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Des guérisseurs se font reprocher de s’approprier des pratiques autochtones

Une femme tient un tambour dans sa main.

Sheila Black gagne sa vie en offrant des soins spirituels, en célébrant des mariages ou en organisant des ateliers lors desquels elle emprunte des pratiques autochtones.

Photo : Facebook/Be One With Spirit via CBC

Radio-Canada

Deux guérisseurs non autochtones nouvel âge de l’Ontario ont été critiqués pour s’être approprié des pratiques autochtones lors de leurs cérémonies.

Un texte de Rhiannon Johnson, de CBC

Depuis 10 ans, Bonita Uzoruo, une femme d’origine caribéenne, anichinabée, crie et métisse, habite à Halton Hills, en Ontario, un coin de pays où vivent peu d’Autochtones.

En tombant sur une photo de la révérende Sheila Black, tambour à la main, Bonita Uzoruo a tout de suite senti une connexion, raconte-t-elle. J’ai présumé en voyant cette photo qu’elle pouvait être autochtone, ajoute-t-elle.

Une fois sur le site web de la révérende, Bonita Uzoruo y découvre que Sheila Black n’est pas autochtone. Elle lui écrit alors pour lui faire part de ses inquiétudes quant à l’instrumentalisation de pratiques autochtones, desquelles Mme Black tire probablement profit, dans l’espoir de pouvoir établir un dialogue.

Or, la réponse s’est révélée décevante, dit-elle. Sheila Black a tenté de justifier son droit d’enseigner en fonction d’affiliations floues avec des aînés, une communauté, des personnes autochtones, un réseau autochtone, explique Bonita Uzoruo.

Au Canada, comme aux États-Unis, nous avons une longue histoire marquée par le génocide culturel des peuples autochtones, où l'on a tenté d'éradiquer les pratiques et cérémonies que [Sheila Black] vend à ce jour, souligne-t-elle.

Des études amérindiennes

Sur son site web, Sheila Black indique avoir fait des études amérindiennes tout au long de sa vie. On peut aussi y lire qu’elle a participé à des rituels de sudation pendant 11 ans, qu’elle a été gardienne du feu lors de cérémonies de Danse du soleil ainsi que gardienne du calumet dans la Nation sioux des Lakotas, aux États-Unis.

Établie à Halton Hills, Mme Black a été ordonnée révérende par l’Église spiritualiste du Canada. Elle offre des soins spirituels, célèbre des mariages, organise des ateliers et peut aussi s’occuper des funérailles, selon son site web.

Ses prix sont raisonnables et abordables, y assure-t-on.

Dans sa réponse à Mme Uzoruo, la révérende affirme avoir participé à un cercle de tambours pour la première fois avec un homme appelé Anthony Barr en 2009. À cette époque, elle dit avoir aussi participé à sa première séance de tente de sudation dans l’État de New York, alors qu’elle organisait des cérémonies depuis six ans déjà.

Sheila Black a déclaré à CBC qu’elle n’avait jamais accepté d’être payée pour ses services. Je n’ai jamais eu un cent ni aucun type de rémunération pour ces cercles de tambours. Je l’ai fait de façon volontaire pendant environ 10 ans, assure-t-elle.

Une pratique désapprouvée

Selon Michael Cywing, un professeur d’arts autochtones et conservateur de la Première nation de Wiikwemkoong sur l’île Manitoulin, en Ontario, la tradition exige que, lors d’une cérémonie, aucuns frais ne soient demandés.

Lorsque des cérémonies ont lieu au sein de communautés autochtones, le consentement de tous est demandé et des protocoles doivent être suivis, précise-t-il.

Au cours des années 1970, M. Cywing a fait la rencontre de nombreux guérisseurs nouvel âge non autochtones aux États-Unis, dit-il. Ceux-ci prétendaient être des chamans ou des guérisseurs qui organisaient des cérémonies autochtones. Des années plus tard, le phénomène s’observe encore, souligne-t-il.

Je connais bien des personnes qui désapprouvent le fait que des non-Autochtones s’approprient ces pratiques pour en tirer profit, dit M. Cywing.

Accepte uniquement les dons

Bonita Uzoruo a tenté de s’adresser à Anthony Barr, sans succès.

Contacté par CBC, Anthony Barr a fait savoir qu’il n’était pas d’origine autochtone, mais qu’il avait obtenu en 2009 la permission d’organiser des cérémonies de la part d'un aîné métis dénommé Joe Paquette.

Sur son site web, M. Barr indique avoir étudié durant quatre ans auprès de chamans issus de Garder River, de Sault-Ste-Marie et de Mississauga.

Je ne crois pas pouvoir faire mieux [que les guérisseurs autochtones]. Mais je peux tout de même aider des gens.

Anthony Barr

Interrogé par CBC, Andy Rickard, le chef de la Première Nation de Garden River, a dit n’avoir jamais entendu parler d’Anthony Barr.

Bien que M. Barr affirme n’avoir jamais obtenu ni demandé d’argent pour les cérémonies qu’il a organisées, son site web indique qu’il accepte uniquement les dons.

Anthony Barr assure plutôt avoir dépensé des milliers de dollars de sa poche.

Ce n’est pas de l’appropriation, selon Black et Barr

Je ne veux pas causer de frictions avec qui que ce soit. Je vais continuer de tenir ces cérémonies en privé, mais plus en public, affirme Sheila Black, niant du même souffle avoir fait de l’appropriation culturelle.

J’aimerais être une alliée des Autochtones, pas une menace, ajoute-t-elle.

Même son de cloche du côté d’Anthony Barr qui estime avoir fait le choix de partager ses connaissances afin d’aider les gens.

Mais aux yeux de Bonita Uzoruo, la réponse de Sheila Black est condescendante et problématique. Si Mme Black voulait vraiment être une alliée, elle s’engagerait à travailler avec les Premières Nations dans le but d’améliorer les relations plutôt que de poursuivre ses activités en privé, croit-elle.

Pour sa part, Michael Cywing estime que les non-Autochtones qui veulent apprendre les pratiques auprès des aînés des communautés peuvent le faire. Encore faut-il que cet échange se fasse dans le respect, et non dans le but de s’enrichir par la suite, soutient-il.

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