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Relations avec les Autochtones : le SPVM a encore du pain sur la planche

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Les femmes autochtones demeurent à la merci du pouvoir discrétionnaire des agents, selon l'OCPM.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Malgré les efforts que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) assure avoir déployés depuis cinq ans pour améliorer les relations avec les populations autochtones, celles-ci sont toujours victimes de profilage racial et demeurent à la merci du pouvoir discrétionnaire des agents, un phénomène qui touche particulièrement les femmes autochtones.

Au terme d’audiences publiques qui ont été tenues l’an dernier, l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) indique dans son rapport, dévoilé lundi, qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour assainir les relations entre les policiers et les personnes autochtones.

Et dans une perspective intersectionnelle, ajoute-t-on, plus particulièrement avec les femmes autochtones.

L’OCPM, qui juge dans son rapport que la lutte contre le racisme et la discrimination a été négligée à Montréal, dit avoir entendu de nombreuses histoires témoignant de la précarité que vivent les femmes autochtones et de la persistance de traitements inappropriés dont elles font objet de la part des policiers.

De tous les témoignages reçus, l’OCPM retient un manque de respect généralisé envers la culture autochtone, une difficulté à adapter les interventions aux réalités des personnes autochtones et une utilisation du pouvoir discrétionnaire des policiers du SPVM, qui leur permet de porter des accusations pour certaines infractions sommaires trop souvent à la Cour du Québec plutôt qu’à la cour municipale.

Tandis que les expériences négatives avec les forces policières se répètent, les femmes autochtones, elles, deviennent de plus en plus vulnérables, analyse l'OCPM. D’autant plus qu’elles ont peur de porter plainte, note-t-on.

La commission est préoccupée par la réalité que vivent au jour le jour les femmes autochtones à Montréal et, plus particulièrement, par le traitement que leur réservent les agents du SPVM.

Extrait du rapport « Racisme et discrimination systémiques dans les compétences de la Ville de Montréal » de l'OCPM

Dans son rapport Racisme et discrimination systémiques dans les compétences de la Ville de Montréal, l'OCPM indique que de nombreux appels ont été faits en faveur de l'amélioration de la formation reçue par les forces de l'ordre en intégrant les éléments spécifiques aux peuples autochtones.

Au nombre des mesures mises en oeuvre depuis 2015 pour améliorer ses relations avec les personnes autochtones et faire face aux problèmes d’insécurité que celles-ci vivent, le SPVM a notamment nommé un agent de liaison avec les communautés et intégré des intervenants autochtones à ses patrouilles, peut-on lire dans le rapport.

À l'automne 2019, le rapport Armony-Hassaoui-Mulone révélait toutefois qu'une femme autochtone risquait 11 fois plus d’être interpellée par des agents montréalais qu’une femme blanche. Cette même étude concluait que les personnes autochtones et noires avaient entre quatre et cinq fois plus de risques d’être interpellées que les personnes blanches.

Sur les 38 recommandations formulées par l'OCPM, l'une d'entre elles demande à ce que le SPVM travaille de concert avec les organisations autochtones afin de renforcer la fonction de l’agent de liaison autochtone dans différents secteurs d’activités policières.

Le SPVM n'a pas souhaité commenter la publication du rapport de l'Office de consultation publique de Montréal.

Manque de ressources; manque de vision

Si la création d'un poste d'agent de liaison au SPVM a été saluée lors des consultations, des intervenants ont toutefois soutenu que les ressources demeuraient insuffisantes pour couvrir tout le territoire montréalais.

L'organisme Montréal Autochtone, qui a participé aux séances de l'Office, a plaidé « qu’un agent, pour une communauté avec autant de besoins, sur une masse salariale de quelques milliers d’agents, démontre ultimement un manque de vision par le SPVM à capitaliser sur une expertise importante portée par un individu ».

Des critiques de la même teneur ont été formulées au sujet du poste de commissaire aux relations avec les peuples autochtones à la Ville de Montréal, créé en janvier 2018. Tout comme l'agent de liaison du SPVM, la commissaire, Marie-Ève Bordeleau, n'a que très peu de ressources humaines et financières pour combler tant de besoins, souligne l'OCPM.

