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Le drame d'indigènes du Brésil déplacés atteints du coronavirus

Une maison emportée par les eaux boueuses après l'effondrement d'un barrage près de Brumadinho, au Brésil, le vendredi 25 janvier 2019.

Ângohó Pataxó Hã-Hã-Hãe, une indigène, a été forcée de quitter son village après la rupture du barrage de Brumadinho.

Photo : Associated Press / Leo Drumond

Agence France-Presse

Contrainte de quitter son village après la rupture du barrage de Brumadinho, Ângohó Pataxó Hã-Hã-Hãe, indigène vivant dans le sud-est du Brésil, doit à présent lutter contre la COVID-19 qui fait des ravages dans sa favéla.

Ici, dans notre quartier, 120 personnes ont été contaminées et il y a déjà eu des morts, dit-elle à l'AFP.

Ângohó et son mari, le cacique Hayõ, ont reçu un diagnostic positif du nouveau coronavirus au début de juillet. Dans sa petite maison de deux pièces à Vila Vitoria, favéla en banlieue de Belo Horizonte, elle souffre de fièvre, tousse beaucoup et a parfois du mal à respirer. Cinq autres membres de sa famille présentent aussi des symptômes de la COVID-19.

Ângohó, 53 ans, est originaire de Bahia, dans le nord-est du Brésil. Elle a connu deux fois la douleur de l'exil.

À Bahia, nous avons été privés d'eau sur nos terres à cause des fermes d'eucalyptus établies dans les environs, et nous sommes partis en quête de meilleures conditions de vie, raconte-t-elle, en parlant lentement et en faisant de nombreuses pauses en raison de ses problèmes respiratoires.

Avec une vingtaine d'autres familles du peuple Pataxó Hã-Hã-Hãe, elle a parcouru plus de 1000 kilomètres pour s'établir sur les rives du fleuve Paraopeba, dans l'État du Minas Gerais, mais le 25 janvier 2019, la rupture du barrage de la société minière Vale à Brumadinho a rejeté des tonnes de résidus toxiques dans ce cours d'eau dont les indigènes dépendaient pour survivre.

Cette tragédie a coûté la vie à près de 300 personnes et privé des centaines d'autres de leurs moyens de subsistance. Un an après, au début de cette année, Ângohó et ses proches ont décidé de partir pour Belo Horizonte, capitale de l'État de Minas Gerais.

Nous sommes partis d'ici, parce que nous ne supportions plus cette situation. Le fleuve était mort, on ne pouvait plus planter ni pêcher.

Ângohó Pataxó Hã-Hã-Hãe, une indigène du Brésil

Treize familles de son village se sont installées dans la favéla Vila Vitoria, mais d'autres sont parties en direction d'autres États. De la terrasse installée sur le toit de sa modeste maison en briques rouges dans la favéla, Ângohó contemple avec nostalgie le paysage urbain qui s'étend à perte de vue.

Elle porte une majestueuse coiffe de plumes noires et blanches, et un masque de protection jaune qui reproduit les motifs géométriques peints sur son corps.

Certains jours, son mari n'arrive pas à se lever du lit. Elle tente de le soigner avec des remèdes traditionnels, notamment des infusions à base de gingembre, des noyaux d'avocat, de feuilles de tabac ou de romarin.

Sa famille bénéficie d'indemnisations versées par le conglomérat minier Vale, qui exploitait le barrage, à la suite d'une décision judiciaire, mais le montant est selon elle insuffisant. Des dons d'associations sont providentiels pour l'aider à survivre.

Mais nous ne voulons pas vivre de dons. Nous savons planter, faire de l'artisanat. On voudrait juste qu'on nous rende nos terres pour qu'on puisse vivre en paix, réclame-t-elle.

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