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Des militants espèrent que la décision des Redskins inspirera d’autres équipes

Un terrain de football où le logo des Redskins représentant un Autochtone et des plumes a été peint.

L'équipe de la Ligue nationale de football des Redskins de Washington a laissé tomber son nom et son logo, lundi, après avoir effectué « un examen approfondi » de la question.

Photo : Associated Press / Nick Wass

Radio-Canada

La décision des Redskins de Washington de se débarrasser de leur nom, jugé raciste et stéréotypé, devrait inspirer d’autres équipes à faire de même, estiment des militants autochtones.

Après 87 ans, l’équipe de la Ligue nationale de football a annoncé lundi qu’elle retournait à la planche à dessin afin de présenter un nouveau nom et un nouveau logo. Cette décision a été prise à la suite de pressions exercées par différents commanditaires – Fedex en premier lieu – pour que l’équipe mène une réflexion dans la foulée du mouvement Black Lives Matter.

Ce genre de discussions doit aussi avoir lieu dans les rangs du sport amateur et dans les ligues juniors, selon la militante obijway Tara Houska, qui estime que certains noms d’équipes et de mascottes n’ont pas lieu d’être en 2020.

Originaire de Rainy Lake, en Ontario, Tara Houska a grandi aux États-Unis. C’est lors d’un séjour à Washington, en 2013, pour un stage au sein d’un cabinet d’avocats défendant les droits des Autochtones, qu’elle a réalisé à quel point le nom des Redskins était problématique. Elle dit avoir été décontenancée par l’attitude des supporteurs de l’équipe de football.

Selon Tara Houska, les Redskins n’auraient pas cédé aux appels à changer de nom et de logo sans le travail acharné des militants autochtones et le soutien dont ils ont bénéficié de la part des partisans de Black Lives Matter.

Une femme dont les cheveux sont coiffés en deux tresses.

La militante obijway Tara Houska est originaire de l'Ontario, mais elle a grandi aux États-Unis.

Photo : CBC

Des barrières pour les jeunes athlètes autochtones

Des parents dont les enfants font partie d’une équipe sportive au nom stéréotypé ont par ailleurs commencé à la contacter pour solliciter ses conseils.

Je suis souvent en contact avec des parents autochtones au Canada comme aux États-Unis, ils m’écrivent pour me dire : "La mascotte de l’équipe sportive de mon enfant est une [réappropriation] raciste, que puis-je faire pour changer ça?"

Tara Houska, militante obijway

Ce sont des conversations qui ont lieu d’un bout à l’autre du pays, ajoute-t-elle.

Pourtant, trouver un nom d’équipe qui n’est pas irrespectueux n’a rien de bien compliqué, estime Jesse Wente, qui est membre de la Première Nation Serpent River.

À titre d’exemple, M. Wente, qui a grandi à Toronto, cite l’équipe de baseball des Blue Jays, l’équipe de hockey des Maple Leafs et l’équipe de basketball des Raptors.

En choisissant des noms racistes et stéréotypés, les ligues de sport amateur risquent de décourager les jeunes athlètes autochtones.

La prolifération [de ces noms et logos racistes] dans les rangs du sport amateur et dans les ligues juniors à travers le Canada est énorme et je crois qu’elle représente une barrière à la participation de nombreux jeunes autochtones , plaide-t-il.

Jesse Wente croit qu’il revient aux organisateurs de faire tous les efforts nécessaires pour que ces barrières n’existent pas. Il n’est pas rare de voir des communautés issues des Premières Nations, des Métis ou des Inuit fonder leurs propres ligues pour ne pas avoir à affronter le racisme qui règne au sein des organisations sportives, dit-il.

Ce genre de logo déshumanise et est une source de distraction. Il est fort probable qu’un enfant autochtone n’ait pas envie de rejoindre une équipe appelée les Chiefs, ou quelque chose du genre.

Jesse Wente, militant anichinabé

Mais comme ce fut le cas avec les Redskins, ces équipes ne risquent pas de changer de nom si on ne leur demande pas de le faire. Et pour cela, il faudra probablement faire des appels en ce sens auprès des commanditaires, juge M. Wente.

Le cas des Redskins suivi de près

Bien qu’elle estime que le changement de nom des Redskins a une importance symbolique indéniable, Janice Forsyth, la directrice du programme d’Études autochtones à l'Université Western, à London, en Ontario, juge qu’il faut en faire plus.

Je crois que nous nous entendons tous pour dire que ce n’est pas suffisant parce que c’est un geste symbolique, souligne-t-elle. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un changement de système. Fondamentalement, c’est ce que demandent les mouvements Black Lives Matter et ceux de défense des droits des Autochtones : un changement en profondeur.

Mme Forsyth, une Crie, espère que d’autres compagnies suivront l’exemple de Fedex, Nike et Pepsi en appelant les équipes qu’elles commanditent à mener pareille réflexion.

C’est important que d’autres organisations fassent de même et ne se contentent pas d’attendre de voir ce qui va se passer dans le cas de Washington. J’ai le curieux pressentiment qu’elles vont se baser sur ce cas avant de voir si elles doivent agir à leur tour, dit-elle.

Cette décision de l'équipe de football méritait néanmoins d'être saluée, selon plusieurs militants.

Il était temps, a écrit sur Twitter Debra Haaland, élue du Nouveau-Mexique au Congrès des États-Unis et membre de la nation Laguna Pueblo. On ne devrait pas avoir besoin d'un grand mouvement social et la pression des parraineurs pour prendre la bonne décision, mais je suis heureuse que cela arrive.

C'est la fin d'un voyage long et difficile, a réagi sur Twitter Notah Begay, à la fois des nations Navajo, San Felipe et Isleta. Il est le seul Autochtone à avoir participé au circuit américain professionnel de golf (PGA).

Pour l'activiste Suzan Shown Harjo, qui est cheyenne et hodulgee, ce changement aidera d'autres [équipes] à abandonner leurs fantômes du racisme encore plus vite.

Avec les informations de Lenard Monkman et de Aly Lancione, de CBC News, ainsi que de l'Agence France-Presse

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