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Crise d’Oka, chemin parcouru depuis 30 ans

Un soldat de l'Armée canadienne et un Warrior se font face.

Un soldat de l'Armée canadienne et un Warrior se font face lors de la crise d'Oka.

Photo : La Presse canadienne / Shaney Komulainen

Véronik Picard

La crise d’Oka a laissé des blessures importantes chez les Mohawks. Plusieurs autres membres des Premières Nations ont également été touchés par cette crise. Trente ans plus tard, quel héritage cette crise a-t-elle laissé chez les Premières Nations?

Durant l’été de la crise d’Oka, les confrontations ont pris de l’ampleur autant du côté des Autochtones que des non-Autochtones. Le grand chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon, affirme que les blessures sont toujours présentes dans sa communauté.

Selon le grand chef, plusieurs Mohawks se souviennent de la crise d’Oka comme d’une belle époque qui a contribué à faire connaître les différentes nations autochtones ainsi que leurs droits et revendications territoriales.

Malgré la victoire des Mohawks, Serge Otsi Simon considère qu’il ne faut pas romantiser cette époque et que le respect et l’écoute sont des armes puissantes pour faire avancer les choses.

Souvenirs de cette époque

Florent Vollant, auteur-compositeur innu, faisait partie du groupe de musique Kashtin, très populaire à l'époque. Avant la crise, il sentait une grande ouverture de la part des Québécois à l'égard de sa musique, puis la crise a éclaté.

Subitement, Kashtin a été victime des préjugés envers les Autochtones qui grandissaient avec la crise. Florent Vollant raconte que certaines personnes ont cru que la musique du duo véhiculait des messages de guerre. Et rapidement des commanditaires ont exigé que les stations de radio ne fassent plus jouer les chansons du groupe innu en ondes.

Ce n’était pas une bonne idée d’être un Indien à cette époque-là, dans l’été de la crise d’Oka

Florent Vollant, chanteur innu

Ça m’attriste encore aujourd’hui parce qu’on a été retiré des ondes pour ne jamais revenir. [...] On avait besoin de cette ouverture-là, puis la crise a fait qu’il y a eu une fermeture totale, on a reculé de 30 ans. Puis, 30 ans plus tard, on est encore dans la même position, à peu près, ajoute Florent Vollant.

En 1990, Stanley Vollant, chirurgien à l’hôpital Notre-Dame, suivait une formation en chirurgie thoracique à Montréal. Lorsque la crise d’Oka a éclaté, il a été surpris de constater que plusieurs de ses collègues avaient autant de préjugés et si peu de compassion.

Plusieurs fois par jour, il recevait des commentaires discriminatoires et la situation était particulièrement pesante sur ses épaules, dit-il. Il s'est senti bien souvent très seul face à cette colère et à ces insultes, essayant de faire comprendre à ses collègues la réalité et les revendications autochtones.

On avait permis aux aînés et aux gens malades de Kahnawake de sortir de la communauté. [...] Les gens sont sortis dans une escorte de police et des centaines de personnes de ville LaSalle lançaient des cailloux sur la vitre, sur les autos des aînés, des gens malades.

À partir de ce moment, il a réalisé que le racisme était toujours présent au Canada et il a pris la décision, en étant chirurgien, de devenir un agent de changement.

Le chemin parcouru depuis 30 ans

Selon Serge Simon, les Autochtones et les non-Autochtones n’ont pas appris les bonnes leçons de la crise d’Oka. Il constate que les revendications n’ont pas beaucoup avancé depuis 1990 et considère que la société canadienne n’est pas à l’abri d’une autre crise comme celle-ci.

De son côté, la ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, constate qu’après 30 ans, les revendications territoriales des Mohawks de Kanesatake ne sont pas réglées. Ces négociations se font avec le gouvernement fédéral.

Elle est consciente qu’il y a encore du chemin à parcourir en fait de réconciliation. On doit éduquer les enfants très très tôt à connaître la différence, ajoute la ministre D’Amours. Selon elle, le groupe d’action contre le racisme contribuera à l’acceptation mutuelle.

Souhaits pour les prochaines générations

Le grand chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon, pose pour la caméra le 27 janvier 2020.

Serge Otsi Simon

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

J’espère, moi, pour nos enfants et petits-enfants, qu’on va pouvoir régler ces problèmes-là, les régler avec compréhension et compassion. [...] C’est le temps du dialogue, c’est le temps de réconcilier là où on peut, ce n’est pas le temps de reprendre les armes.

Florent Vollant, assis sur une chaise, avec un chapeau.

Florent Vollant

Photo : Radio-Canada / RDI

Pour la génération future, pour les jeunes, il faut avoir cette ouverture, il faut venir nous voir, comme nous on a fait, on est venus vous voir. Moi, je ne veux pas laisser en héritage à mes enfants, je ne veux pas leur laisser une confrontation. Je veux leur laisser une compréhension, c’est ça que je souhaite. La richesse des Autochtones en général, c’est ça que je veux que l’on connaisse.

Stanley Vollant sur le plateau de Tout le monde en parle.

Stanley Vollant

Photo : Kartine Dufour

Je souhaite que [les gouvernements] aillent de l’avant avec les revendications territoriales qui ne sont pas réglées. Il y a plusieurs revendications, des centaines de revendications à travers le pays qui ne sont pas réglées. Ces revendications territoriales permettent de développer un levier économique pour les Premières Nations.

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