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Une génération d'Autochtones marquée par la crise d'Oka

Un Mohawk se tient debout sur une voiture de police renversée.

Un Mohawk à un barrage pendant la crise d'Oka en 1990.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Gabrielle Paul

Ils étaient enfants ou adolescents, et même s'ils se trouvaient à des kilomètres de Kanesatake, quatre Autochtones de quatre nations du Québec ont été marqués durablement par les événements de l'été 1990.

Atikamekw de Wemotaci, Véronique Hébert se souvient bien de l’été de ses 14 ans. Elle se trouvait alors dans sa communauté avec sa famille où il y avait des manifestations d'appui en barricadant la voie ferrée, dit-elle.

Je crois que [la crise d'Oka] est importante dans le fondement de mon identité autochtone, confie-t-elle.

Aujourd'hui auteure, metteure en scène et comédienne au théâtre, la crise d'Oka demeure une référence récurrente dans ses oeuvres.

Une femme autochtone sourit. La photo est en noir et blanc.

Véronique Hébert est une Atikamekw de la communauté de Wemotaci.

Photo : courtoisie de Véronique Hébert / Isabelle De Blois

J'écris encore autour de cet événement en ce moment, ma pièce de théâtre Oka est encore en écriture puisque je m'inspire des faits historiques et des récits de ma culture atikamekw, dit Véronique Hébert.

Dans sa pièce, l'une des personnages principaux nommée Wabana fait un lien entre la crise d'Oka et la tuerie de Polytechnique, survenue la même année, deux événements marquants pour Mme Hébert.

C'est justement lié au fait d'être femme et au fait d'être Autochtone. Dans les deux cas, on doit se battre, se défendre, explique-t-elle.

En 1990, Cyndy Wylde, Anishinabe de Pikogan, était sur le point de commencer ses études collégiales. Elle vivait à Laval avec sa famille et voyait ce qui se passait à la télévision et dans les journaux.

J'avais tellement de peine en voyant tout ça, ça me faisait mal comme Autochtone de voir ça à la télé

Cyndy Wylde

Mme Wylde se souvient d'avoir eu beaucoup de questions sur les événements et s'être tournée vers son professeur de géographie pour être éclairée.

La chargée de cours, doctorante et consultante Cyndy Wylde

La chargée de cours, doctorante et consultante Cyndy Wylde

Photo : UQAM

Il m'avait offert de faire un atelier de sensibilisation pour les autres étudiants, dit Cyndy Wylde. Mais personne n'est venu à mon activité. Avant, le fait que je sois Autochtone était considéré comme exotique, mais du jour au lendemain, on était craint.

Véronique Hébert aussi dit avoir vécu du racisme lors de la rentrée scolaire cette année-là.

J'allais à l'école à l'extérieur de la communauté et je voyais dans les yeux de mes camarades de classe qu'ils avaient entendu beaucoup de choses négatives sur les Indiens pendant l'été. Leur regard avait changé, raconte-t-elle.

Si la discrimination était très présente après la crise d'Oka, Cyndy Wylde a remarqué un regain de la haine en 2015 lorsque des femmes autochtones de Val-D’Or ont témoigné des violences qu’elles ont subies de la part de policiers de la Sûreté du Québec.

Oser revendiquer

Véronique Hébert considère que la crise a été le point de départ pour que les Autochtones osent revendiquer davantage.

Je crois que ça a amorcé quelque chose qui ne s'est jamais éteint. La voix des Premières Nations s'est levée et moi je n'oublierai jamais cet événement, souligne-t-elle.

Les générations qui nous ont précédés ont accompli beaucoup pour que nous ayons un début de reconnaissance, mais il reste encore beaucoup de travail à faire

Véronique Hébert

Cyndy Wylde abonde dans le même sens. Ça m'a poussée à militer pour nos droits, pour comprendre l'histoire. J'ai toujours voulu continuer et ça m'a guidée dans mes études, affirme-t-elle.

Quant aux récentes revendications des Wet'suwet'en, Cyndy Wylde croit qu'elles ont été traitées différemment de celles des Mohawks en 1990. Les gens ont été plus prudents , dit-elle.

Il faut créer des ponts, mais il faut qu’on arrête de décider pour nous

Cyndy Wylde

J'ai l'impression qu'aujourd'hui il y a plus de sensibilisation, que maintenant les gens ont plus d'intérêt et veulent créer des ponts. On gagne des alliés, se réjouit-elle.

Certaines avancées, mais beaucoup de bémols

Le juriste et ancien député abénaquis Alexis Wawanoloath était quant à lui âgé de 8 ans au moment de la crise.

Je comprenais déjà par mes parents que les Warriors étaient des défenseurs de la terre, dit-il.

Alexis Wawanoloath

Alexis Wawanoloath

Photo : Radio-Canada

Bien que le contexte de 2020 soit quelque peu différent de celui de 1990, il émet beaucoup de bémols lorsqu'il est question des changements qui ont pu être observés dans les réalités autochtones.

C'est loin d'être fini, croit-il. L'État colonial n'a pas tellement intérêt à nous reconnaître et même si on a une certaine reconnaissance, nous sommes pognés dans un système qui protège l'ordre actuel des choses.

Si ça ne change pas, le génocide va perdurer. Je continue de militer

Alexis Wawanoloath

M. Wawanoloath estime que les présentes discussions et les mobilisations autour du racisme systémique pourraient cependant contribuer à faire évoluer les choses.

De son côté, l’activiste et rappeur micmac Quentin Condo a commencé à militer pour les droits autochtones encore très jeune dans les années 1980 avec son père, mais la crise d'Oka demeure un événement marquant, admet-il.

Il émet lui aussi certaines réserves sur le chemin parcouru depuis 1990.

Un homme tatoué aux bras et portant une casquette est assis devant une table et regarde la caméra.

Quentin Condo est un militant et rappeur micmac de la Gaspésie.

Photo : Seana Pasic

Je vois le racisme, le racisme est bien vivant au Canada. Je n’ai pas vu de changement de mentalités, soutient-il.

Pendant 30 ans, on a agi comme si les choses devenaient de mieux en mieux, mais la situation avec les Wet'suwet'en cet hiver est la preuve que ça n'a pas vraiment changé, ajoute-t-il.

Selon lui, la solution réside dans une meilleure éducation.

Présentement, dans les écoles, on enseigne seulement un côté de l'histoire et c'est tellement aberrant, lâche-t-il. Nous ne sommes pas des sauvages. Nous avons des cultures riches et de belles relations avec le territoire et l'environnement.

Le Canada devra reconnaître le génocide des Autochtones. Les gens doivent l'entendre. On doit avoir des discussions inconfortables pour que ça n'arrive plus jamais

Quentin Condo

Véronique Hébert comprend également l'importance de l'éducation.

J'ai compris que dans la vie il fallait se battre pour la liberté, pour nos droits et pour la vérité, que rien n'est totalement acquis et que c'est important d'être informé et d'informer les prochaines générations autant autochtones qu'allochtones, dit-elle.

Cyndy Wylde et Véronique Hébert sont aujourd'hui toutes les deux mères. Cyndy Wylde croit que ses enfants seront des moteurs de changement.

Je suis désolée que mes enfants aient encore à se battre, confie-t-elle. Mais ils vont faire des pas de géant.

De son côté, Mme Hébert souhaite, pour souligner ce trentième anniversaire, voir le documentaire d’Alanis Obomsawin Kanehsatake, 270 ans de résistance (Nouvelle fenêtre) avec sa fille âgée de 14 ans, le même âge qu’elle avait en 1990.

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