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Mohawks et étudiants en architecture s'unissent pour créer quelque chose d'unique

Le passage couvert, tiré du projet Symbiosis, un centre culturel pour Kahnawake, réalisé par Angelica Peraza, Éléanor Juste et Tom Paturel.

Le passage couvert, tiré du projet Symbiosis, un centre culturel pour Kahnawake, réalisé par Angelica Peraza, Éléanor Juste et Tom Paturel.

Photo : Courtoisie Tom Paturel, Angelica Peraza et Éléanor Juste

Un nouveau centre multiculturel devrait être érigé sur le territoire mohawk de Kahnawake d’ici 2023. Si le projet a rencontré quelques opposants sur son chemin, il a aussi permis à un groupe d’étudiants en architecture de l’Université de Montréal de s’ouvrir à un monde méconnu par le biais du design participatif.

En juin 2018, un petit groupe de Mohawks a manifesté pendant quelques jours pour faire entendre son mécontentement quant à la construction, dans un secteur boisé, d'un bâtiment polyvalent qui permettra d’abriter un musée, la compagnie de théâtre Turtle Island et un centre culturel et linguistique. Il s’inquiétait de la coupe éventuelle de nombreux arbres sur le site choisi.

Mais le projet ira de l’avant, avec l’aval du conseil de bande, en s’assurant de minimiser l'utilisation du terrain.

Le choix du cabinet d’architecture n’est pas encore fait que déjà 12 étudiants au baccalauréat en architecture de l’Université de Montréal ont réalisé, le temps d’une session d’études, des plans et maquettes pour cet ambitieux projet.

Douze étudiants qui ont profité de la mouvance entreprise par leur université il y a deux ans d’autochtoniser le cursus scolaire pour aller à la rencontre des Mohawks. Les architectes invités du cabinet d'architecture EVOQ leur ont proposé un projet qui devait être réalisé dans une communauté autochtone.

Une première collaboration d’EVOQ l’an dernier avec l’Université de Montréal avait permis à une autre cohorte de concevoir les plans et maquettes pour le projet d’ambassade culturelle autochtone dans le Vieux-Port de Montréal.

Le plan de cours correspond à notre façon de travailler avec les communautés autochtones en général […] et à travers ces étapes-là les Autochtones sont présents, explique Alain Fournier, associé fondateur d'EVOQ.

Ceux qui choisissent notre atelier souhaitent aller à la rencontre, probablement, d’Autochtones ou de comprendre c’est quoi les nations au Québec, renchérit Éric Moutquin, architecte collaborateur senior chez EVOQ.

Une douzaine d'étudiants en architecture à l'Université de Montréal ont participé à l’atelier dirigé par Alain Fournier et Éric Moutquin d'EVOQ portant sur le design participatif et menant à la conception d’un centre multiculturel au cœur de l’un des boisés historiques de la communauté mohawk de Kahnawake.

Une douzaine d'étudiants en architecture à l'Université de Montréal ont participé à l’atelier dirigé par Alain Fournier et Éric Moutquin d'EVOQ portant sur le design participatif et menant à la conception d’un centre multiculturel au cœur de l’un des boisés historiques de la communauté mohawk de Kahnawake.

Photo : Gracieuseté d'EVOQ

À la rencontre de la troisième solitude

Quatre des douze étudiants vivent ou ont vécu près de Kahnawake sans y être jamais allés.

Ils disaient "on ne savait même pas si on avait le droit d’entrer dans la communauté". Il y a une peur, une crainte, c’est l’ignorance. Malheureusement, s’il y a deux solitudes, c’est la troisième solitude, et ça permet de la briser, cette solitude-là, souligne Alain Fournier.

Maya Cousineau Mollen, Conseillère en développement communautaire Premières Nations et Inuit chez EVOQ Architecture, était une des références, représentant la nation innue. Cette fois-ci, elle a agi en tant qu’observatrice, ce qui est rafraîchissant, c’est que ces jeunes-là m’en ont appris aussi sur la nation Kanien'kehá:ka, c’est ce qui est bien.

Le projet s’est déroulé au moment où le conflit en territoire wet'suwet'en se répercutait d'un bout à l'autre du pays, ce qui me consolait, parce que, veut, veut pas, à ce moment-là il y avait beaucoup de haine qui était partagée sur les réseaux sociaux, c’est [qu’au même moment] il y avait un positivisme présent dans l’approche des étudiants avec la communauté [mohawk].

Maya Cousineau Mollen, Conseillère en développement communautaire Premières Nations et Inuit chez EVOQ Architecture.

Maya Cousineau Mollen, Conseillère en développement communautaire Premières Nations et Inuit chez EVOQ Architecture.

Photo : Gracieuseté de Maya Cousineau Mollen

De son point de vue autochtone, Maya Cousineau Mollen trouvait intéressant de constater comment on a évolué socialement et mentalement comparativement aux années 1990.

C’est de voir comment d’un côté ça peut être si noir et comment d’un autre côté, il y a des gens qui travaillent fort à améliorer la communication, la connaissance, à donner le goût aussi à des étudiants de connaître l’autre sans biais, précise-t-elle.

