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La gouvernance autochtone passe aussi par les femmes

Liette Ishpatao, debout sur un pont.

Liette Ishpatao dit notamment s'inspirer de son père, ancien chef du conseil de bande, pour se lancer elle-même en politique.

Photo : Courtoisie

Candidate à un poste de conseillère à Nutashkuan, sur la Côte-Nord, Liette Ishpatao est la seule femme à tenter d’occuper une place au conseil de bande. Pour elle, l’engagement politique est non seulement une question de tradition familiale, mais vient aussi d’un séjour effectué il y a deux ans à Montréal, à plus de 1200 kilomètres de chez elle.

Au bout fil, la femme de 32 ans raconte son parcours : fille d’un ancien chef du conseil de bande, elle dit avoir pris les grands moyens pour s'aider dans [s]on cheminement personnel depuis une dizaine d'années.

Après avoir tenté sa chance dans plusieurs programmes, au cégep, elle obtient une attestation en animation des loisirs, à Sept-Îles. « C’est là que j’ai trouvé ma voie. C’est là que j’ai su que c’était ça que j’aimais faire; faire de l’animation en loisirs et être en contact avec les gens… J’aime beaucoup aider le monde », ajoute-t-elle.

L’idée de se lancer en politique découle bien sûr de l’héritage familial et d’un désir de continuer à s’impliquer dans sa communauté, mais aussi [de la volonté de] faire entendre la voix des femme, dit Mme Ishpatao, en évoquant aussi « les jeunes de la communauté, qui ne sont pas écoutés ».

La candidate affirme d’ailleurs que son entrée dans la course électorale a surpris bien des gens, dont elle-même; le processus de mise en candidature nécessite en effet une nomination publique.

Il y a une amie qui a pris son courage à deux mains, et qui est allée crier mon nom à la salle… Elle a proposé que je sois conseillère, et même moi, j’ai été surprise. J’étais dans la salle, je voulais proposer une autre femme, mais une amie a osé crier mon nom, et mon cousin a immédiatement secondé cette nomination. Nous étions vraiment surpris. C’était un coup de tête, mais on dirait que c’était fait pour que ça soit comme ça.

J’ai toujours été intéressée par la politique, parce que j’ai été élevée là-dedans. Mon père était chef dans la communauté, alors je sais un peu ce qui se passe en politique, poursuit Mme Ishpatao. C’est pour ça que j’ai décidé de me lancer.

La cohorte 2018 de l'école d'été de l'UQAM des femmes autochtones.

Liette Ishtapao (au fond à droite) a participé à la cohorte 2018 de l'école d'été de l'UQAM portant sur la gouvernance autochtone au féminin.

Photo : Courtoisie Uqam

Une culture à changer

Les femmes en politique sont plutôt rares à Nutashkuan, souligne Isabelle Picard, chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui a animé cette école d’été sur le thème de « La gouvernance autochtone au féminin ».

C’est Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ), qui avait eu l’idée; il y avait déjà une collaboration entre l’UQAM et FAQ depuis quelques années, et Mme Michel a eu l’idée d’une formation pour aider les femmes élues dans les communautés, mentionne celle qui est aussi première spécialiste aux affaires autochtones à Radio-Canada.

Avec l’aide de conférencières, ces femmes élues, mais aussi des leaders et d’autres femmes autochtones, reçoivent de l’appui pour favoriser l’implication des femmes dans la vie politique des Premières Nations.

Liette Ishpatao était d’ailleurs de la cohorte 2018 de cette école d’été qui fait relâche cette année, pandémie oblige.

J’ai trouvé vraiment très intéressant [qu’elle se lance en politique]. La première année de l’école, nous avons eu quatre ou cinq élues sur une douzaine d’étudiantes. Les autres étaient des leaders ou des femmes qui aspiraient peut-être à la politique. La deuxième année, nous avons eu d’anciennes élues, mais pas d’élues en fonction. Liette était là, et elle m’a dit qu’elle aimerait peut-être regarder du côté de la politique, indique Mme Picard.

« C’est une fierté, comme chargée de cours. J’ai trouvé que c’était encore plus intéressant, parce que ce cours-là peut être un tremplin pour que les femmes atteignent leurs objectifs de carrière. »

Les femmes partent toutefois de loin, lorsqu’il est question d’implication en politique à Nutashkuan, rappelle la chargée de cours.

Il y a des obstacles supplémentaires; il y a des particularités, souligne Mme Picard en faisant référence à la vie politique chez les Autochtones.

Si on regarde au Québec, il y a 43 communautés des Premières Nations, et là-dessus, il y a seulement 6 ou 7 femmes chefs. Nous sommes loin des pourcentages atteints ailleurs au pays!

Isabelle Picard, chargée de cours à l'UQAM

À Nutashkuan, en 1974, les femmes ne pouvaient pas assister aux assemblées politiques où étaient prises les décisions importantes pour la communauté, rappelle Mme Picard, qui tient l’information d’aînés de l’endroit.

Les assemblées se tenaient dans de vieilles granges, et les femmes se plaçaient à l’extérieur pour regarder entre les planches pour observer ce qui se passait.

Et même aujourd’hui, il est difficile, pour des femmes chefs, de faire entendre leur point de vue, soutient-elle.

Leurs préoccupations tournent largement autour de la communauté, de la famille, de la non-violence, alors que les hommes ont peut-être d’autres enjeux en tête, comme l’économie et la protection du territoire. C’est peut-être plus difficile [de se faire entendre] quand on est minoritaire, quand on est la seule chef ou conseillère au sein de tout un conseil de bande, ajoute Mme Picard, qui précise que des larmes ont été versées et que de la colère est remontée à la surface durant ce cours.

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