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Un survivant des pensionnats autochtones cherche à obtenir justice contre son présumé agresseur

Un enfant sourit à la caméra

Une photo de Simeon Solomon, âgé de 11 ans, alors qu'il fréquentait le pensionnat autochtone de Sainte-Anne.

Photo : Courtoisie Simeon Solomon

Radio-Canada

Un survivant des pensionnats autochtones souhaite la réouverture d’une affaire pénale contre son présumé agresseur. Ce dernier, qui avait été accusé d’attentat à la pudeur, avait vu le chef d’accusation être plus tard retiré.

En 1997, les allégations de Simeon Solomon avaient mené à une accusation d'attentat à la pudeur contre un ancien éducateur du pensionnat de Sainte-Anne, qui se trouvait à Fort Albany près de la côte ontarienne de la baie James.

Cette accusation avait été retirée en 1998, à la suite de l’absence de M. Solomon lors d’une audience préliminaire. Le plaignant était alors employé par le conseil de bande de Fort Albany au moment de l'audience et avait déclaré qu’il avait travaillé jusqu'à 2 heures du matin et manqué le seul vol hors de la communauté. Les conditions climatiques empêchaient aussi d’affréter un vol nolisé.

Il s’en est sorti [comme ça], déplore Simeon Solomon, maintenant âgé de 62 ans. Il affirme que son passage au pensionnat de Sainte-Anne, de 1966 à 1973, a détruit sa vie à un point tel qu'il lui a fallu des décennies pour réaliser l’ampleur de tout ce qu'il a pu y endurer.

Un homme pose devant la caméra.

Simeon Solomon affirme que son agresseur a pu éviter la justice, tandis qu'il a lui-même subi les répercussions de son passage au pensionnat autochtone tout au long de sa vie.

Photo : Courtoisie Simeon Solomon

Il affirme avoir essayé de rouvrir le dossier dans les dernières années en contactant la Police provinciale de l'Ontario (PPO) et la Couronne en 2016 et en 2018, mais en vain.

Simeon Solomon, qui a reçu environ 62 000 $ en compensation pour les mauvais traitements qu'il a subis à Sainte-Anne en vertu de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, affirme avoir décidé de rendre son histoire publique comme dernier recours pour obtenir justice.

Déjà une accusation durant les années 1990

En 1992, la PPO avait lancé une enquête qui a mené à des milliers de pages de dossiers, dont environ 900 déclarations de la part de 700 victimes décrivant des agressions, des agressions sexuelles, des morts suspectes et une multitude d'abus commis au pensionnat de Sainte-Anne, de 1941 à 1972.

Au final, les enquêteurs ont identifié 74 personnes en tant que suspects. Sept d’entre elles ont été inculpées, y compris l'ancien éducateur accusé par M. Solomon. Cinq des accusés ont été condamnés.

Simeon Solomon avait d’ailleurs rencontré les enquêteurs de la PPO à cette époque. Je me souviens qu'il fumait une cigarette… J'avais la tête tournée dans l'autre sens et je savais que ce qu'il faisait était mal, avait-il déclaré, selon une transcription de sa déclaration à la PPO obtenue par CBC.

En 1997, la PPO avait accusé Claude Chénier pour attentat à la pudeur contre M. Solomon. L’événement aurait eu lieu au cours de l'année scolaire 1970-1971, comme le rapporte le volume un de la deuxième partie du rapport de la Commission de vérité et réconciliation, au sujet de l'histoire des pensionnats autochtones.

Claude Chénier avait été embauché par le ministère fédéral des Affaires indiennes et a commencé à travailler au pensionnat de Sainte-Anne le 1er octobre 1970 en tant qu’employé au service de garde dans la section des garçons, selon des fichiers de la PPO obtenus antérieurement par CBC. M. Chénier a officiellement démissionné en août 1971, selon les archives.

L'accusation contre Claude Chénier a été retirée et il n'a été reconnu coupable d'aucun crime ni accusé d'aucune autre infraction liée aux événements s’étant déroulés au pensionnat de Sainte-Anne.

Une carrière municipale et universitaire

M. Chénier est maintenant directeur général par intérim et secrétaire-trésorier de la MRC des Collines-de-l'Outaouais, à Chelsea, au Québec. Il a déclaré dans un courriel qu'il était innocent relativement aux allégations soulevées contre lui. Je continue de réaffirmer mon innocence face aux allégations qui auraient eu lieu il y a 50 ans, a-t-il écrit dans un courriel. Il y a plus de 20 ans, le système judiciaire a été informé de ces allégations et aucune preuve n'a jamais été présentée contre moi pour les étayer. Par conséquent, les allégations ont été par la suite retirées. Ma réputation continue d'être irréprochable, ce qui est très important pour moi.

Un homme regarde la caméra dans un portrait officiel.