En tant qu’usager, la communauté de Kahnawake a été impliquée dès le départ. Lisa Phillips, la superviseure intérimaire des programmes publics au centre culturel et linguistique, s’est dite impressionnée par les initiatives des étudiants qui ont, malgré la pandémie et autres contraintes, pris l'initiative de chercher des informations auprès de plusieurs personnes de la communauté afin d'approfondir leurs connaissances.

Divisés en quatre équipes, les étudiants choisissaient un thème à approfondir touchant la culture, l’histoire, la politique ou l’architecture. 

Plan de situation du projet Symbiosis, un centre culturel pour Kahnawake, réalisé par Angelica Peraza, Éléanor Juste et Tom Paturel.

Plan de situation du projet Symbiosis, un centre culturel pour Kahnawake, réalisé par Angelica Peraza, Éléanor Juste et Tom Paturel.

Photo : Courtoisie Tom Paturel, Angelica Peraza et Éléanor Juste

Éléanor Juste et son équipe ont plongé dans l’histoire des Autochtones, leurs recherches les ont fait remonter jusqu’avant la colonisation. Je n’en connaissais vraiment pas beaucoup, surtout sur la situation actuelle des Autochtones.

Le défi majeur de l’équipe aura été d’allier cette culture qui n’est pas la sienne à une signature architecturale représentative.

Comprendre mieux leurs référents culturels, ça nous a beaucoup aidés à créer notre centre culturel, constate-t-elle. Ils apprenaient leur culture par le vécu, contrairement à nous, où c’est beaucoup par la contemplation. Et c’est aussi très lié avec leur environnement.

S’il n’y avait pas de budget à respecter, il fallait tenir compte des contraintes de site touchant les arbres et les zones protégées archéologiques ainsi que de détails tels que la superficie des locaux, pour être capable de chiffrer un peu le projet concret, précise Éric Moutquin. On a surtout dit aux étudiants "inspirez-vous du site et faites un projet qui va ressembler à la communauté".

L’équipe d’Éléanor aura à cœur de préserver le plus possible ce boisé. Pour nous, c’était important d’avoir une empreinte légère et en accord avec la nature. Leur bâtiment final sera inspiré par la maison longue traditionnelle.

Une autre équipe a fait sa recherche préliminaire sur la culture mohawk. Elle a été surprise de constater combien les problèmes du passé persistent encore aujourd’hui. Parce que, malheureusement, on parle toujours des Autochtones comme si c’était des personnages historiques, que ça n'existait plus maintenant, souligne Zeynep Akcan, une des membres de cet autre groupe.

Plan d'implantation du projet Le récit des sensations réalisé par Zeynep Akcan, Julie Labbé et Corinne Chouinard.

Plan d'implantation du projet Le récit des sensations réalisé par Zeynep Akcan, Julie Labbé et Corinne Chouinard. (Traitement graphique : Julie Labbé).

Photo : Gracieuseté de Zeynep Akcan

Pour leur projet, l’équipe a choisi d’allier le conceptuel et l’abstrait. Durant nos recherches culturelles, on a été attiré par le mélange entre le spirituel et le monde réel. Il y a un très bel équilibre et une très belle harmonie, c’est à la fois abstrait, figuratif et nature. Il y a beaucoup de symbolique présente dans leur culture, explique Zeynep Akcan.

L’approche pavillonnaire a été privilégiée pour leur projet final. Un choix retenu par plusieurs groupes, explique Alain Fournier. Ça crée une petite échelle, c’est très chaleureux, dit-il, par contre, on occupe plus de terrain, l’empreinte au sol du bâtiment [est plus grande], ça veut dire qu’on coupe plus d’arbres, parce que le site est en plein milieu d’une forêt.

Une image de l'intérieur du musée dans le cadre du projet Le récit des sensations réalisé par Zeynep Akcan, Julie Labbé et Corinne Chouinard.

Une image de l'intérieur du musée dans le cadre du projet Le récit des sensations réalisé par Zeynep Akcan, Julie Labbé et Corinne Chouinard. (Image réalisée par Julie Labbé).

Photo : Gracieuseté de Zeynep Akcan

L’autre variante choisie était un bâtiment unique avec des excroissances où on retrouvait chaque grande fonction, avec une empreinte au sol plus petite, mais un volume plus imposant.

Les projets finaux ont été présentés en pleine pandémie via zoom aux principaux concernés, les usagers de Kahnawake. On a reçu de bons commentaires, se réjouit Zeynep Akcan. C’était ça notre critère, d’entendre leurs commentaires. C’est pour eux qu’on essaie de construire.

Les plans et maquettes conçus par les étudiants ont permis aux clients mohawks d’avancer leur réflexion au sujet de leur propre bâtiment, explique Alain Fournier, l’associé fondateur de EVOQ.

La réaction de Lisa Phillips et des personnes clés impliquées dans la réalisation du centre multiculturel est une réaction de satisfaction, même si tous les projets n’étaient pas conformes à nos attentes pour notre bâtiment. Mais nous avons été étonnés par les recherches que les étudiants ont effectuées pour leurs projets et par le niveau de compréhension qu'ils ont de notre peuple, de notre culture et de nos éléments clés.

Une fois le musée, la compagnie de théâtre Turtle Island et le centre culturel et linguistique construits, les projets des étudiants y seront montrés lors d’une éventuelle exposition.

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