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L’héritage du drapeau des Warriors

Le drapeau, sur lequel se trouve la tête d'un guerrier mohawk, flotte devant des arbres.

Le drapeau des Warriors, une création de l'artiste mohwak Karoniaktajeh Louis Hall.

Photo : Radio-Canada / Jessica Deer

Radio-Canada

Il y a 30 ans, les images des Warriors vêtus de camouflages et de bandanas tenant des fusils et des drapeaux rouge et jaune vif ont été diffusées largement dans les journaux et à la télévision pendant toute la crise d’Oka. Encore aujourd’hui, le drapeau warrior est un symbole d’unité et de résistance autochtone à travers le monde.

Un texte de Jessica Deer, de CBC

Le siège de 78 jours qui a commencé le 11 juillet 1990, qui opposait les Mohawks de Kanesatake à la Sûreté du Québec et plus tard aux Forces armées canadiennes, s'articulait autour d'un litige concernant les terres contestées de la pinède, située entre la municipalité d'Oka et la communauté de Kanesatake.

Les Mohawks et leur combat pour le respect de leurs droits ont fait le tour du monde cet été-là, tout comme le drapeau des Warriors, conçu par Karoniaktajeh Louis Hall.

La couverture médiatique de la crise a amplifié la popularité du drapeau, pas seulement comme un symbole de l’unité autochtone, mais de résistance aussi, souligne le coordonnateur des communications au Bureau de la Nation Mohawk à Kahnawake, Teiowí:sonte Thomas Deer.

À partir de ce moment-là, d’autres nations autochtones ont commencé à l’utiliser dans leurs mouvements contre l’oppression coloniale, ajoute-t-il.

Karoniaktajeh Louis Hall, décédé en 1993 à 75 ans, était un activiste, un auteur et un artiste de Kahnawake. Il a créé le drapeau warrior en 1974.

Au départ, le drapeau représentait simplement un homme autochtone avec les cheveux longs. C'est pendant les années 1980 que M. Hall a remplacé l'homme autochtone par un guerrier mohawk.

Cette version du drapeau est la plus connue aujourd'hui et elle a été reproduite en masse sur des vêtements, des porte-clés, des autocollants et d'autres objets.

C'est ce que [Karoniaktajeh Louis Hall] voulait, dit sa nièce Louise Leclaire. Il voulait que le drapeau soit utilisé partout.

Il aimait son peuple et il voulait montrer que les Autochtones avaient droit à leurs traditions, leurs langues et leur fierté, insiste Mme Leclaire.

Un symbole de fierté

Pour Kahente Horn-Miller, professeure à l'Université Carleton, le drapeau est devenu, au fil du temps, une partie importante de l'identité mohawk.

Ce que Karoniaktajeh voulait faire, c'est animer notre fierté.

Kahente Horn-Miller, professeure à l'Université Carleton

En 2010, Mme Horn-Miller a publié un article académique à propos du drapeau créé par Karoniaktajeh Louis Hall. Selon elle, ce drapeau est souvent mal représenté en raison des connotations négatives qui lui ont été associées pendant la crise d'Oka.

Il a immédiatement été associé à la violence, regrette-t-elle. Le terme anglais ''Warrior'' a aussi une signification bien différente que celui employé dans notre langue qui est ''Rotisken’rakéhte'' et qui veut dire ''celui qui porte le fardeau de la paix''.

La militante et artiste Ellen Gabriel, qui était la porte-parole du peuple de la maison longue (organisation politique traditionnelle mohawk) pendant la crise, dit avoir des sentiments partagés par rapport au drapeau warrior.

D'un côté, je suis fière parce que c'est un symbole de la résistance de 1990, dit-elle. Mais de l'autre, ce que j'ai vécu dans la communauté par rapport au drapeau n'était pas agréable.

Mme Gabriel dit avoir vécu du harcèlement de la part de personnes portant le drapeau quand les barricades sont tombées. Elle remarque que le drapeau a engendré une image romancée du Warrior et qu'il peut facilement être associé au machisme, au détriment du leadership qu'ont démontré les femmes mohawks tout au long de la crise.

C'est sexy, un beau gars qui porte un masque et qui tient un AK-47. Ça peut paraître exotique, mais quand l'équipe tactique de la police a débarqué le 11 juillet [1990], ce sont les femmes qui étaient au front.

Ellen Gabriel, militante de Kanesatake

Nous n'avons pas eu de discussions dans nos communautés à propos du machisme et comment ça nous a fait mal par la suite, ajoute-t-elle.

Ellen Gabriel est appuyée sur une clôture de bois.

Ellen Gabriel, vue dans la pinède d'Oka, au centre de la crise de 1990.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une représentation visuelle de la Grande Loi de paix

Mme Horn-Miller considère également que le drapeau est une représentation visuelle de la constitution du peuple de la maison longue, la Kaianera'kó:wa, qui peut être traduit par la Grande Loi de paix.

Le drapeau, c'est aussi un symbole de construction de la paix, mais peu de gens le réalisent, dit-elle.

C'est ça la beauté de ce drapeau. Même sans connaître ses racines, il demeure un symbole frappant pour beaucoup de gens

Kahente Horn-Miller, professeure à l'Université Carleton

D'un océan à l'autre, le drapeau des Warriors est utilisé par de nombreuses nations autochtones. Il a été vu pendant les rassemblements d'Idle No More en 2015, pendant le conflit à Standing Rock autour du pipeline Dakota Access et, plus récemment, sur le territoire wet'suwet'en et pendant les manifestations de Black Lives Matter.

On peut voir ce drapeau partout dans le monde où il y a un soulèvement ou un mouvement autochtone. J'ai vu ce drapeau flotter en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Amérique du Sud, et même dans les territoires palestiniens, souligne Clifton Nicholas, un Mohawk de Kanesatake.

C'est un symbole très puissant, dit-il. Louis Hall était si ingénieux que ce qu'il a créé l'a dépassé.

L'héritage de Karoniaktajeh Louis Hall

Après la crise d'Oka, les critiques comme quoi le rôle des femmes n'était pas représenté sur le drapeau ne sont pas tombées dans les oreilles d'un sourd.

Avant son décès, M. Hall avait dessiné une autre version de son drapeau, représentant une femme et un homme. Peut-être qu'un jour, ce drapeau-là sera utilisé davantage, dit Teiowí:sonte Thomas Deer.

Karoniaktajeh Louis Hall a légué ses tableaux et ses écrits à la Warrior Society de Kahnawake.

Teiowí:sonte Thomas Deer signale que le travail de M.  Hall a eu une influence considérable sur son parcours.

Karoniaktajeh était un vrai philosophe, selon M. Deer, un artiste lui aussi. Les événements de 1990 m'ont amené vers la maison longue, mais les enseignements de Karoniaktajeh m'y ont gardé.

Clifton Nicholas dit aussi avoir été grandement inspiré par les écrits de M. Hall quand il était adolescent.

Il est l'une des personnes que j'admire le plus, dit-il. C'est parce que des hommes comme lui ont dit que c'est correct de revendiquer que je revendique.

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