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chronique

Un été sans pow-wow

Les pow-wow sont la nourriture spirituelle, culturelle et sociale des Premières Nations, nous dit notre chroniqueuse Edith Bélanger qui se désole de leur annulation, pandémie oblige.

Des enfants en regalia s'apprêtent à danser.

Le pow-wow de Mashteuiatsh en 2018.

Photo : Pekuakamiulnuatsh Takuhikan / Steve Deschênes

Edith Bélanger

Ça y est. Les vacances de la construction sont bel et bien arrivées. Hier, en route vers ma terre natale, j’ai constaté que, comme moi, vous étiez fort nombreux sur la route. Après tout, on a tous besoin de changer d’air.

À regarder défiler les motos, les automobiles bien chargées avec les vélos sur les toits et les innombrables roulottes, campeurs et autres machins à camper, on pourrait même se laisser berner par cette illusion de normalité.

Plusieurs pourraient même penser que, hormis les masques qui sont maintenant obligatoires, on pourra passer des vacances somme toute assez normales.

Mais moi je n’y arrive pas. Les vacances sont là, mais je me sens triste, car dans mon été il y a un trou béant causé par l’annulation de tous les pow-wow et rassemblements traditionnels.

Edith Bélanger est une diplômée de philosophie de l’Université Laval. Elle poursuit actuellement des études en administration publique en contexte autochtone à l’École nationale d'administration publique (ENAP). Elle est membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite).

Un été sans pow-wow, c’est comme des vacances à la mer sous la pluie battante, c’est bien déprimant.

Bien sûr, des circonstances exceptionnelles cette année ont mené à l’annulation de ces événements, et ça, je le comprends tout à fait. Je sais bien qu’il est essentiel de protéger nos communautés, comment pouvait-il en être autrement?

Or, les pow-wow sont la nourriture spirituelle, culturelle et sociale qu’il nous faut pour passer le reste de l’année.

Que feront-ils cette année, ces porteurs de drapeau, ces vétérans fiers et droits qui, chaque été, nous apprennent, sans même souffler mot, que nous sommes forts et tenaces, que nous sommes des guerriers?

Bien sûr je pense aussi à tous les danseurs, artisans, musiciens qui, été après été, sillonnent la route des pow-wow, j’oserais dire religieusement. Un endroit différent chaque fin de semaine, et en quelques mois seulement, pour y rencontrer des dizaines de communautés, des milliers de gens.

Bien évidemment, ça fait mal au cœur de regarder sa régalia et celle de nos enfants en se disant que cette année on passera nos vacances habillés en mou. Mais au-delà des Indian tacos, des jus de fraises des bois et du son des tambours qui nous traverse le corps et le cœur, c’est aussi le caractère sacré des pow-wow qui va me manquer.

Car les pow-wow sont avant tout des symboles d’éléments chers à nos peuples, ils sont bien plus qu’une simple célébration.

C’est lors de ces événements qu’on se rappelle que notre fierté, on ne l’a pas volée. Au contraire, il a fallu se battre pour laconserver. Ça nous permet de nous rappeler que pendant des décennies, au Canada, toutes les cérémonies de ce genre étaient interdites, honnies, punies.

C’est dans les pow-wow qu’on réalise combien ces traditions sont précieuses et qu’on doit rendre hommage à tous les porteurs de sacré, à ceux qui ont gardé jalousement ces enseignements, à force de secret et de courage, à travers les époques où c’était loin d’être à la mode, dans ces années où même plusieurs Autochtones avaient appris à penser que c’était des indienneries.

Il n’y a pas non plus de meilleure occasion de se rappeler la force de nos liens, la grandeur de nos nations. Que nous soyons Wolastoqey, Mi’kmaq, Anishnabe, dans les pow-wow, il n’y a plus de frontières provinciales ou internationales.

Que l’on vienne du Maine, du Nouveau-Brunswick ou du Québec, on sait que nos ancêtres étaient là, ensemble, bien avant toutes ces divisions territoriales, politiques et administratives.

C’est aussi dans les pow-wow que nous puisons une grande force invisible. Bien souvent, il y a des rituels qui s’y déroulent en marge dont le public n’est que rarement témoin, mais il y a aussi cette cérémonie à ciel ouvert qu’est la danse, offerte à tous et toutes. Chaque style de danse raconte une histoire et est une métaphore pour certains messages ou valeurs importants pour nos communautés. Ces danses nous parlent de courage, de fierté, d’honneur, d’humilité et de guérison. Ces danses sont un don, un hommage à nos communautés, à nos ancêtres, à toutes nos relations.

Et quel bien fou ça fait de nous voir comme ça !

Pendant toute l’année des problèmes dans nos communautés il y en a à revendre. Politique, criminalité, inégalités, racisme et j’en passe me tiennent bien occupée à raison d’une chronique hebdomadaire. Souvent, il faut se secouer pour rester positif et c’est là que nos rassemblements estivaux prennent tout leur sens.

Les pow-wow, ça nous redonne de l’énergie, ça nous permet de faire le plein de rencontres positives, de bonne bouffe et de moments magiques. Ça met des sourires tant sur les visages des enfants que sur ceux des aînés et, tout à coup, l’identité autochtone devient tellement plus qu’une source de problèmes.

Et ça, tout le monde peut le voir, car un pow-wow c’est une invitation à tous, c’est un partage et il s’agit d’une occasion unique d’enseigner, de dépasser les préjugés et de tisser des liens.

Alors, à contrecœur, je dois me résigner et ranger ma régalia et celle d’un de mes enfants qui, cette année, aurait dû danser pour la première fois.

Je lui dis : « Ce n’est que partie remise. On dansera deux fois plus l’an prochain s’il le faut. »

Alors, bon été à tous et reposez-vous : on aura besoin de toute votre énergie pour la prochaine saison des pow-wow.

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