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Les Autochtones et les Noirs surreprésentés parmi les gens tués par la police

Des policiers de la GRC de Codiac.

La Gendarmerie royale du Canada est responsable de la majorité des morts lors d'interventions policières, selon l'étude de CBC.

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

Radio-Canada

Une nouvelle étude réalisée par CBC montre que les Autochtones et les Noirs sont toujours surreprésentés parmi les victimes, par rapport à leur poids démographique au sein de la population canadienne.

Un texte d'Inayat Singh, de CBC News

Sur une période de 20 ans, le nombre de personnes mortes lors d’interventions policières a proportionnellement augmenté, même en tenant compte de la croissance de la population.

L'année 2020 est particulièrement éprouvée : pendant la première moitié de l’année, 30 personnes ont perdu la vie lors de l’intervention des forces de l’ordre, soit l’équivalent de la moyenne annuelle des 10 dernières années. L’année la plus meurtrière a été 2016, avec 40 personnes tuées.

Selon les données de CBC, de l'an 2000 au mois de juin de cette année, les Autochtones représentent 16 % des personnes tuées, mais seulement 4,21 % de la population canadienne, tandis que les Noirs représentent 8,63 % des morts, mais uniquement 2,92 % de la population.

À l’opposé, les Blancs forment un peu moins de 80 % de la population canadienne, mais ne comptent que pour un peu plus de 40 % des gens tués par la police.

Dans environ le quart des cas, l'équipe de recherche de CBC n’a pas été en mesure de confirmer l’ethnicité de la personne tuée, puisque cette information ne figurait pas dans les contenus médiatiques, ni dans les rapports officiels, ni ailleurs.

Les informations contenues dans l'étude révèlent également que 68 % des gens tués lors d’interventions policières souffraient de problèmes de santé mentale ou de dépendance à la drogue.

De 2018 à juin 2020 plus précisément, CBC a recensé 97 personnes ayant perdu la vie lors d’interventions policières. Dans les 54 cas où l’ethnicité de la victime a été précisée, 19 individus étaient autochtones et 4 étaient noirs.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui sert notamment de police provinciale dans une bonne partie du pays, est responsable de la grande majorité de ces décès. Suivent ensuite le Service de police de Toronto et le Service de police de la Ville de Montréal, qui oeuvrent dans les deux plus grandes villes du pays.

Ces données sont tirées de la base de données Deadly Force, qui est mise à jour par des spécialistes de CBC. Cette base de données a été créée en 2018 et la plus récente mise à jour date de juin dernier.

Il n’existe aucune base de données gouvernementale à propos des personnes ayant perdu la vie lors d’interventions policières; CBC News a ainsi décidé d’en créer une.

Selon Akwasi Owusu-Bempah, un professeur de l’Université de Toronto qui étudie le rôle de l’appartenance ethnique au sein du système de justice criminelle et en matière de politiques publiques, le déséquilibre est attribuable à des problèmes systémiques.

Je crois que nous devons avoir une conversation à propos de la valeur des vies des Noirs et des Autochtones dans notre pays, affirme-t-il.

Je crois que dans plusieurs cas, l’utilisation de la force par la police est justifiée, mais nous devons examiner les facteurs influençant ces situations et ayant un impact sur l’environnement au sein duquel ces cas d’utilisation de la force ont lieu. Nous devons aussi nous questionner, en tant que Canadiens, à savoir si nous voulons que nos populations noires et autochtones meurent aux mains des autorités étatiques.

Santé mentale et drogue

La réponse policière aux gens qui ont des problèmes de santé mentale et de dépendance à la drogue a également fait l’objet d’une attention particulière récemment.

Dans le cadre d’appels à définancer la police, des experts et des activistes ont évoqué l’existence de services alternatifs qui pourraient venir en aide aux personnes en crise.

Lorne Forster, professeur à l’Université York, à Toronto, étudie les données raciales en lien avec les politiques en matière de sécurité publique. Il a notamment aidé à concevoir et mettre en place un projet pour recueillir des données sur l’identité raciale lorsque la police d’Ottawa interroge des conducteurs à bord de leur véhicule. Le programme en question a révélé que les Noirs et les personnes originaires du Moyen-Orient étaient proportionnellement plus souvent arrêtés que les gens d’autres origines.

Nous devons repenser les services de police, soutient M. Forster.

Je crois vraiment que l’idée derrière le définancement de la police, ou le concept de définancement, est une bonne façon de reformuler la façon dont nous allons offrir des services publics au sein de notre société.

Lorne Foster, professeur à l'Université York

De son côté, Tom Stamatakis, président national de l’Association canadienne des policiers (ACP), dit ne pas être surpris par les tendances mises au jour par CBC, et que celles-ci ne changeront pas à moins que des problèmes sous-jacents touchant les gens souffrant de problèmes de santé mentale et les individus provenant de communautés marginalisées ne soient réglés.

Lorsque vous avez des gens en crise et qu’il n’y a pas d’autre option, c’est souvent la police qui va interagir avec ces gens, et vous obtiendrez parfois, lors de ces interactions, des résultats négatifs, mentionne celui dont l’organisation représente environ 60 000 policiers.

Même si tous voudraient que ces résultats négatifs diminuent, ou disparaissent carrément, si rien ne change dans notre société, il est déraisonnable ou irréaliste de penser qu’il y aura de véritables transformations.

Toujours au dire de M. Stamatakis, plusieurs membres de l’ACP sont frustrés du manque de ressources en matière de santé mentale et d’autres domaines au sein des communautés, pour éviter que la police ne soit obligée de s’en mêler. Il soutient que les manifestations qui ont lieu au pays sont une occasion de mieux soutenir ces ressources communautaires nécessaires pour réduire la pression sur la police.

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