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L'auto-identification autochtone, une menace pour les Métis?

Le président de la Fédération des Métis du Manitoba, David Chartrand (milieu), marche avec le drapeau métis devant la Cour suprême du Canada.

Le président de la Fédération des Métis du Manitoba, David Chartrand (milieu), marche avec le drapeau métis devant la Cour suprême du Canada, en avril 2016.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

L’augmentation du nombre de personnes revendiquant à tort une identité métisse serait dangereuse, selon le président de la Fédération des Métis du Manitoba, car elle menacerait l'avenir même de cette nation autochtone.

David Chartrand, le président de la Fédération des Métis du Manitoba et vice-président du Ralliement national des Métis, affirme avoir senti son sang bouillir en prenant connaissance de l'expérience de Breanne Lavallee-Heckert au Sénat.

Mme Lavallee-Heckert, membre de la Fédération des Métis du Manitoba (FMM), a déclaré à CBC News qu'elle n'avait pas eu d'autre choix que de démissionner de son poste au bureau de la sénatrice Marilou McPhedran en raison du traitement d'une plainte qu'elle avait déposée. Elle dénonçait les prétentions d’une collègue de travail qui affirmait être elle aussi une Métis, mais du Québec.

Le visage de Breanne Lavallee-Heckert.

Breanne Lavallee-Heckert

Photo : Ana Lucia Lobos

Qu’arriverait-il si quelqu'un venait nous dire qu'il est canadien, mais qu'il ne l'est pas?, soulève David Chartrand. Comment agiriez-vous, Madame la Sénatrice? C'est ce que nous ressentons. Vous ne pouvez pas venir ici de n'importe où dans le monde et affirmer que vous êtes canadien, à moins de passer par un processus. C'est la même chose pour nous.

M. Chartrand affirme que la FMM demandera à Breanne Lavallee-Heckert si elle désire prendre des mesures supplémentaires en lien avec les événements. Il assure également qu’il effectuera personnellement un suivi auprès du Sénat. Nous avons beaucoup à perdre [dans ce dossier], soutient-il.

Le président de la FFM avance que, si des centaines de milliers – ou des millions – de personnes commencent à s'auto-identifier comme Métis sans aucune conséquence, celles-ci se retrouveront plus nombreuses que les citoyens de la Nation Métis. Elles pourraient éventuellement assimiler [l’existence même des Métis] en tant que peuple.

Un homme pose devant le logo de la FMM, sur lequel figurent une tête de buffle et deux carabines.

Le président de la Fédération des Métis du Manitoba, David Chartrand

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

L'auto-identification n'est qu'une facette de notre processus constitutionnel, rappelle-t-il. Vous devez prouver votre lien historique avec la Nation Métis et sa patrie.

Un combat pour l’identité

Les Métis, et par extension les Premières Nations, ont beaucoup à perdre de la récente tendance d’auto-identification, explique M. Chartrand. Celle-ci est parfois aussi nommée auto-autochtonisation.

Darryl Leroux, professeur agrégé de justice sociale et d'études communautaires à l'Université Saint Mary's d'Halifax et auteur de Distorted Descent: White Claims to Indigenous Identity, soutient que les événements relatés par Breanne Lavallee-Heckert et qui se seraient déroulés au Sénat seraient courants.

Il estime que l’auto-autochtonisation serait devenue assez répandue dans la fonction publique et les universités, mais aussi dans d’autres domaines.

Un homme qui porte des lunettes foncées et un manteau noir sourit.

Darryl Leroux, professeur agrégé à l'Université Saint Mary's à Halifax

Photo : Radio-Canada

En tant que société, nous nous battons pour savoir quoi faire lorsque des non-Autochtones revendiquent une identité autochtone, explique le professeur Leroux.

Il rappelle qu'historiquement, il n'a pas été bénéfique pour les gens de s'identifier comme Autochtones. La situation a par contre évolué avec la reconnaissance légale des droits des premiers peuples.

Il ajoute que les groupes auto-identifiés revendiquent habituellement une identité métisse, mais qu’il arrive parfois qu’ils se réclament d’une Première Nation.

Les organisations, selon lui, doivent pouvoir compter sur des procédures efficaces pour réagir à l’auto-autochtonisation si elles veulent soutenir les peuples autochtones.

Nous parlons littéralement de centaines de milliers de personnes, dont plusieurs occupent une position qui devrait revenir à un Autochtone.

Des initiatives pour vérifier les revendications

Sur le terrain, des gens se sont organisés pour vérifier les revendications de ceux qui s’auto-identifient comme Autochtones.

Robyn Lawson, une activiste nehiyaw-métisse de la Colombie-Britannique, s’est investie de cette mission il y a quelques années, en réponse à l'énorme problème causé par des milliers de fausses revendications d’identité autochtone à travers le Canada et les opportunités perdues pour les populations autochtones qui en découlent.

Au fil des ans, elle a participé à des enquêtes sur des centaines de personnes revendiquant une identité autochtone. Pour la plupart d'entre elles, soutient Mme Lawson, les recherches ne révèlent aucune légitimité à leur revendication.

Dans le cas soulevé par Breanne Lavallee-Heckert au Sénat, Mme Lawson affirme avoir elle aussi enquêté sur les prétentions identitaires de l’employée en question. Elle en est venue à son tour à considérer comme problématique l’identité métisse revendiquée par cette dernière. Elle a fait part de ses conclusions à la sénatrice Marilou McPhedran.

Robyn Lawson déplore par contre le fait que la sénatrice n’a pas semblé comprendre son point de vue, et a affirmé que, dans la correspondance entretenue avec celle-ci, Marilou McPhedran n’aurait pas abordé le sujet directement. Elle aurait demandé à Mme Lawson si elle insinuait que seuls les Autochtones devraient avoir le droit de travailler sur certaines questions au Sénat.

Je crois que sa réponse était imprégnée d'une arrogance qui était exaspérante, soutient Robyn Lawson. Selon elle, cette situation mettrait en évidence l'importance de respecter le choix des Autochtones pour définir qui fait partie ou non de leur nation.

D’après un texte de Chantelle Bellrichard, CBC

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