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Tasha Hubbard, une cinéaste en quête de justice

Deux personnes marchent dans la prairie.

Le film Nîpawistamâsowin : We Will Stand Up a remporté plusieurs prix depuis sa sortie.

Photo : Capture d'écran / nîpawistamâsowin

Un an après son lancement, le film Nîpawistamâsowin : We Will Stand Up passe des écrans de cinéma aux salles de classe. La réalisatrice Tasha Hubbard a bon espoir que son long métrage contribue à l'évolution de la justice au pays.

Le film de Tasha Hubbard traite d'un sujet qui a marqué le Canada en 2016 : la mort de Colten Boushie, un jeune Autochtone de 22 ans tué par balle sur le terrain d'une ferme de Biggar, en Saskatchewan. Le fermier Gerald Stanley, qui vivait sur le terrain où est mort Colten Boushie, a d'ailleurs été accusé de meurtre au deuxième degré avant d'être acquitté par un jury.

Encensé par la critique depuis sa sortie, Nîpawistamâsowin : We Will Stand Up a remporté plusieurs prix, dont celui du meilleur long métrage documentaire lors du dernier gala des prix Écrans canadiens.

Même si elle est heureuse d'avoir reçu ce prix, Tasha Hubbard affirme que le film n'aurait jamais dû voir le jour.

Je préférerais que Colten Boushie soit encore vivant, qu'il puisse aller à l'école et qu'il puisse avoir des enfants, qu'il puisse faire toutes les choses qu'il aurait dû pouvoir faire, dit-elle.

Nous acceptons avec gratitude le prix, mais nous l'échangerions en une seconde pour que Colten soit encore vivant.

Tasha Hubbard, cinéaste

Au départ, la cinéaste voulait réaliser un film sur le parcours d'une famille autochtone confrontée au système juridique provincial.

En sachant comment ce système a traité les Autochtones par le passé et comment il les traite aujourd'hui, on n’avait pas beaucoup d'espoir, dit-elle.

Ce qui devait être un court métrage est devenu une oeuvre beaucoup plus longue lorsque Gerald Stanley a été acquitté. D'ailleurs, ce dénouement perturbe encore Tasha Hubbard, qui estime que justice n'a pas été rendue dans cette affaire.

Son film est donc devenu une façon de sensibiliser la population afin que l'histoire ne se répète pas.

Nous voulions que le film contribue à l'évolution de la justice dans ce pays. [Avec ce film], on comble certaines lacunes des gens à propos de l'histoire et de l'oppression envers les peuples autochtones, les politiques liées à la famine et le génocide, soutient Tasha Hubbard.

Un film qui fait son bout de chemin dans les écoles

Nîpawistamâsowin : We Will Stand Up s’est révélé populaire auprès des gens dans le milieu de l'éducation avant même d'avoir terminé son parcours dans les festivals.

Nous avons reçu des appels de professeurs et d'universités de tout le pays au cours du premier mois de la sortie du film, souligne Tasha Hubbard.

Les intervenants du milieu scolaire ont toutefois attendu un an avant que le film et le guide pédagogique qui s'y rattache soient accessibles sur le site éducatif de l’Office national du film (ONF).

La réalisatrice, qui est aussi professeure adjointe à l'Université de Saskatchewan, se réjouit de ce succès : On nous dit [que le film] a été diffusé partout, c'est vraiment excellent.

Elle croit que son long métrage permet aux professeurs de combler certaines lacunes au sein de leurs programmes.

[Les étudiants] veulent entendre ces histoires et pas seulement mon travail, mais aussi celui des autres cinéastes autochtones, croit-elle.

La mère et la cousine de Colten Boushie assises dans l'assemblée des Nations unies, montrant une photo de Colten Boushie.

La mère de Colten Boushie, Debbie Baptiste (gauche), et sa cousine, Jade Tootoosis (droite), se sont rendues à New York pour parler de la mort de Colten Boushie devant les membres des Nations unies (archives).

Photo : Radio-Canada / Melissa Kent

Les histoires autochtones racontées par des Autochtones

Tasha Hubbard affirme qu’un racisme systémique et structurel existe en raison d'un manque d'ouverture et d'une mauvaise compréhension de certains événements historiques.

Les étudiants canadiens n'apprennent pas que le gouvernement canadien a fait mourir de faim des gens pour avoir accès aux terres, affirme-t-elle.

Pour la cinéaste, ces lacunes contribuent à l'existence de certains mythes à propos de l'histoire canadienne, comme celui du bison qui aurait disparu plutôt que d'avoir été abattu délibérément pour que les gens meurent de faim.

Elle avance que les médias canadiens n'ont pas toujours fait l'effort de représenter les perspectives autochtones. Les Autochtones ont été exclus de l'industrie pendant des décennies, souligne-t-elle.

Des proches de Colten Bushie livrent un témoignage aux Nations Unies.

La famille de Colten Boushie.

Photo : Tasha Hubbard

Pourtant, lorsque le cinéma est apparu, il y avait, selon Tasha Hubbard, des cinéastes autochtones qui ont eu beaucoup de succès, mais ils ont été très vite mis à l'écart.

Lorsque nos histoires étaient racontées, elles l'étaient sous un angle non autochtone, et cela a parfois provoqué encore plus de dégâts, explique-t-elle.

Ainsi, les cinéastes autochtones ont dû se battre pour être visibles sur les écrans, selon la réalisatrice.

Gil Cardinal, Alanis Obomsawin et bien d'autres n'ont pas eu cet accès facilement, ils ont dû s'imposer, poursuit Tasha Hubbard.

Cependant, elle considère que nous sommes dans une période de changement.

Il y a 10 ans, je connaissais presque tout le monde dans les festivals de cinéma autochtone, mais les deux dernières fois où je suis allée au festival Imaginative, je ne connaissais presque personne, et j'ai adoré.

Le film Nîpawistamâsowin : We Will Stand Up est disponible gratuitement sur le site de CBC (Nouvelle fenêtre).

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