.

Ne soyez pas des amis silencieux

Il est temps que les millions d’amis, de sympathisants aux réalités des Premières Nations se fassent entendre.

Plus que jamais, ces voix sont nécessaires, et c’est probablement le but de cette opération médiatique menée par l’APNQL : faire parler la majorité silencieuse.

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