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chronique

Racisme systémique : monter dans une échelle sans barreau

Le racisme systémique, c’est lorsque les structures de ta société, les lois, le système scolaire, la police, les tribunaux qui devraient être chargées de te protéger, te font plutôt du tort, écrit notre chroniqueuse Edith Bélanger.

Des spectateurs assistent à un match amical qui vise à dénoncer le racisme dans les arénas.

Des spectateurs assistent à un match amical qui vise à dénoncer le racisme dans les arénas.

Photo : Radio-Canada

Edith Bélanger

Le racisme systémique est un animal vicieux qui s’immisce dans les pores des institutions, que ce soit chez la police, à l'hôpital et même au sein de l'État de droit. Le racisme systémique apparaît lorsque les règles font d'emblée de toi un perdant.

Cette chronique est publiée dans le cadre de la Journée nationale des peuples autochtones célébrée le 21 juin. Elle porte sur les différentes dimensions du racisme systémique.

Les humains peuvent être surprenants par leur capacité à intégrer de nouveaux concepts. Par exemple, la distanciation sociale, qui nous était à tous pour ainsi dire inconnue il y a de cela quelques mois à peine, est devenue partie intégrante de notre quotidien et de nos conversations.

Même chose pour la notion de racisme systémique. Depuis quelques semaines, ces termes sont sur toutes les lèvres.

Mais attention. Ce n’est pas parce que le terme a nouvellement fait surface dans le discours populaire qu’il décrit une nouvelle réalité. On a seulement appris à la nommer.

Or, c’est bien là le problème, contrairement à la distanciation sociale, il semble difficile de mobiliser les gens vers des changements de comportement en lien avec ce problème.

Le racisme le moins visible

Il ne faut pas confondre le racisme systémique avec le racisme systématique.

Le racisme systématique se rapprocherait davantage d’un régime d’apartheid, d’une société dans laquelle, par des actions concrètes, on prive les gens racisés de privilèges auxquels le reste de la population a droit. Ça se passe au vu et au su de tous, ouvertement.

Le racisme systémique est plus insidieux. Officiellement, dans les discours publics, sur papier, on affirme que tous sont égaux. Dans la réalité toutefois, on constate de grandes inégalités. Donc, peu importe la forme de racisme, le résultat s’avère le même. Tout ce qui change, c’est la manière dont les préjudices sont subis.

Ce n’est pas parce que c’est moins visible que ça fait moins mal

Le racisme systémique, c’est lorsque le système, les normes, les règles te déclarent perdant, te condamnent sans même t’avoir donné une chance. Ce n’est pas difficile de trouver des exemples dans le contexte autochtone pour illustrer cette triste réalité. Il y a vraiment deux poids, deux mesures dans ce beau Canada.

Les gens des Premières Nations, les Métis et les Inuit au Canada ont une espérance de vie plus courte, sont beaucoup plus à risque de développer des maladies et des troubles d’apprentissage.

Les Autochtones, en particulier les femmes, sont plus susceptibles d’être victimes d’actes criminels et sont également surreprésentés dans la population carcérale. Ils sont également 10 fois plus à risque d’être tués par la police.

Quant aux enfants, c’est plus de la moitié des enfants confiés aux soins des services sociaux qui proviennent des communautés autochtones.

Ce ne sont pas les individus qui sont racistes autant que le système auquel ils adhèrent, consciemment ou non, qui est porteur de préjugés, de mépris et d’incompréhension. On n’en parle que du bout des lèvres.

La réticence des autorités policières et gouvernementales à admettre l’existence d’un racisme systémique est évidente. Il y a un gros malaise. Et il y a de quoi trembler devant l’ampleur du problème, car c’en est un de taille.

Il se pourrait que les bases même de notre société doivent être ébranlées pour y remédier. Après tout, le Canada ne s’est-il pas bâti en s’appuyant sur cette forme de racisme, cachée dans des lois et des politiques afin de mieux dérober les terres des Autochtones et de les neutraliser pour favoriser la colonisation?

Le temps passe et peu de choses changent

La Loi sur les Indiens, complètement archaïque, infantilisante et discriminatoire, existe toujours.

Par la création des réserves et des bandes indiennes, elle rend difficile l’accès à la propriété, complique l’acquisition d’une autonomie financière et entrave la gouvernance des communautés conformément aux valeurs de leurs membres.

Le système d’éducation dans les communautés reste sous-financé, malgré les rapports accablants sur la question qui accumulent la poussière sur des tablettes dans des ministères.

Quant à la relation avec les forces de l’ordre, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est de nature abusive. Alors qu’une huitième personne autochtone tombait sous les balles d’un policier la semaine dernière, tout cela en l’espace de trois mois seulement, on ne peut que se demander combien de cas d’abus n’ont pas été signalés.

La confiance déjà peu solide est carrément rompue. Qu’est-ce qui est en cause? Probablement un mélange d’un manque de formation des agents aux réalités autochtones, un problème de perception du danger que représente une personne en crise, un choc de valeurs et une absence de relation saine entre les policiers et les gens des Premières Nations.

Lorsqu’on se souvient que la GRC a été créée pour appliquer les politiques coloniales et écraser les révoltes des Autochtones et des Métis, on peut penser que l’une des solutions est de créer des corps policiers plus adaptés. Après tout, ça semble logique que ce soit des Autochtones qui interviennent dans leurs communautés. Pourtant, il faut également donner des chances à ce système de réussir.

Au Québec, le sous-financement chronique des corps policiers autochtones est fréquemment dénoncé devant le regard indifférent du gouvernement qui tarde à agir.

Même chose avec les systèmes de protection de l’enfance. Tout le monde sait que les communautés doivent pouvoir prendre davantage en charge ces services, car la machine actuelle laisse tomber les enfants autochtones et leurs parents.

Devant les dédales administratifs et juridiques entourant une réforme de ces services, on peut se demander pourquoi les embûches sont si nombreuses pour y arriver.

Le racisme systémique, c’est lorsque les structures de ta société, les lois, le système scolaire, la police, les tribunaux qui devraient être chargées de te protéger te font plutôt du tort.

C’est le signe d’un système cassé, déraillé, dysfonctionnel. Il faudra donc faire bien plus que d’assimiler le concept de racisme systémique.

On devra mobiliser les ressources nécessaires pour mettre en œuvre les solutions qui par ailleurs sont déjà connues, comme le soulignait avec justesse cette semaine le chef de l’APNQL, Ghislain Picard.

De nombreuses commissions se sont penchées sur la question et ont déposé pas moins de 13 rapports offrant des appels à l’action entre 1967 et aujourd’hui.

Il est temps d’ouvrir les yeux devant le racisme systémique, cette échelle sans barreaux que les Autochtones s’acharnent à grimper, trop souvent dans l’indifférence la plus totale d’une population qui préfère regarder ailleurs.

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