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De fausses informations circulent sur un projet archéologique à Oka

Publication dont le mouvement Shake Up The Establishment fait notamment la promotion, laissant croire de façon erronée qu'Ottawa veut imposer un projet sur un lieu d'enterrement lié à la crise d'Oka.

Publication dont Shake Up The Establishment fait la promotion, qui laisse croire de façon erronée qu'Ottawa veut imposer un projet sur un lieu d'enterrement lié à la crise d'Oka.

Photo : Capture d’écran / L'organisme Shake Up The Establishment qui a fait la promotion de cette publication, dit ne pas savoir qui l'a créée.

Une campagne sur des réseaux sociaux comme Instagram et Facebook circule ces jours-ci contre un projet de fouilles archéologiques à Oka. Les publications, truffées d’erreurs, soutiennent notamment que le gouvernement fédéral veut effectuer une excavation dans le cimetière de la pinède, au coeur de la crise d'Oka de 1990, sans consulter les citoyens de Kanesatake, ce qui est faux.

Le futur centre communautaire d’Oka doit remplacer le bâtiment désuet de la Salle des loisirs, qui serait démoli une fois le nouvel immeuble construit.

Le nouveau centre doit regrouper l’ensemble des organismes communautaires de la Ville, comme la Société d'histoire d'Oka et la Société arts et culture d'Oka. Il doit également accueillir une salle multifonctionnelle, qui servirait à des réunions, des spectacles ou des expositions.

Québec oblige la Ville d'Oka à effectuer des fouilles archéologiques avant d'amorcer le projet.

Ces fouilles doivent donc avoir lieu à deux emplacements, là où sont situés l’actuel stationnement ainsi que l'actuelle Salle des loisirs. C'est sur ce second emplacement que serait aménagé un nouveau stationnement.

Une carte de la municipalité d'Oka.

Les fouilles archéologiques devraient se dérouler sur les terrains de l'actuel stationnement et de la Salle des loisirs d'Oka.

Photo : Radio-Canada

Ces travaux suscitent une certaine opposition et une campagne a été lancée sur les réseaux sociaux.

Toutefois, certains éléments dans les publications qui circulent portent à confusion. Il s'agit des suivants :

1- Les fouilles seraient réalisées sur un lieu d’enterrement : possible

Le cimetière ancestral au coeur de la crise d'Oka de 1990, souvent évoqué sur les réseaux sociaux, est situé dans la pinède, près du terrain de golf. Or, les terrains visés par le projet archéologique sont à environ 1 km de là. Il s'agit du stationnement adjacent à la route 344 et du terrain où se trouve le bâtiment de la Salle des loisirs, près de la mairie d'Oka et de la bibliothèque Myra-Cree.

Certains traditionalistes pensent toutefois que ce secteur pourrait être lui aussi un ancien lieu d’enterrement autochtone. C'est ce que semble indiquer la tradition orale. De plus, le cimetière catholique d'Oka se trouve tout juste à côté.

Le grand chef du Conseil mohawk de Kanesatake, Serge Otsi Simon, a priori en faveur du projet archéologique, croit que les fouilles pourraient justement permettre de faire la lumière sur ces possibilités.

2- Le gouvernement fédéral veut imposer le projet : faux

La demande d’effectuer des fouilles archéologiques n’a rien à voir avec le gouvernement fédéral. C’est le ministère québécois de la Culture qui oblige la Ville d’Oka à effectuer des fouilles avant de lui octroyer du financement pour un nouveau centre communautaire.

Les fouilles permettront de vérifier si des artefacts ou des ossements se trouvent enfouis dans les terrains visés par les travaux, avant d'amorcer quelque construction que ce soit.

3- Le projet va débuter à la fin du mois : faux

La Ville d’Oka a effectivement envoyé un communiqué le 17 juin annonçant des travaux débutant à la fin de juillet. Cette publication a soulevé un tollé chez les traditionalistes. Cependant, comme de la contestation émanait de la communauté, le projet a été mis en veilleuse.

Dans tous les cas, c’est le ministère de la Culture qui doit décider d’aller de l’avant ou non, quand il aura obtenu le feu vert du Conseil mohawk de Kanesatake, qui se fait toujours attendre. Le Conseil mène présentement un sondage auprès de ses quelque 1600 membres pour s’assurer qu’une majorité d'entre eux sont en faveur de l’excavation avant de donner son aval final.

4- Il n’y a eu aucune consultation : faux

Toutes les parties concernées ont été conviées à une réunion le 29 juin dernier. Des représentants du Conseil mohawk de Kanesatake, du gouvernement traditionnel – le Rotinonhseshá:ka ne Kanehsatà:ke (Peuple de la maison longue) –, des ministères québécois de la Culture et des Affaires municipales ainsi que des ministères québécois et canadien des Affaires autochtones étaient présents.

Les trois représentants du Rotinonhseshá:ka ne Kanehsatà:ke – Ellen Gabriel, William Wenhni’tiio Gareau et Jeremy Teiawenniseráhte Tomlinson – ont toutefois déploré ne pas avoir été consultés au préalable. Ils ont quitté la réunion avant la fin de celle-ci. Ils ont ensuite publié une vidéo sur les réseaux sociaux pour exprimer leur point de vue.

L’origine des publications reste mystérieuse

Il ne nous a pas été possible de découvrir qui est l’auteur(e) de la publication alléguant que le gouvernement fédéral veut imposer le projet sur le cimetière de Kanesatake.

