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Aborder la réconciliation à travers la bande dessinée

Une peinture représentant des mains tendues.

Pour la Foire du livre de Francfort, l'Institut Goethe Canada a invité une vingtaine de bédéistes, dont trois Autochtones, à soumettre une oeuvre sous le thème de la réconciliation.

Photo :  courtoisie / Goethe Institut

Gabrielle Paul

Trois bédéistes autochtones font partie de la vingtaine d'artistes représentés dans une exposition en ligne qui a pour thème la réconciliation. Il s'agit d'un projet de l'Institut Goethe dans le cadre de la Foire du livre de Francfort, en Allemagne.

L'Institut Goethe, qui favorise les échanges entre l'Allemagne et différents pays à travers le monde, souhaitait rassembler pour la première fois 20 bédéistes (10 du Canada et 10 de l'Allemagne) autour d'un thème commun : la réconciliation.

« Comme le Canada est l'invité d'honneur cette année, nous voulions avoir un thème qui rapproche la littérature des deux pays », souligne Marie-Pierre Poulin, bibliothécaire à l'Institut Goethe de Montréal et responsable du projet.

« L'Allemagne a un travail de réconciliation à faire par rapport à l'Holocauste, mais la réconciliation est aussi une réalité pour beaucoup d'Allemands qui sont immigrants ou enfants d'immigrants et qui doivent concilier plusieurs facettes de leur identité », explique Mme Poulin.

Les oeuvres sont exposées en ligne, mais sans la pandémie, la Foire du livre de Francfort aurait pu être tenue et les bandes dessinées auraient pu être exposées là-bas.

Le choix des 10 artistes du Canada s'est réalisé en collaboration avec le Festival BD de Montréal et le Toronto Comic Arts Festival. « Nous voulions assurer une représentativité homme, femme, québécoise, autochtone, canadienne, allemande et immigrante », soutient Marie-Pierre Poulin.

Trois bédéistes autochtones Gord Hill, Whess Harmann et Cole Pauls, tous originaires de Premières Nations situées en Colombie-Britannique, ont été approchés.

Parmi les participants figure la Québécoise Emanuelle Dufour. Doctorante en éducation par les arts de l'Université Concordia, elle travaille sur un projet de BD intitulé « Des histoires à raconter : d'Ani Kuni à Kiuna », qui explore les réalités des Premières Nations du Québec.

Avec sa soumission au projet de l'Institut Goethe, elle offre un espace aux acteurs qui travaillent pour mettre en oeuvre la réconciliation.

Elle a repris les portraits de 9 figures publiques, dont l'activiste mohawk Ellen Gabriel, l'ancien négociateur ilnu (Innu de Mashteuiatsh) Jacques Kurtness et Marie-Ève Bordeleau, la commissaire aux relations avec les peuples autochtones pour la Ville de Montréal d'origine crie. Chaque portrait est accompagné d'une courte biographie.

Emanuelle Dufour, dessine un croquis sur une page blanche.

Emanuelle Dufour est doctorante en éducation par les arts (Art Education) à l’Université Concordia. Dans le cadre de sa démarche de recherche-création doctorale, elle travaille sur un projet de BD, « Des histoires à raconter : d'Ani Kuni à Kiuna », dans laquelle elle explore les réalités des Premières Nations et du Québec sous divers angles et en y faisant participer une quarantaine d'Autochtones et de non-Autochtones.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Pour Emanuelle Dufour, le concept de réconciliation est éminemment politique. « Ce n'est pas nécessairement politique pour certains, dit-elle au bout du fil. Mais étant donné que je travaille dans le domaine de l'éducation autochtone depuis plusieurs années, ce mot a maintenant pour moi une résonance particulière. »

Gord Hill

Gord Hill est un bédéiste de la nation Kwakwaka'wakw, en Colombie-Britannique. Il a écrit et illustré trois bandes dessinées et il a aussi écrit le livre 500 Years of Indigenous Resistance, qui raconte l'histoire du colonialisme européen en Amérique.

Avec sa soumission au projet de l'Institut Goethe, il voulait « montrer qu’au Canada, l'idée de réconciliation est très étroite dans son approche, en particulier l'accent mis sur les pensionnats autochtones, qui minimise et efface l’ensemble des impacts profonds du colonialisme et du génocide », écrit-il sur le site web de l'Institut Goethe.

