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Recruter plus de policiers autochtones : « un combat perpétuel »

Les locaux du corps de police.

Le Corps de police régional Kativik assure vouloir embaucher plus d'agents inuit.

Photo : Michel Martin

Acquisition de pistolets électriques, partenariat pour intégrer des policiers d’expérience : le Corps de police régional Kativik (CPRK), au Nunavik, ne prend pas à légère le récent rapport du coroner Éric Lévine. Selon son chef adjoint aux opérations, Jean-François Morin, la formation de policiers autochtones demeure toutefois un grand défi.

C’est un combat perpétuel, mais on a une volonté d’avoir un maximum de policiers inuit, assure M. Morin.

Dans son rapport sur la mort de David Sappa, le Bureau du coroner dénonçait la faible proportion de policiers inuit au sein du CPRK, le manque d’expérience des policiers et l’absence d’équipement adéquat, comme des armes intermédiaires.

En ce moment, on a 4 policiers inuit sur 90. On est conscients que ce n’est pas assez. On aimerait en avoir évidemment beaucoup plus, mais on a des difficultés depuis l’abolition du programme de constable spécial autochtone de l’École nationale de police du Québec, soutient le chef adjoint.

Ils sont très au courant que ça nous crée des problèmes

Jean-François Morin, chef adjoint, Corps de police régional Kativik

Le policier déplore notamment le coût et la durée des formations.

Ça représente un déplacement prolongé et, dans la culture inuit, c’est un grand enjeu. Ils trouvent ça difficile et ça nuit à nos tentatives de recrutement. Nous, dans une situation idéale, on ramènerait le programme de constable spécial ici, dans le Nord – au moins la partie théorique, dit-il.

Le programme de constable spécial autochtone permettait à des recrues de devenir agents de la paix en 12 semaines plutôt qu'en 45 semaines. Une fois leur formation complétée, les agents pouvaient patrouiller sur le territoire de leur communauté.

Le programme québécois en patrouille-gendarmerie nécessite 45 semaines de formation (30 semaines au niveau collégial puis 15 semaines à l’École nationale de police du Québec), mais permet de patrouiller partout au Québec.

L’École nationale de police du Québec dit avoir aboli le programme en 2014 à la demande des corps policiers autochtones du Québec, y compris le CPRK.

Dans les années 2000, ils avaient formellement fait une démarche auprès de l’École nationale de police du Québec [...] pour que les policiers autochtones puissent être plus valorisés dans leur emploi, puissent avoir leur pleine compétence et puissent ne pas être uniquement affectés à leur propre territoire dans un statut de constable spécial, explique Pierre St-Antoine, directeur général à l’École nationale de police.

Le directeur général de l'École nationale de police de Nicolet, Pierre Saint-Antoine.

Le directeur général de l'École nationale de police de Nicolet, Pierre Saint-Antoine.

Photo : Radio-Canada

Le Corps de police régional Kativik nie toutefois avoir participé à cette démarche.

L’École nationale de police assure par ailleurs avoir à coeur le recrutement de policiers autochtones et confirme être en pourparlers avec le CPRK. Son directeur général estime que la remise sur pied du programme de constable spécial n’est pas nécessairement la bonne solution.

Est-ce que le fait d’avoir un statut de constable spécial chez les Inuit, c’est mieux? Une des options qu’on regarde, c’est de découper le bout collégial en petites parties pour permettre à des policiers, notamment les Inuit, de suivre une formation par petits bouts… plutôt qu’un 30 semaines à l’extérieur de leur communauté et ensuite un autre 15 semaines à l’extérieur de leur communauté, note M. St-Antoine.

Est-ce qu’on pourrait découper le programme et le reconstruire d’une façon différente pour qu’ils acquièrent les mêmes compétences, peut-être pas sur 45 semaines [de suite], mais sur deux ans ou deux ans et demi, avec des formations à distance dans certains cas? Ce sont des éléments auxquels l’école réfléchit. Évidemment, la pandémie a retardé [ces pourparlers], ajoute-t-il.

Le chef adjoint du CPRK estime que plus les formations seront données sur place, plus le recrutement sera facilité.

C’est 3000 $ de billet d’avion par personne pour faire voyager un policier dans le Sud, souligne Jean-François Morin.