Le mouvement environnemental Shake Up The Establishment, qui en a fait la promotion, nous a renvoyé à un compte Instagram notamment affilié au compte @fridaysforfuture, qui fait la promotion d’une autre campagne intitulée La Ville d’Oka projette d’effectuer des fouilles archéologiques sur un lieu d’enterrement ancestral sans l’accord de Kanesatake.

Une pétition en ligne, qui propose un format de lettre à copier-coller, demande à la Ville d’Oka et aux gouvernements de stopper le projet. Nous avons tenté de contacter le mouvement étudiant Fridays For Future U of T, affilié à l’Université de Toronto, mais en vain.

La Ville d’Oka a reçu plus 500 courriels découlant des messages publiés sur les réseaux sociaux.

Ils sont souvent intitulés : Arrêtez le projet sur un site d’enterrement de Kanesatake associant le lieu des fouilles au cimetière de la pinède. D’autres citoyens se disent dégoûtés par un génocide culturel qui se poursuit ou dénoncent des actes racistes.

Une capture de publications qui circulent.

Le mouvement étudiant Fridays For Future, émanant de l'Université de Toronto, a lancé une campagne sur les réseaux sociaux, accompagnée d'une pétition invitant tous les citoyens à s'opposer à des « gestes racistes » de la part des gouvernements québécois et canadien et de la Ville d'Oka. L'explication, plus complète ici, selon laquelle le Rotinonhseshá:ka ne Kanehsatà:ke (Peuple de la maison longue) s'oppose au projet est toutefois juste.

Photo : Capture d’écran / Tiré du site internet FridaysForFuture.org

Dissension sur le projet : une question de gouvernance

La dissension entourant le projet de fouilles archéologiques est néanmoins bien réelle.

Les membres du Rotinonhseshá:ka ne Kanehsatà:ke soutiennent que le Conseil mohawk de Kanesatake n’a pas l’autorité d’approuver ou non un tel projet, car celui-ci a été créé en vertu d'une loi colonialiste, soit la Loi sur les Indiens. Ils demandent de régler la question de la gouvernance avant de donner leur consentement à toute forme de projet sur leur territoire.

Jeremy Teiawenniseráhte Tomlinson, qui fait partie du Rotinonhseshá:ka ne Kanehsatà:ke (gouvernement traditionnel), a accepté de nous accorder une entrevue en son nom, mais a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une prise de position officielle du groupe, ce qui aurait nécessité une assemblée au préalable.

En ce moment, il y a un gros problème au niveau politique. L’administration du chef Simon ne consulte pas notre population sur tout ce qui se passe dans la communauté, avance-t-il.

Selon lui, les traditionalistes ne s’opposent pas à proprement parler aux projets de fouilles archéologiques ou à la construction d'un centre communautaire, mais ils réclament le droit de régler la question de la gouvernance.

On remet en question l’autorité même du conseil [de bande] créé par la Loi sur les Indiens, parce que c’est un gouvernement imposé par une loi coloniale.

Jeremy Teiawenniseráhte Tomlinson

Moi, personnellement, je ne veux pas empêcher le village d’Oka de bâtir un centre communautaire. C’est que nous, on est ici depuis un millénaire. Comment on peut avoir des négociations en bonne et due forme si le processus de négociation est entamé sans nous? C’est notre territoire ancestral et c’est comme si on n'existait pas, regrette-t-il.

Donnez-nous le temps de mettre nos affaires en ordre [concernant la question de la gouvernance entre les chefs traditionnels et le conseil de bande]. La colonisation a détruit notre système, de génération en génération, et c’est sans compter le traumatisme de la résistance de Kanesatake. De nombreux Mohawks préfèrent parler en ces termes de la crise d’Oka de 1990.

Selon le grand chef Serge Otsi Simon, certains traditionalistes soutiennent aussi que les fouilles auront un impact sur l’esprit de leurs ancêtres si des ossements sont trouvés.

L’idée que déterrer les ossements de nos ancêtres est irrespectueux est complètement fausse, selon nos coutumes et nos traditions.

Serge Otsi Simon, grand chef du Conseil mohawk de Kanesatake

Une situation très triste, d'après le maire d'Oka

La mairie d’Oka, Pascal Quevillon, estime pour sa part que la désinformation autour du projet est très triste et très dommage.

Ce sont toujours les mêmes personnes qui s’opposent à ce qui se passe, et il y a beaucoup de désinformation et ça alimente la division, regrette M. Quevillon.

Jeremy Teiawenniseráhte Tomlinson déplore aussi que des informations erronées se répandent sur les réseaux sociaux, mais il s'en distancie et il souligne qu’il y en a des deux côtés. Peu importe la cause, la désinformation, ça n’aide jamais une situation, dit-il.

D'après Serge Otsi Simon, la découverte d’ossements ou d’artefacts pourrait renforcer la pertinence des revendications de la communauté de Kanesatake et l’aider à comprendre une partie de son histoire.

Pascal Quevillon souligne lui aussi que si on trouve quoi que ce soit, ça va être à l’avantage de tous, que ce soit pour les Mohawks ou pour les Algonquins.

Le maire estime également que le projet de centre communautaire pourrait profiter autant aux Autochtones qu’aux allochtones.

C’est un beau projet et c’est un projet pour tous. Si les gens de la communauté mohawk veulent faire des expositions, par exemple, ce sera au bénéfice de tout le monde, fait-il valoir.

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