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Les difficultés à reconnaître le racisme systémique envers les Autochtones

Espaces autochtones en direct : Le racisme systémique

Photo : Radio-Canada

Le gouvernement de François Legault a annoncé le 15 juin la mise sur pied d’un groupe d’action sur le racisme qui aura à produire un plan de lutte contre ce phénomène présent dans les services publics et touchant, entre autres, les Autochtones. Un phénomène que ces derniers qualifient plutôt de systémique.

Ce texte et l'émission que nous y avons intégrée sont publiés dans le cadre de la Journée nationale des peuples autochtones célébrée le 21 juin. Notre thème pour cette année est le racisme systémique. Notre but est de multiplier les voix pour qu'on puisse saisir la complexité d'un tel concept et y réfléchir.

En ce qui concerne les Autochtones, c’est un terme qu’on a vu la première fois dans un rapport de Mme Fannie Lafontaine qui était [en 2016] observatrice indépendante dans le cadre de l’affaire des policiers de Val-d’Or avec les femmes autochtones, explique Isabelle Picard, ethnologue et première spécialiste aux affaires autochtones à Radio-Canada.

Cette affaire des policiers de Val-d’Or avait été révélée par l’émission Enquête de Radio-Canada qui avait recueilli les témoignages de plusieurs femmes autochtones dénonçant les abus qu’elles avaient subis de la part de policiers de la Sûreté du Québec.

Mme Lafontaine observait que les événements de Val-d’Or et d’ailleurs mettent à l’avant-plan la question de pratiques policières discriminatoires et plus particulièrement celle de l’existence d’un racisme systémique au sein des forces de l’ordre à l’égard des Autochtones.

Elle soulignait aussi que sans une telle reconnaissance du racisme systémique, les systèmes juridiques pratiquent un type d'objectivité qui perpétue un ordre social inégal que les services de police sont formés pour maintenir.

Un mois plus tard était mise sur pied la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec : écoute, réconciliation et progrès, que l’on a vite surnommée la commission Viens, du nom du juge Jacques Viens qui la présidait.

En septembre 2019, cette même commission déposait son rapport et concluait que les Autochtones du Québec subissaient diverses formes de discrimination systémique.

Coordonnateur et instructeur à la formation policière autochtone à l’École nationale de police du Québec, Ivan Gray fait également partie d’un comité qui doit s’assurer de la mise en place de certaines des recommandations énoncées par l’ENFFADA et la commission Viens.

On fait des efforts à l’école, c’est pour ça ma présence à l’école, pour s’assurer que les voix des Autochtones soient écoutées par tout le monde, précise Ivan Gray.

Le terme racisme systémique a surgi de nouveau ces dernières semaines avec, entre autres, la mort de deux jeunes Autochtones tombés sous les balles de policiers au Nouveau-Brunswick, dont Chantel Moore.

[Son décès] a mis au jour le racisme systémique qui existe au sein de notre système de justice, ont alors déclaré tous les chefs des communautés autochtones du Nouveau-Brunswick.

Système de justice, services policiers, mais aussi dans le milieu de la santé, dans les agences gouvernementales et jusque dans la difficulté à se trouver un logement.

Le mot racisme systémique peut en faire reculer quelques-uns. Il faut essayer de le comprendre et de discuter pour trouver des solutions plus concrètes à une réelle inclusion des Autochtones un peu partout dans la société.

Isabelle Picard, ethnologue

Dans mes mots, c’est un racisme qui est présent dans des institutions [...], précise Widia Larivière, la cofondatrice de Mikana, un organisme d’éducation aux réalités autochtones qui fait en sorte que les Autochtones et les personnes racisées vivent des discriminations et des injustices dans plusieurs domaines, que ce soit à la recherche d’un emploi, à la recherche d’un logement et justement la question aussi du profilage de la part de policiers.

Au niveau des Autochtones, la base de ce racisme systémique, dit Isabelle Picard, c’est la Loi sur les Indiens qui va faire en sorte que dans notre vie de tous les jours on va être traité différemment des autres citoyens.

Elle prend pour exemple l’impossibilité d'emprunter des capitaux pour démarrer une entreprise. Ce racisme systémique va s’inscrire dans des lois, des politiques, des programmes, c’est ce qui va faire en sorte qu’on va traiter un groupe carrément à part.

Depuis Idle No More, il y a une belle ouverture, au Québec en particulier, pense Mme Picard, qui admet qu’il y avait du chemin à faire comparativement à certaines autres provinces, dont la Colombie-Britannique.

Avant ce mouvement de contestation des Premières Nations du pays, il y avait également eu une levée du voile sur les pensionnats par l’ancien premier ministre Stephen Harper en 2008. Le chef du gouvernement conservateur avait présenté les excuses officielles de l'État et du peuple canadiens aux Autochtones, pour les mauvais traitements subis dans des pensionnats fédéraux, devant la Chambre des communes.

À partir de ce moment-là, les Québécois se sont mis à comprendre certaines réalités liées aux Autochtones. On a vu des Québécois, des Canadiens qui sont venus nous appuyer, qui sont devenus des alliés, affirme Isabelle Picard.

Le désir de changement a aussi été constaté dans des organisations. Des changements à plusieurs vitesses, tient à préciser l’ethnologue.

Mais la compréhension réelle de la discrimination envers les Autochtones et leur véritable inclusion sont-elles choses acquises? L’ethnologue n’en est pas si sûre, il y a encore beaucoup de réflexions et de discussions à avoir autour de ces enjeux de société.

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