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chronique

Les mots de la pandémie

Des manifestants marchent avec des affiches.

Une centaine de personnes ont pris part à une manifestation d'appui aux chefs héréditaires wet'suwet'en à Mashteuiatsh.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

Edith Bélanger

Dans l’univers de la chronique politique et sociétale, l’été est souvent une saison plus tranquille. C’est aussi un bon moment pour faire des rétrospectives, pour prendre le temps de réfléchir aux mois qui se sont écoulés depuis le dernier temps mort, soit celui des fêtes de Noël.

Cette année, quelque chose s’est passé. Le monde tel qu’on le connaissait s’est envolé pendant cette période. En tant que nouvelle chroniqueuse, en janvier dernier, j’étais bien loin de me douter qu’un virus viendrait teinter et influencer la plupart de mes écrits. Car au-delà de tous les maux causés par le coronavirus, ce matin, je réfléchis aux mots qui ont marqué cette période de pandémie du point de vue de l’actualité autochtone.

Edith Bélanger est une diplômée de philosophie de l’Université Laval. Elle poursuit actuellement des études en administration publique en contexte autochtone à l’École nationale d'administration publique (ENAP). Elle est membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite).

Territoire (s)

L’année 2020 a commencé en lion avec, comme toile de fond, la crise en territoire des Wet’suwet’en. Vous souvenez-vous que c’est cette notion des territoires autochtones qui attirait toute notre attention juste avant le grand bouleversement?

Or, si la pandémie a fait en sorte de dévier les conversations loin du territoire Unistoten et du gazoduc Coastal GasLink, la question ne s’est pas évaporée pour autant. En effet, rappelons-nous que le repli sur les territoires autochtones a été l’un des premiers gestes visibles d’autogouvernance pratiqués par les gouvernements des Premières Nations cette année. En effet, dès l’apparition des premiers cas de la COVID-19, la circulation et l’accès ont été restreints dans bon nombre de communautés.

L’accès à ces territoires a aussi été revalorisé. Les chasseurs, pêcheurs et cueilleurs ont été encouragés à sortir sur les terres ancestrales pour participer à l’effort collectif visant à nourrir les personnes les plus vulnérables des communautés.

Ce contact avec le territoire, ce lien sacré d’interdépendance renouvelé contribue également au maintien des identités autochtones. Reste à voir à quel point, une fois la crise passée, nous aurons besoin de réexpliquer encore et encore aux gouvernements la nécessité d’avoir de franches discussions de nation à nation sur les territoires autochtones.

Autonomie gouvernementale

En plein cœur de la pandémie, la notion d’autonomie gouvernementale des Premières Nations s’est donc rapidement imposée. Ainsi, les gouvernements des différents conseils de bande ont eu plusieurs occasions de faire la démonstration de leur capacité et leur autorité en matière d’autogouvernance. Pensons simplement à la mise en place de points de contrôles sur les communautés et au déploiement d’initiatives de soutien aux aînés et de distribution alimentaire.

Tout cela a démontré que savoir se gouverner signifie aussi d’arrêter d’attendre après les provinces. On se rappellera que c’est d’ailleurs ce droit à l’autogouvernance qui a été invoqué par le chef de Kahnesatake lorsqu’est venu le temps de bloquer l’accès au parc d’Oka, en période de déconfinement, en l’absence d’une réelle discussion avec le Québec sur les mesures à prendre.

C’est aussi ce concept d’autonomie gouvernementale qui était en jeu lorsque les différentes communautés qui entraient en période électorale pendant le confinement ont refusé de laisser le gouvernement fédéral imposer des mesures unilatéralement, depuis Ottawa, sans égard aux réalités des différentes Premières Nations.

À l’échelle d’un pays aussi grand que le Canada, ce sont de petits pas, certes, mais qui sait, ces initiatives préparent peut-être la voie à une relation plus équitable, de nation à nation?

Santé physique, sociale et mentale

Bon nombre de communautés ont opté pour ce qui a même pu passer pour un excès de prudence. D’ailleurs, nombre d’entre elles sont encore fermées aux gens de l’extérieur. N’en déplaise à ceux qui souhaitaient, comme l’a si maladroitement illustré Michelle Blanc, aller pique-niquer sur le territoire bucolique des réserves, reste qu'il s’agit là de mesures tout à fait légitimes.

Les gouvernements autochtones ont choisi la prudence, car ils sont au fait plus que quiconque de la vulnérabilité de leur population sur plusieurs aspects. Cette fois-ci on ne pourra pas reprocher aux Premières Nations d’avoir une attitude de victimisation. Au contraire, les initiatives des gouvernements communautaires reflètent plutôt une lucidité et une volonté de se prendre en charge, de s’occuper de leurs affaires selon leurs besoins.

Racisme systémique

Et, oui, il semble que l’adage qui veut que l’on ne soit jamais si bien servi que par soi-même ait réellement été compris, et souvent à fort prix. Comment oublier ces épisodes de violence policière et d’interventions ratées auprès d’Autochtones qui montrent les degrés de séparation énormes entre les intervenants et ceux qui auraient besoin de leur protection?

Si on s’efforce de voir le bon côté des choses, on peut considérer que, puisque les termes de racisme systémique ont tant circulé dans les médias, une conscientisation collective est probablement en marche.

Malheureusement, c’est aussi notre devoir de ne pas oublier ceux qui ont été sacrifiés dans ce processus et, ici, ce ne sont plus que des mots qui nous restent imprimés en tête, mais des noms, comme ceux des huit autochtones tombés sous les balles des policiers pendant la pandémie ou encore de ceux dont les images d’arrestation violentes et dégradantes nous hantent encore.

Solidarité

Finalement, sur une note résolument positive, soulignons les innombrables démonstrations de solidarité qui ont inondé les médias sociaux en montrant cette force, cette détermination et cette résilience des autochtones à travers toute l’île de la grande tortue. Par le biais des initiatives artistiques, des messages d’espoir et d’appels à la mobilisation, il fait bon de voir qu’en dépit de la pandémie et de tout ce qui nous sépare, nous avons bien appris nos leçons de l’histoire et en avons retenu les mots suivants : nous sommes plus forts, ensemble.

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