Un homme avec une tuque parle à un lutrin.

Le bédéiste de la nation Kwakwaka'wakw Gord Hill.

Photo :  courtoisie / Gord Hill / Goethe Institut

Il considère que le concept de réconciliation peut être trompeur. « Il transmet également l’idée qu'il existait autrefois une relation harmonieuse entre les peuples autochtones et les colonisateurs européens qui doit simplement être rétablie », écrit-il.

[La réconciliation est] plutôt d’un slogan sous lequel l’État vise à suggérer sa progressivité et qu'il corrige les erreurs historiques du colonialisme, alors qu'en réalité rien ne change fondamentalement pour les peuples autochtones.

Une citation de :Gord Hill, sur le site web de l'Institut Goethe

Après avoir lu et écouté de nombreux Autochtones, Emanuelle Dufour en arrive aux mêmes conclusions. « La réconciliation, ça sous-entend que ça allait bien et qu'il y a eu un conflit puis qu'il faut raccorder ça, explique-t-elle. On ne peut pas dire que le gouvernement du Canada a toujours essayé de concilier les peuples. »

Gord Hill est d'ailleurs l'un des premiers bédéistes autochtones qu'a lus Emanuelle Dufour. « J'étais vraiment honorée de voir qu'il participait aussi au projet, dit-elle. Je suis particulièrement admirative de son 500 Years of Resistance, Comic Book qui ré-illustre l'histoire de la résistance autochtone à travers les Amériques depuis la colonisation. C'est un travail [...] qui est absolument nécessaire. »

Whess Harmann

L'artiste Whess Harmann est originaire de la nation Carrier Wit'at, en Colombie-Britannique. Whess Harmann a soumis une bande dessinée qui revient sur le soulèvement national en soutien à la nation Wet'suwet'en de l'hiver dernier.

Son implication dans le mouvement lui a fait constater que « la réconciliation, telle qu’elle est actuellement, demeure un projet de haut en bas entre le gouvernement colonial et les peuples autochtones ».

Whess Harmann porte des lunettes et pose près d'une affiche où on peut lire ''Land Back''.

Whess Harmann, artiste bédéiste de la nation Carrier Wit’at.

Photo :  courtoisie / Whess Harmann / Goethe Institut

« Je pense qu'il est important de parler de ce qu'est la réconciliation et de réfléchir sérieusement à ce à quoi elle doit ressembler et qui elle sert, car le mot lui-même est devenu une généralisation sans substance », écrit également l'artiste.

Cole Pauls

Cole Pauls est quant à lui un membre de la nation Tahlthan, dans le nord de la Colombie-Britannique. Il est à la fois bédéiste, illustrateur et sculpteur. Il travaille notamment à deux séries de bandes dessinées, Pizza Punks et Dakwäkãda Warriors.

Sa contribution sur la réconciliation est basée sur un document sur l'autonomie gouvernementale et les revendications territoriales rédigé en 1973 par des Premières Nations du Yukon.

Le document engendra des négociations territoriales avec Ottawa qui se sont terminées 20 ans plus tard par la signature d'une entente qui garantissait l'autonomie gouvernementale de ces nations.

Un homme aux cheveux longs sourit à la caméra. Il pose devant un fond dessiné rappelant l'intérieur d'un arbre.

Cole Pauls est un bédéiste de la nation Tahltan, en Colombie-Britannique.

Photo :  courtoisie / Cole Pauls / Goethe Institut

Cole Pauls croit cependant que « c'est aux non-Autochtones qu'il revient de pratiquer la réconciliation. Les personnes qui ont créé les barrières autour de notre culture et de notre mode de vie doivent les abattre elles-mêmes ».

En tant que Québécoise, Emanuelle Dufour est d'accord : « La réconciliation, ce n'est pas juste une affaire autochtone, comme le disait Murray Sinclair [sénateur anichinabé qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation, NDLR] ».

« [Pour parvenir à la réconciliation] ça prend beaucoup d'écoute et d'humilité. Il faut faire un travail d'introspection, puis s'éduquer. Il faut également saisir les occasions de rencontres authentiques », croit Mme Dufour.

Le projet Réconciliation de l'Institut Goethe est accessible à cette adresse :https://www.goethe.de/ins/ca/fr/kul/sup/rec.html (Nouvelle fenêtre)

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