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La culture indigène menacée par le coronavirus au Brésil

Une mère autochtone allaite son bébé et elle porte un masque sanitaire.

Une mère yanomami allaite son enfant alors qu'elle attend pour recevoir des soins de santé.

Photo : Getty Images / Andressa Anholete

Agence France-Presse

Au coeur de l'Amazonie brésilienne, le coronavirus pose un dilemme cruel aux indigènes : rester au village avec très peu de ressources médicales ou aller en ville au risque d'être privés de leurs rites funéraires ancestraux.

Lucita Sanoma a ressenti cette douleur inimaginable le 25 mai, quand son bébé de deux mois a été enterré sans qu'elle ne soit au courant, à 300 km de son village.

Cas suspect de COVID-19 avec une pneumonie, le nourrisson est mort dans un hôpital de Boa Vista, capitale de l'État de Roraima. L'enterrement, qui suit une directive des pouvoirs publics pour des raisons sanitaires, est totalement contraire à la culture des Yanomami.

Selon leur rite funéraire complexe, les dépouilles sont exposées dans la forêt, avant que les ossements ne soient incinérés. Les cendres sont recueillies dans une urne et, très longtemps après, enterrées lors d'une nouvelle cérémonie.

Les autorités doivent comprendre et respecter les questions culturelles, déclare à l'AFP le chef indigène Mauricio Yekuana, indigné du sort de Lucita et de trois autres mères ayant vécu le même drame.

Je veux ramener le corps de mon fils au village, il faut qu'on le pleure ensemble, dit Lucita Sanoma à l'AFP.

Menue, tête baissée, sa longue chevelure noire tombant sur les épaules, elle tente de sécher ses larmes tout en exprimant sa détresse dans sa langue, traduite par un interprète.

J'ai amené mon fils à l'hôpital [...] et je ne l'ai pas revu depuis qu'on m'a annoncé son décès.

Lucita Sanoma

Ne pas pouvoir vivre le deuil au sein de sa communauté, selon ses rites ancestraux, est un manque de respect, qui touche fortement la mère psychologiquement, explique Junios Yanomami, président du Conseil de Santé indigène Yanomami.

Lucita Sanoma est retournée dans son village dans la région d'Auaris, près de la frontière vénézuélienne. Mais la dépouille de son bébé repose toujours dans un cimetière à Boa Vista, jusqu'à ce que la justice décide si elle pourra être rendue à sa famille.

Pour Mauricio Yekuana, ce type de situation est dû à des politiques de santé publique qui ignorent totalement le point de vue des Autochtones. Le gouvernement veut juste imposer sa vision des choses aux indigènes et après il les utilise pour tenter de se donner une bonne image, accuse-t-il.

Un appel aux dons a été lancé en ligne par le collectif Uniao Amazonia Viva, pour acheter du matériel médical, notamment des respirateurs, afin d'éviter que des malades se rendent en ville.

Nous avons peur

En attendant, les villageois tentent tant bien que mal de respecter les mesures de distanciation physique et portent des masques de protection, mais leur tâche a été rendue encore plus difficile par le président d'extrême droite Jair Bolsonaro. Il a fortement édulcoré mercredi une loi censée assurer aux Autochtones l'accès aux soins et à l'eau potable.

Parmi les près de 8000 cas de COVID-19 recensés par le gouvernement chez les indigènes, 186 sont du peuple Yanomami, qui déplore quatre décès sur les plus de 180 enregistrés au total. La plupart ont été contaminés en ville.

Nous avons peur, admet Paulo, cacique muni d'un masque de protection et vêtu d'un t-shirt et d'un bermuda, s'appuyant sur une flèche comme si c'était une canne.

L'armée s'est rendue la semaine dernière auprès des indigènes de la région d'Auaris pour leur apporter des médicaments et des équipements de protection.

Qu'on n'ose pas menacer notre Amazonie, peut-on lire à l'entrée de la base militaire où sont effectués des tests rapides de dépistage de la COVID-19. Juste à côté, de jeunes indigènes jouent au soccer sur un terrain vague, malgré la pluie battante.

Le secrétaire du gouvernement à la Santé indigène estime que la contamination dans les villages est surtout due aux déplacements des Autochtones.

Mais pour les Yanomami, qui mesurent les distances en temps de marche ou de navigation, le danger vient de l'extérieur, notamment des orpailleurs clandestins qui font régulièrement intrusion dans leurs territoires qui s'étendent sur 96 000 kilomètres carrés.

Sans ça, on serait tranquille, conclut Mauricio Yekuana.

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