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Déconfinement à Kanesatake : des visiteurs et des commerçants font fi des règles

Le grand chef Simon dit qu'il n’hésitera pas à déployer de nouveaux points de contrôle si la situation à l'extérieur du territoire « empire ».

Un homme s'apprête à allumer une cigarette et regarde directement la caméra.

Le grand chef du Conseil Mohawk de Kanesatake, Serge Otsi Simon, estime que les gens venus de l'extérieur du territoire ne suivent pas les consignes de santé publique.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Face à l’insouciance de certains visiteurs qui ont décidé d'aller faire un tour à Kanesatake depuis que les barrages routiers ont été levés et que les commerces ont repris leurs activités, le grand chef Serge Otsi Simon demande aux non-résidents de « respecter la communauté ».

Ça ne se passe pas bien, lâche le grand chef Simon, manifestement excédé.

À la vue des nombreux visiteurs qui pénètrent dans le territoire mohawk, au nord-ouest de Montréal, pour venir s’approvisionner dans les commerces de la communauté, le grand chef Simon ne peut que constater que les règles de santé publique sont appliquées avec laxisme, une fois le pied posé à Kanesatake.

À la réouverture des commerces, le 1er juin, après plus de deux mois d’inactivité, des milliers de personnes ont afflué, selon le grand chef. Le plus souvent, les visiteurs se regroupent à l’extérieur et dans les stationnements, raconte-t-il.

Pour Robert Bonspiel, co-coordonnateur de l’Unité d'intervention d'urgence de Kanesatake, ça a été un choc. « La première journée qu’on a rouvert, j’étais estomaqué. J’avais quasiment les larmes aux yeux de voir que c’était le free-for-all dans les stationnements des entreprises », confie-t-il. Ces gens venus de l’extérieur, précise-t-il, « se faisaient des câlins, se donnaient des claques dans le dos ».

« Je ne crois pas que ce genre de comportement avait sa place », ajoute M. Bonspiel.

Encore à ce jour, les règles ne sont pas respectées, déplore le chef Simon. Si les visiteurs peuvent se rendre dans les différents commerces de Kanesatake, des patrouilles s’assurent qu'ils ne restent que le temps de leurs achats et ne s’aventurent pas dans les quartiers résidentiels ni dans les parcs.

De peur que des gens venus de l'extérieur ne contribuent à la propagation du virus, des Mohawks avaient bloqué l’accès au parc national d’Oka pendant une dizaine de jours, en mai. Ils se sont entendus avec le gouvernement québécois pour lever certains points de contrôle le 1er juin. Un barrage routier est demeuré en place du côté ouest du parc d’Oka jusqu’au 15 juin.

Au terme de ces négociations, ces « barrages de dissuasion » se sont notamment transformés en patrouilles. Des points de contrôle ont aussi été installés à l’intérieur même de la communauté afin de décourager les visiteurs venus profiter, par exemple, des berges du lac des Deux-Montagnes.

Tant et aussi longtemps que l'état d'urgence, qui a été déclaré le 23 mars, ne sera pas levé à Kanesatake, des équipes continueront de patrouiller.

« Ce qu’on veut, c’est que les gens respectent la communauté », plaide le grand chef Simon.

À voir comment le déconfinement se déroule en dehors des limites de Kanesatake, le grand chef n’est pas rassuré. « Les gens sont devenus complaisants, on le voit bien. Ils ne respectent plus la distanciation sociale », s’inquiète-t-il.

On surveille la situation. On est prêts à rétablir nos points de contrôle si jamais on voit que ça empire.

Grand chef Serge Otsi Simon

À ce jour, aucun cas de coronavirus n’a été recensé sur le territoire mohawk, selon M. Bonspiel.

Mais il est difficile de savoir le nombre exact de personnes qui se sont fait tester à ce jour. Ceux qui le désirent ou qui présentent des symptômes de la COVID-19 doivent sortir de Kanesatake pour se rendre dans un centre de dépistage, ou attendre la venue d'une unité mobile.

Envoyées par le CISSS des Laurentides, ces unités se sont rendues sur place à deux reprises au cours des dernières semaines pour tester plus de 200 personnes. Une autre équipe doit se rendre dans la communauté le 27 juin prochain.

Des commerçants durs d’oreille

Il n’y a toutefois pas que les visiteurs qui s’entêtent à ne pas respecter les consignes. Certains commerces établis dans la communauté refusent de se plier aux règles de santé publique.

« Ils refusent catégoriquement de s’engager dans une discussion avec nous autres pour protéger la communauté », affirme M. Bonspiel.

« Ces entreprises nous inquiètent grandement, poursuit-il. Les propriétaires ne veulent pas qu’on se présente dans le commerce et ils ne veulent pas suivre nos consignes. »

Les réfractaires se manifestent peu importe leur enseigne, qu’il s’agisse de magasins de tabac, d’entreprises de construction, de stations d’essence ou de dispensaires de cannabis, selon le co-coordonnateur de l’Unité d'intervention d’urgence.

Les autorités du territoire ont offert des formations sur le lavage des mains et ont distribué un manuel détaillant les mesures à prendre afin d’éviter la propagation de la COVID-19. Ces formations n’étaient toutefois pas obligatoires avant la réouverture, et des commerçants ont choisi de ne pas y participer.

« On offre une certification pour dire que telle entreprise prend au sérieux la santé des gens. Mais plusieurs nous ont dit : on n’a pas besoin de ça », raconte M. Bonspiel, qui dit ne pas avoir l’autorité nécessaire pour contraindre les commerçants à respecter les consignes.

Règle générale, les membres de la communauté sont extrêmement vigilants, soutient de son côté le grand chef Simon. « La majorité d'entre eux savent les enjeux et [l’importance] de ne pas faire de gaffe », dit-il, précisant que plus de 50 % des résidents de Kanesatake souffrent de problèmes de santé, comme le diabète.

« Ce virus pourrait compliquer leur vie », rappelle-t-il.

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