Le CPRK tente d'ailleurs d'obtenir une formation pour ses 90 policiers, à la suite de l'acquisition d'armes à impulsion électrique.

On a 41 nouveaux Taser à Kuujjuaq depuis quelques semaines. Ce sont des armes à impulsion électrique de nouvelle génération et, donc, ça prend une nouvelle formation. On est présentement en pourparlers avec l’École nationale de police parce qu’on aimerait faire monter un instructeur au Nord et former des instructeurs ici, précise M. Morin.

L’École nationale de police du Québec se dit ouverte à cette possibilité.

Oui, il y a toujours possibilité d’envoyer un moniteur pour qu’ils puissent former des policiers ou encore faire venir un policier qui pourrait devenir ensuite instructeur, assure son directeur général.

Manque d'agents expérimentés

Outre l'utilisation d’armes intermédiaires, Me Lévine recommandait également d'embaucher des policiers plus expérimentés. Les trois policiers impliqués dans l’intervention ayant mené à la mort de David Sappa, en 2017, avaient entre 6 et 18 mois d’expérience.

On a engagé plusieurs policiers retraités, signale M. Morin à ce sujet.

On a aussi un projet qui a été un peu retardé à cause de la COVID. C’est un partenariat entre notre corps de police et le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). C’est un programme volontaire avec des patrouilleurs d’au moins 10 ans d’expérience. Ils vont pouvoir faire du mentorat et échanger avec nos policiers, dit-il.

L'embauche d’agents civils dans chacune des 14 communautés du Nunavik, une autre recommandation du coroner, est également dans les plans du corps de police, assure-t-il.

Le chef [du CPRK] Jean-Pierre Larose avait déjà émis cette idée-là. On est en pourparlers avec la Sûreté du Québec. On est en train de cibler des gens dans les communautés. En situation de crise, peu importe si la personne parle anglais, elle sera toujours plus à l’aise dans sa langue maternelle, avec quelqu’un de sa culture, convient M. Morin.

On partage l’avis du coroner dans toutes ses recommandations

Jean-François Morin, chef adjoint, Corps de police régional Kativik
Jean-François Morin est entouré d'élèves et de leur enseignante.

Le chef adjoint du Corps de police régional Kativik (CPRK), Jean-François Morin, dit avoir à coeur l'embauche de policiers inuit. On le voit ici en compagnie d'élèves d'une école de Kuujjuaq et de leur professeure.

Photo : Radio-Canada / Emmanuel Vignola

Arrivé à Kujuuaq pour ce qui devait n'être que quelques mois il y a 20 ans, Jean-François Morin est finalement resté au Nunavik. Il est actuellement basé à Puvirnituq.

Je suis tombé en amour avec le Nunavik dans tous les sens du terme. Avec ma conjointe inuit, j’ai eu 5 enfants. Ici, on fait de la police communautaire. Je connais tout le monde et tout le monde me connaît. Je me sens à part entière dans la communauté. Quand je reviens de vacances, les gens viennent me serrer la main. Ils me disent : "Ah! Mais tu étais où?" On parle souvent des points négatifs du travail ici, mais quand tu es policier à Montréal, la population ne vient pas te remercier ou te souhaiter la bienvenue, fait-il valoir.

Le CPRK a d'ailleurs instauré une formation obligatoire qui vise à sensibiliser les policiers à la culture inuit.

On explique la culture inuit, comment marchent les premiers contacts et pourquoi il peut y avoir de la méfiance envers la police, explique le chef adjoint.

Ici, les gens aiment avoir des policiers d’expérience en qui ils ont confiance. Les recommandations du coroner vont d’ailleurs dans ce sens-là. Vous savez, un policier qui connaît le frère d’untel, ce sera toujours un avantage... Si une intervention se solde par la mort d’un membre de la communauté, ça nous désole à chaque fois, ça nous affecte, dit-il.

S’il y avait eu d’autres outils, des armes intermédiaires, pour lesquelles on se bat depuis des années, ça aurait peut-être été différent. Je peux vous assurer qu’on met tous les efforts qu’on peut pour éviter des choses comme ça, insiste Jean-François Morin.

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