La commission recommande d'accroître ses ressources, mais aussi de pérenniser sa fonction, la Ville n'ayant pas présenté de plan de relève au-delà de janvier 2021, date à laquelle prend fin le mandat de la commissaire.

Les groupes venus devant la commission déplorent que la Ville ne donne à aucun de ces deux postes les ressources et l’équipe nécessaires pour réaliser leurs mandats ambitieux et cruciaux.

Extrait du rapport « Racisme et discrimination systémiques dans les compétences de la Ville de Montréal » de l'OCPM

Bien qu’elle souhaite que le poste de commissaire soit pérennisé, Marie-Ève Bordeleau ne peut confirmer que son mandat sera prolongé. Des réflexions sont en cours, a-t-elle précisé.

La commissaire, qui effectue la liaison entre la Ville, les instances, les élus, la mairesse et les peuples autochtones, travaille notamment avec le SPVM, où elle a pour mandat de permettre l'intégration d'un réflexe autochtone. Ce n'est pas un mandat facile, a-t-elle reconnu, ajoutant que les façons de faire n'évoluent pas du jour au lendemain. Mais c’est ce qu’on essaie de faire.

Outre les questions de profilage racial et de relations entre forces de l'ordre et populations autochtones, l'OCPM évoque dans son rapport des enjeux de représentativité dans la fonction publique et au sein du conseil municipal, ainsi que des problèmes liés à l'employabilité et à l'itinérance.

Selon les plus récentes données de Statistique Canada, en 2016, 12 035 personnes s’identifiaient comme Autochtones – Premières Nations, Métis ou Inuit –, soit près de 0,7 % de la population montréalaise. Or, les Autochtones représentent 12 % des personnes vivant dans la rue.

L’Office recommande par ailleurs à la Ville de réviser l’offre de services municipaux aux personnes autochtones […] afin de mieux s’adapter à leur réalité démographique, et ce, d’ici la fin du premier mandat de la commissaire aux relations avec les peuples autochtones.

La Ville devait dévoiler au printemps sa stratégie de réconciliation, sur laquelle elle travaille depuis près de deux ans, mais la pandémie a chamboulé l'échéancier. De nombreux enjeux évoqués dans le rapport de l'OCPM – développement économique, lutte contre le profilage et l'itinérance, employabilité, sécurité publique, accès au logement – doivent se retrouver au cœur de la stratégie, a indiqué Mme Bordeleau.

Pour l'heure, la date du dévoilement de ce plan d'action n'a pas encore été fixée.

Des commissions, mais peu d'actions

Visiblement déçu, le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, a déploré que les enjeux autochtones ne [soient] pas à l’avant-plan d’une démarche pour combattre le racisme.

Depuis 1969, 13 rapports ont traité de la même question en long et en large avec les mêmes recommandations, a-t-il réagi à Midi info.

Pour que cesse la discrimination systémique à l'égard des Premières Nations, il faut d'abord et avant tout nous écouter, a fait valoir de son côté Philippe Meilleur, directeur général de Montréal Autochtone.

La solution passe notamment par l'octroi de postes en position d'autorité aux personnes autochtones, afin qu'elles puissent prendre des décisions, a-t-il ajouté en entrevue à ICI RDI.

Le scénario a été observé plus d'une fois, a poursuivi M. Meilleur : pour entendre les voix des personnes autochtones, des comités sont créés, mais ceux-ci sont trop souvent sous-financés. Il faut renforcer la capacité des Autochtones à prendre en charge leur propre destinée, a-t-il dit.

Évoquant les commissions qui se sont tour à tour penchées sur les inégalités et préjudices subis par les communautés autochtones, Philippe Meilleur a plaidé pour que les paroles fassent place à l'action.

À chaque fois, ce sont des dizaines de milliers d'Autochtones qui vont témoigner publiquement, qui vont mettre leur nom dans les commissions, et depuis […] on peut compter sur les doigts de la main les recommandations qui ont réellement été accomplies, sur des centaines de recommandations.

Philippe Meilleur, directeur général de Montréal Autochtone

Réagissant au rapport de l'OCPM, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a quant à elle reconnu lundi l'existence du racisme systémique et assuré vouloir le combattre, notamment en créant d'ici l'automne un poste de commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques.

Le rapport de l'Office de consultation publique de Montréal peut être lu en ligne. (Nouvelle fenêtre)

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