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Trois femmes autochtones recevront un doctorat honorifique de l'Université Laval

Trois femmes posent devant un fond gris.

L'Anishinabe Rebecca Belmore, la Kanaka ʻŌiwi Davianna Pōmaika'i McGregor et l'Inuk Sheila Watt-Cloutier recevront toutes un doctorat honoris causa de l'Université Laval.

Photo :  courtoisie / Université Laval

Gabrielle Paul

Trois femmes autochtones, Rebecca Belmore, Sheila Watt-Cloutier et Davianna Pōmaika'i McGregor, recevront un doctorat honoris causa de l'Université Laval

Il s'agit du quatrième doctorat honorifique en arts visuels et médiatiques que recevra l'Anishinabe Rebecca Belmore, l'une des figures les plus importantes de l'art contemporain au Canada.

« C'est un grand honneur et je crois que c'est une indication que mon travail parle aux étudiants en art », dit-elle.

Pendant ses 32 années de carrière, Mme Belmore a exposé ses oeuvres à propos des violences du colonialisme à travers le monde. Elle est la première femme autochtone à avoir représenté le Canada à la Biennale de Venise.

« Nous vivons à une période très complexe, très contradictoire, souligne-t-elle. Nous [les femmes autochtones] pouvons recevoir de la reconnaissance de la part des mêmes institutions qui continuent de maintenir les structures qui nous oppressent. »

« Son œuvre aborde des questions complexes et brûlantes avec un esthétisme marqué par des contrastes inattendus. La beauté, la quiétude et la dignité sont des thèmes utilisés pour faire contraste à ceux qui perturbent, soit l'injustice, la violence et la souffrance humaine », écrit l'Université Laval sur son site web.

Celle qui est aussi lauréate du Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques n'a pourtant pas commencé sa carrière en s'intéressant aux enjeux de la violence que subissent les Autochtones.

« Quand j'étais à l'école de l'art, je réfléchissais surtout à ce que l'art voulait dire pour moi, se remémore-t-elle. Ce n'est que lorsque j'ai déménagé dans le Nord de l'Ontario que j'ai réalisé l'ampleur de ces problématiques dans nos communautés. »

« C'est un honneur pour moi d'être reconnue de la sorte, mais cette reconnaissance vient avec une responsabilité. Je dois continuer mon travail et mettre en lumière les injustices », ajoute-t-elle.

Récipiendaire du doctorat honorifique en sciences sociales, Davianna Pōmaika’i McGregor est quant à elle une Kanaka ʻŌiwi, une Autochtone de l'archipel d'Hawaï.

« Je suis tellement honorée, affirme-t-elle jointe au téléphone à Hawaï. Ça me touche beaucoup et je suis reconnaissante que mes pairs considèrent autant mon travail. »

Mme McGregor est professeure d'études ethniques à l'Université d'Hawaï à Manoa et elle est directrice du Centre pour l'Histoire orale au sein de cette université. Elle a consacré sa carrière à la réappropriation territoriale et culturelle des Kanaka ʻŌiwi.

« En tant que professeure, ç'a toujours été mon devoir de permettre à mes étudiants de reconnecter avec nos coutumes culturelles et spirituelles », souligne-t-elle.

Également activiste, son implication débute dans les années 1970. Elle faisait alors partie d'un mouvement qui réclamait le retrait des armées américaine et canadienne de Kahoʻolawe, une île sacrée utilisée depuis la Deuxième Guerre mondiale comme lieu d'essais militaires.

« C'est l'une de nos îles que l'on associe au dieu de l'océan Kanaloa, l'une des plus importantes, et elle se faisait bombarder, raconte-t-elle. Les militaires sont partis depuis 1990, mais encore aujourd'hui nous travaillons à restaurer l'île. Nous pouvons tout de même pratiquer nos cérémonies à nouveau. »

Ce mouvement a inspiré d'autres Kanaka ʻŌiwi à se réapproprier d'autres îles et lieux sacrés. « Le meilleur exemple de ça est le mouvement de protection du Mauna Kea l'an dernier », soutient Mme McGregor.

« Cette femme infatigable est assurément une figure inspirante pour le Canada et pour l’Université Laval, qui soutient avec conviction le processus d’éducation et de réconciliation autochtone », peut-on lire à propos de Davianna Pōmaika’i McGregor sur le site web de l'Université Laval.

En raison des mesures toujours en place pour contrer la propagation de la COVID-19, les dates de remise des doctorats honorifiques ne sont pas encore déterminées, mais lorsqu'elles le seront, Mme McGregor espère pouvoir faire le voyage jusqu'à Québec.

« Si je ne peux pas faire le voyage, on m'a dit qu'il serait possible pour moi de faire une conférence à distance », se réjouit-elle.

Mise en nomination pour le prix Nobel de la paix en 2007, l'Inuk Sheila Watt-Cloutier est une figure internationale de défense des droits de la personne et de l'environnement.

Mme Watt-Cloutier, qui n'était pas disponible pour une entrevue au moment d'écrire cet article, recevra un doctorat honoris causa de l'Université Laval. Née à Kuujjuaq, elle a fréquenté les pensionnats dès l'âge de 10 ans. Plus tard, elle s'est impliquée dans la Société Makivik et dans la Conférence circumpolaire inuite, l'organisation internationale qui représente les Inuit du Canada, des États-Unis, du Groenland et de la Russie.

Pour Mme Watt-Cloutier, la protection de l'environnement est un enjeu des droits de la personne. Elle a d'ailleurs consacré un livre à ce sujet intitulé Le droit au froid, paru en l'an dernier. En 2005, elle avait participé à la déposition d'une plainte à la Commission interaméricaine des droits de l'homme pour démontrer les préjudices que causent les changements climatiques chez les Inuit.

Elle a également contribué au travail des Nations unies dans l'interdiction des polluants organiques persistants qui aboutira à la signature de la Convention de Stockholm en 2001.

«  Sheila Watt-Cloutier est une grande source d'inspiration et de fierté. Elle incarne avec beaucoup de courage et de sensibilité la mission et les objectifs de l'Université Laval, et ce, en mettant en lumière l'interdisciplinarité qui réunit le développement durable, la nordicité, l'éducation et la reconnaissance des autochtones », est-il écrit sur le site web de l'Université Laval.

L'ancien député et juriste Romeo Saganash, Cri de Waswanipi, devait recevoir un doctorat honorifique en droit ce printemps, mais la remise n'a pu avoir lieu en raison de la crise sanitaire. Il le recevra donc à la prochaine date de remise.

Ce sont 11 personnalités au total, dont l'ancien premier ministre du Québec Lucien Bouchard, qui recevront un doctorat honoris causa de l'Université Laval.

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