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Relations entre la police et les Autochtones : « L'heure du changement a sonné! »

« Les Autochtones sont terrifiés par la police, car lorsque nous appelons à l'aide, ils nous viennent rarement en aide ou lorsqu'ils viennent, ils appliquent une force excessive, y compris, bien trop souvent, une force mortelle », écrivent les signataires de cette lettre ouverte au ministre fédéral Marc Miller.

Une intervention policière au square Cabot à Montréal le 3 mai a été dénoncée auprès du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Une intervention policière au square Cabot à Montréal le 3 mai auprès d'une femme crie en détresse.

Photo : Courtoisie Résilience Montréal

Radio-Canada

L’honorable Marc Miller, Ministre des Services aux Autochtones.

Monsieur le Ministre,

Vous avez exprimé votre indignation concernant le récent « contrôle de bien-être » de la police d'Edmundston sur Chantel Moore, qui a conduit la police à tirer sur Chantel. Nous – Native Women’s Shelter of Montreal, Résilience Montréal, Femmes Autochtones du Québec et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador – sommes également indignées.

Pourtant, une partie de notre indignation vient de notre conscience de la fréquence avec laquelle la police utilise une violence extraordinaire pour intervenir dans des situations impliquant des Autochtones.

Un incident profondément troublant s'est récemment produit dans votre propre quartier, à moins de 800 mètres de votre bureau de circonscription. Le 3 mai dernier, au Cabot Square de Montréal, alors qu’une femme issue d’une Première Nation, visiblement en détresse psychologique, nécessitait un transport en ambulance afin de recevoir des soins hospitaliers d’urgence. Ce sont plutôt plusieurs véhicules et 17 policiers du SPVM qui ont été les premiers répondants, appuyés par l’escouade canine, dans l’attente d’une ambulance. S'agit-il également d'un contrôle de bien-être? Est-ce le genre de « bien-être » que les peuples autochtones du Canada devraient s'attendre de la police en temps de crise?

Nous posons cette question, mais nous connaissons la réponse : partout au Canada, les Autochtones sont terrifiés par la police, car lorsque nous appelons à l'aide, ils nous viennent rarement en aide ou lorsqu'ils viennent, ils appliquent une force excessive, y compris, bien trop souvent, une force mortelle - au lieu de la communication, de la désescalade et d'une résolution non violente.

Il n'y a aucune hyperbole dans cette déclaration : c'est une évaluation aussi juste et précise que l’on peut faire en tant qu'Autochtones qui ont vu ces événements se dérouler avec une constance implacable et démoralisante pendant des décennies.

Nous sommes outrés par cette intervention!! Comment pouvons-nous protéger les femmes autochtones de la police chargée de les « servir » et de les « protéger »? Chaque femme autochtone en crise ou ayant besoin d'une aide médicale a-t-elle besoin d'un intervenant pour assurer sa sécurité face à la police?

L'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Femmes Autochtones du Québec (FAQ), Native Women’s Shelter of Montreal et Résilience Montréal se sont unis pour défendre la cause de cette femme crie.

Le 20 mai, nous avons envoyé une lettre officielle à la mairesse de Montréal, Mme Valérie Plante, à la ministre de la Sécurité publique du Québec, Mme Geneviève Guilbault, et à la ministre de la Justice du Québec, Mme Sonia LeBel, pour dénoncer la réponse inappropriée et excessive de la police lors des événements du 3 mai. En réponse, nous n'avons reçu aucune action ni aucune indignation.

Nous avons également déposé une plainte auprès de la Commission des droits de la personne du Québec. Entre-temps, le premier ministre François Legault a annoncé qu'il ne croyait pas qu’il y a de la discrimination raciale systémique au Québec. Monsieur le Ministre Miller, pour répondre à leur silence et à la déclaration déconcertante de M. Legault, permettez-nous de vous poser une question non rhétorique : combien de personnes autochtones doivent être harcelées, agressées ou tuées avant que la police et les gouvernements aux niveaux municipal, provincial et fédéral ne s'engagent à rendre des comptes?

Nous comprenons votre indignation à la nouvelle de la mort de Chantel Moore, mais nous voulons plus que de l'indignation; nous avons besoin d'action.

Nous pensons que dans votre situation privilégiée, vous pourrez inviter des gouvernements de juridictions différentes à une discussion nationale sur la responsabilité des forces de police envers les peuples autochtones. Le gouvernement du Canada et ses provinces ont des obligations internationales envers la sécurité des peuples autochtones, et plus particulièrement envers les femmes et les enfants.

Cette situation récente s'inscrit dans un continuum historique de violence policière envers les femmes autochtones au Québec. Récemment, des femmes autochtones de Val-d’Or ont dénoncé de nombreux abus commis par des policiers; des abus sexuels, de l'intimidation, de la force excessive et des « cures géographiques ».

Le gouvernement du Québec a lancé une enquête provinciale nommée la « Commission Viens » ou la CERP. L'enquête a également entendu des témoignages d'interventions inappropriées et excessives des forces de police envers les peuples autochtones dans différentes villes du Québec, dont le SPVM de Montréal. Cependant, le rapport de l'enquête CERP a été reçu avec beaucoup de déception et de colère, car aucune recommandation de redressement n'a été adressée aux forces de police provinciale du Québec. Encore un silence!!!! Il semble que les violences policières envers les femmes autochtones au Québec ne suscitent pas beaucoup d'indignation envers nos autorités.

Alors que nous appelons à l'action, nous vous invitons à consulter , qui portait spécifiquement sur les abus des forces de police du Québec et les actions qui sont nécessaires pour réparer la relation brisée entre les forces policières et les femmes autochtones et pour adresser les abus de la police envers nos femmes.

Si votre expression d'indignation était profonde et honnête, nous espérons qu'elle alimentera de sérieux changements dans la relation entre la police et les Autochtones, contrairement à ce que nous avons vu jusqu'à présent.

Nous serions très heureux de vous soutenir dans cette initiative. L'heure du changement a sonné!

Signataires :

Cheffe Adrienne Jérôme, co-porte-parole, Femmes élues de l’APNQL

Nakustet Sohhisiwin, directrice générale, Native Women’s Shelter of Montreal

Grande cheffe Verna Polson, co-porte-parole, Femmes élues de l’APNQL

Viviane Michel, présidente, Femmes Autochtones du Québec

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