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Surveillance de l’eau suspendue aux T.N.-O : une « omission grave », disent des experts

La rivière des Esclaves dans les Territoires du Nord-Ouest en juillet 2018. Les différents programmes de surveillance de la qualité de l'eau, gérés par l'Alberta et le gouvernement canadien ont été annulés selon CBC, en raison de la pandémie.

La rivière des Esclaves dans les Territoires du Nord-Ouest en juillet 2018. Les différents programmes de surveillance de la qualité de l'eau, gérés par l'Alberta et le gouvernement canadien ont été annulés selon CBC, en raison de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Hwang/CBC

Radio-Canada

Le réseau de surveillance de la qualité de l’eau est suspendu dans les Territoires du Nord-Ouest depuis le début de la pandémie. Des experts affirment que cette collecte de données est pourtant cruciale, même en temps de pandémie.

Le fait que le gouvernement fédéral n’a fait aucune surveillance de la qualité de l’eau durant la pandémie est une omission grave qui peut avoir de graves conséquences, soutient l’ex-ministre de l’Environnement des Territoires du Nord-Ouest, Michael Miltenberger.

La qualité de l’eau dans les Territoires du Nord-Ouest relève de la province de l’Alberta et du gouvernement fédéral. 

Or, selon CBC (Nouvelle fenêtre), plusieurs programmes visant à sonner l’alarme en amont, en cas de problème, ont été annulés durant la pandémie de la COVID-19.

À la mi-juillet, La Presse canadienne révélait que la décision de la Régie de l’énergie de l’Alberta de suspendre plusieurs exigences de surveillance environnementale pour les entreprises qui exploitent les sables bitumineux contrevenait à une entente-cadre gouvernementale signée en 1997.

L'entente-cadre sur les eaux transfrontalières du bassin du Mackenzie oblige les gouvernements du Canada, de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de la Saskatchewan, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest à travailler en étroite collaboration pour défendre le maintien de l’intégrité écologique du bassin hydrographique du fleuve Mackenzie.

Parallèlement, selon CBC, des stations de surveillance de la qualité de l’eau gérées par Ottawa ont également cessé leurs activités.

Quand il y a une montée des eaux, comme c’est le cas actuellement dans les Territoires du Nord-Ouest, les cours d’eau amènent des débris et des polluants et ça crée un cocktail chimique, que les tests habituels ne peuvent pas déceler, explique M. Miltenberger.

C’est d’autant plus important d’assurer une surveillance, insiste-t-il.

L’ex-ministre de l’Environnement des Territoires du Nord-Ouest, Michael Miltenberger.

L’ex-ministre de l’Environnement des Territoires du Nord-Ouest, Michael Miltenberger.

Photo : Radio-Canada / CBC

Selon lui, le gouvernement fédéral a également des obligations envers les communautés autochtones en vertu d’ententes territoriales.

Utiliser la pandémie pour suspendre des exigences environnementales, c’est créer une rupture du lien de confiance.

Gerry Cheezie, chef de la Première Nation de Smith's Landing

Le chef de la Première Nation de Smith's Landing, Gerry Cheezie, dénonce l‘absence de consultations des communautés autochtones dans ce dossier.

Il se dit également préoccupé à la suite de l’adoption de la Loi sur la défense des infrastructures par le gouvernement albertain, qui permet d’imposer des pénalités sévères à toute personne bloquant de façon délibérée des infrastructures vitales, comme les voies ferrées et les routes.

C’est un document raciste et discriminatoire qui vise directement les Autochtones ou toute personne qui ne partage pas leur point de vue selon lequel l’industrie du pétrole et du gaz est la seule voie pour assurer la vitalité économique de l’Alberta, soutient-il.

Gerry Cheezie somme les entreprises des sables bitumineux, Ottawa et le gouvernement de l’Alberta d’assurer de façon assidue la surveillance de la qualité de l’eau.

Qui vérifie quoi?

Le ministère de l’Environnement des Territoires du Nord-Ouest dit avoir demandé aux gouvernements fédéral et albertain de rétablir dès que possible les exigences de surveillance environnementale pour les entreprises qui exploitent les sables bitumineux.

Les Relevés hydrologiques du Canada constituent l’autorité nationale responsable de la collecte, de l’interprétation et de la diffusion de données et de renseignements sur les ressources en eau au Canada. Lors de l’éclosion de la pandémie, cette entité a été déclarée comme service essentiel.

La surveillance de la qualité de l’eau est toutefois une responsabilité d’Environnement Canada, qui n’a pas été déclaré comme service essentiel, selon CBC.

Dans un courriel envoyé à CBC, le ministère canadien de l'Environnement et du Changement climatique explique avoir suspendu tout programme non essentiel pour protéger la santé de ses travailleurs. Le Ministère assure qu’un programme adapté de la surveillance de l’eau sera remis en place dès que ses plans de sécurité pour le retour au travail des employés seront approuvés par Ottawa.

Ottawa affirme de son côté qu’une vérification de l'historique des données sera effectuée pour tenter de comparer les effets liés à une période similaire de la montée des eaux, afin de compenser les lacunes dans la collecte de données.

Si la vérification de l'historique des données ne nous permet pas d’établir une corrélation claire entre les conditions actuelles et celles d’années précédentes, cela nous donnera néanmoins une idée de l’augmentation ou de la diminution de contaminants ou de charge de nutriments qui peut survenir durant la montée des eaux, a indiqué Environnement Canada à CBC.

Selon John Pomeroy, président de la Chaire de recherche du Canada et directeur du programme Global Water Futures de l’Université de la Saskatchewan, lorsque la montée des eaux est plus élevée que la normale, la qualité de l’eau ne peut être que partiellement mesurée. Selon lui, une telle situation peut avoir un impact significatif sur l’écosystème et la toxicité de l’eau ainsi que, ultimement, sur la santé des poissons.

John Pomeroy, président de la Chaire de recherche du Canada et directeur du programme Global Water Futures de l’Université de la Saskatchewan.

John Pomeroy, président de la Chaire de recherche du Canada et directeur du programme Global Water Futures de l’Université de la Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada / Eric Collins/CBC

Le professeur estime que le gouvernement fédéral devrait accroître son rôle dans la surveillance de l’eau et financer davantage la mise en place de l’Entente-cadre sur les eaux transfrontalières du bassin du Mackenzie.

John Pomeroy convient toutefois que les chercheurs peuvent avoir été ralentis dans leurs travaux, en raison des risques de transmission de la COVID-19 dans les communautés n’ayant pas les infrastructures pour répondre à une éclosion du virus.

Il estime cependant qu'une agence fédérale de l’eau (Canada Water Agency) permettrait de travailler de concert avec les gouvernements canadiens, les communautés autochtones et les scientifiques pour oeuvrer principalement à la surveillance de la qualité de l’eau.

Selon lui, les communautés autochtones pourraient ainsi continuer à récolter des données, même en situation de pandémie.

Le problème que nous avons, avec la COVID-19, lorsqu’une juridiction décide de suspendre des vérifications environnementales, serait résolu si nous renforcions les pouvoirs du Conseil du bassin du Mackenzie, soutient-il.

Ce type d’entente devrait avoir des pouvoirs plus étendus pour ne pas être assujettie à une annulation discrétionnaire de la surveillance de la qualité de l’eau, conclut-il.

D'après un texte d'Avery Zingel, CBC News

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