L'accusation d'attentat à la pudeur contre Claude Chénier a été retirée et il n'a été reconnu coupable d'aucun crime ni accusé d'aucune autre infraction liée aux événements s’étant déroulés au pensionnat de Sainte-Anne.

Photo : Photo tirée du site web de l'UQO

En 1997, lorsque Claude Chénier a été inculpé, il était doyen des affaires universitaires du Cégep Heritage College, à Gatineau. Il avait d’ailleurs reçu l’appui de l'administration de l’établissement, selon un rapport publié dans l'Ottawa Citizen.

Il a également fait partie du conseil de gouvernance de l'Université du Québec en Outaouais et fait partie de son comité d'éthique, d'audit et d'honneurs, selon le site web de l'université.

« Une défense compromise »

En 2016, Simeon Solomon avait appris que la PPO ne rouvrirait pas le dossier. Le procureur de la Couronne Dale Cox, dans une lettre transmise aux avocats du plaignant, affirmait croire qu’il n’y avait pas de chance légitime de condamnation dans cette histoire.

Il avait cité comme arguments différentes décisions de la Cour suprême, dont l’arrêt Jordan de 2016. Je m'attends à ce que la défense soutienne raisonnablement que le nouveau dépôt des accusations constituerait un abus de procédure et que la capacité de M. Chénier de présenter une défense pleine et entière serait considérablement compromise par le passage du temps.

Dans la lettre, le procureur Cox avait aussi écrit qu'il avait examiné les dossiers archivés sur l'affaire qui notaient que l'accusation avait été retirée « en raison du défaut du plaignant de comparaître devant le tribunal deux jours de suite » et que « le plaignant ne s'était pas présenté malgré des efforts répétés ».

Simeon Solomon affirme pour sa part qu'il n'a manqué qu'une seule date d'audience. Dale Cox, lui, n'a pas répondu à une demande d’entrevue.

Bruce Boyden, un avocat basé à Toronto, a déclaré que la réponse du procureur de la Couronne Dale Cox n'était rien de plus qu'un coup de balai pour se débarrasser de l’affaire. Il estime que la Couronne était en présence d'un cas pour reprendre les procédures. [M. Solomon] a été cohérent au fil des années sur ce qui s'est passé, insiste l’avocat, qui est ami avec le plaignant depuis des années. Il l'a d’ailleurs représenté dans d'autres cas.

D’autres abus

Outre l’histoire dans laquelle il implique M. Chénier, Simeon Solomon affirme avoir subi d’autres mauvais traitements au pensionnat de Sainte-Anne, y compris un incident présumé de viol. Des événements qu’il n’a toutefois jamais révélés aux policiers en 1992.

J'étais ivre pendant toutes ces années, je me cachais derrière la bouteille. Les pensées revenaient et me hantaient, témoigne-t-il. J'ai seulement commencé à en parler parce que je ne peux pas effacer ces choses.

La première fois qu’il a révélé la totalité des abus subis au pensionnat, c'était en 1998, à sa mère. « Elle m’a dit : "Mon fils, pourquoi tu bois autant?" Je l'ai regardée et j'ai éclaté en larmes et je lui ai raconté [mon histoire] ».

M. Solomon a décrit son viol présumé à CBC. L’histoire correspond à la transcription de son témoignage consignée dans le cadre d’une poursuite judiciaire intentée en 2002 par des survivants du pensionnat de Sainte-Anne contre le gouvernement fédéral et les ordres catholiques qui dirigeaient l'école – les Oblats de Marie Immaculée et les Sœurs de la Charité.

Un bâtiment avec des modules de jeu à l'extérieur de celui-ci.

Le pensionnat de Sainte-Anne, à Fort Albany en Ontario, dans les années 1940. Le bâtiment a été détruit par le feu en 2002.

Photo : Algoma Universy / Collection Edmund Metatawabin

Cette poursuite a été intentée avant que la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens ne soit finalisée, en 2006.

Il s’agit d’un viol, lorsque vous prenez quelque chose qui est précieux pour une personne, avait témoigné M. Solomon, selon la transcription. Je pensais que c'était moi la mauvaise personne [parce que] j’avais permis [à ces choses de se produire]. J'avais peur.

Il envisage maintenant de déposer une plainte sur la base de cette agression sexuelle présumée qu'il a déclaré n'avoir jamais divulguée à la police. Un porte-parole de la PPO a affirmé que si M. Solomon signalait cette agression présumée, une enquête serait menée. Nous voulons évidemment qu'une enquête saine et complète soit menée, a déclaré ce porte-parole, le sergent Kerry Schmidt.

Nous comprenons le traumatisme qui a été vécu par de nombreuses victimes qui ne se souviennent peut-être pas de tout au moment de faire une déclaration. Si Simeon [Solomon], ou n'importe qui d'autre, croit que d'autres crimes ont été commis, nous prendrons cela au sérieux.

D’après un texte de Jorge Barrera, CBC.

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