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chronique

Agent double, fêter l’identité québécoise et autochtone

Notre chroniqueuse célèbre son identité autochtone et québécoise dans la même semaine. Elle demande aux Québécois : pourquoi ne pas se rassembler puisque nous avons tant de choses en commun?

Une femme arbore des tatouages de la carte et du drapeau du Québec, dans le cadre des festivités de la fête nationale du Québec.

Une femme arbore des tatouages de la carte et du drapeau du Québec, dans le cadre des festivités de la fête nationale du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Edith Bélanger

Cette semaine est spéciale pour moi comme pour vous aussi peut-être. Cette semaine est comme un point pivot, un point de bascule. De façon absolument cyclique, le solstice d’été nous rappelle que les beaux jours sont là.

Cette année, cet événement astronomique pourtant banal n’a rien d’ordinaire. Après les mois qui viennent de passer, cette semaine, je me sens revivre. Après le confinement, l’inquiétude, la peur, le froid au-dedans comme au-dehors, l’été est enfin arrivé. Et il a un air légèrement différent, cet été, mais il est bien là, je l’ai reconnu. C’est le temps de fêter!

Deux fêtes nationales en une semaine

Le 21 juin, on célébrait la Journée nationale des autochtones, alors que, 3 jours plus tard, voici le moment de sortir nos drapeaux fleurdelisés pour la fête nationale du Québec.

Comme moi, de nombreuses personnes portent la double identité : autochtone et québécoise. (Et que je n’en voie pas un venir gâcher le party avec des histoires de généalogie… pas cette semaine. On fête là! On se chicanera plus tard.)

Pour ma part, j’ai toujours été attachée à ces deux identités qui me définissent. Par ma mère, je suis québécoise, de racines lointaines en France, 7e génération de la célèbre sorcière La Corriveau pendue dès les tout débuts du régime anglais, victime du colonialisme sauvage.

Par mon père, nil Wolastoqewi (Je suis Wolastoqewi), je suis le rêve de mes ancêtres devenu vivant. Je suis toujours là, après 400 ans de chaos, d’épidémies, de guerres, de politiques d’assimilation. Je suis la 3e génération née de la dispersion forcée de notre communauté, victime du colonialisme sauvage.

Or, dans mon cœur, la fierté côtoie aussi un malaise, comme une gêne. Je me sens divisée, parfois peuplée de deux solitudes. Je suis un agent double qui constate le fossé entre les peuples.

Malgré les belles paroles et le verbiage sur la réconciliation, la réalité se charge de nous ramener à l’ordre. Le manque de respect, de compréhension et de dialogue m’attriste toujours autant.

J’aspire à un avenir différent. Trop d’occasions manquées de rapprochements entre les Québécois et les Autochtones.

C’est d’ailleurs ce qu’ont souligné cette semaine le chef Picard de l’APNQL de même que la chanteuse inuk Elisapie Isaac. Cette dernière participera d’ailleurs au spectacle de la fête nationale du Québec cette année pour lancer un appel à l’unité.

Pourtant, il y a, au Québec, une réalité qui est un terreau fertile pour faire naître une situation politique unique au pays, dans laquelle les Québécois et les Autochtones, deux nations survivantes du colonialisme britannique, y trouveraient leur compte.

Et si on voyait ce qui nous rassemble et qu’on se ressemble?

Le 21 juin, les Autochtones fêtent leur fierté, la beauté de leurs cultures et de leurs traditions. Nous fêtons la résistance et la résilience face à l’envahisseur, au colonisateur. Nous chantons, dansons et racontons nos histoires pour dire au monde que nous sommes ici pour rester. Nous n’oublions pas qui nous sommes et nous marcherons la tête haute.

Le 24 juin, les Québécois fêtent aussi leurs racines, leur identité unique, entêtée qui refuse de sombrer dans l’oubli, qui lutte pour ne pas se fondre dans le grand Canada. Certains rêvent aussi d’un pays.

Un pays…

Ce rêve d’un pays, il a bercé mon enfance. Entre deux référendums, je me souviens que, sur cette idée, mes deux origines étaient d’accord. Oui, ça me semblait possible.

C’est quoi au juste un pays? J’ai demandé leur avis à Alexa, Siri, Google et Larousse. Ils m’ont tous parlé de territoire, de nation et de frontières.

Le territoire d’une nation, délimité par des frontières. Lieu où s’exprime une identité nationale… Il n’y a pas que le Québec qui veut ça! Les Autochtones aussi le veulent. Est-ce que ça vaudrait la peine de s’en parler?

La main tendue

Mon enseignante de deuxième année nous racontait souvent l’histoire suivante : un jour, j’ai vu un enfant pauvre et affamé dans la rue, je lui ai tendu la main… il me l’a mangée.

Bon, vous auriez raison de remettre en doute la pertinence de cette métaphore auprès d’enfants en bas âge, mais il reste néanmoins que j’ai l’impression de voir cette situation à l’œuvre, ici, chez nous.

Nos chefs, nos leaders autochtones ont plus d’une fois tendu la main au Québec et à ses politiciens. Nos peuples sont anciens, ils ont de l’expérience, des milliers d’années de vécu identitaire, des siècles de diplomatie dans le corps.

La nation québécoise est jeune. Son identité se construit, se définit sur les bases d’une population surfant sur les mouvements migratoires, politiques et sociaux. Elle doit s’adapter constamment. Et oui, il arrive que le Québec ignore la main tendue des Premières Nations.

Parfois, il arrive même qu’il morde cette main, car il est affamé, le Québec, affamé de liberté. Comme le disait le regretté Pierre Falardeau, la liberté n’est pas une marque de yogourt, alors nous aussi, les Autochtones, quand il question de liberté, restons sur notre faim.

Dans nos traditions, la meilleure manière de sceller des alliances, d’amorcer un vrai dialogue était de partager un repas. Tous assis autour d’un festin, le ventre plein, on arrête d’avoir peur de l’autre et on le voit comme des frères, des sœurs.

Alors, c’est le temps ou jamais!

Cette semaine, fêtons, fêtons ensemble.

Partageons célébrations et repas, échangeons sur nos fiertés et nos visions de l’avenir, nos souhaits communs. Car, tous les agents doubles comme moi le savent, il y en a des ponts entre nous, des choses qui nous rejoignent.

D’ailleurs, mes deux grands-pères, tant le Québécois que le Wolastoqewi le disaient : ceux qui se ressemblent s’assemblent.

Bonne fête Québec!

Woli skicinuwey kiskum! (Bonne journée des Autochtones!)

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