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Itinérance : inquiétudes concernant le plan de transition de Montréal

Images d'intervenantes offrant des services Chez Doris à Montréal ces jours-ci.

Des intervenantes offrent des services Chez Doris à Montréal.

Photo : Marina Boulos-Winton (Chez Doris)

Alors que la Ville de Montréal prépare son plan de transition après l'ouverture de 700 lits temporaires pour les personnes en situation d’itinérance, des organismes d’hébergement aidant des Autochtones craignent une offre insuffisante et un manque de ressources pour lutter contre une deuxième vague de coronavirus.

Il va y avoir un gros problème de financement, notamment par manque de personnel de nettoyage, parce que même les CHSLD manquent de plus en plus de personnel, s’inquiète Marina Boulos-Winton, directrice générale de l’organisme Chez Doris.

La maison d’hébergement reçoit environ 1800 femmes par année. Elle en a accueilli 238 pendant la pandémie jusqu’à présent. La moitié sont des femmes autochtones et 76 d’entre elles n’avaient jamais été vues auparavant par les intervenants.

Avec la hausse du salaire des préposés aux bénéficiaires, l’organisme Chez Doris s’est heurté à un autre problème : une pénurie de main-d’oeuvre. En embauchant une firme privée, il en coûte désormais environ 6000 $ de plus par mois à la direction pour respecter les directives de la santé publique et désinfecter toutes les deux heures.

Notre budget est d’environ 100 000 $ par année [en nettoyage], ça va nous coûter au moins 200 000 $ cette année, explique Marina Boulos-Winton.

Une intervenante discute avec une femme dans les bureaux du refuge de jour Chez Doris à Montréal.

Une intervenante discute avec une femme dans les bureaux du refuge de jour Chez Doris.

Photo : Marina Boulos-Winton (Chez Doris)

La directrice générale craint aussi un manque de lits dans les semaines à venir, à Montréal, si les centres temporaires ferment, puisque les centres d’hébergement pour itinérants, qui ont des lits étagés, devront réduire leur capacité d'accueil pour respecter la distanciation physique. 

Où iront les femmes pour prendre une douche, pour aller aux toilettes? Ce sont des femmes avec d’importants problèmes de santé mentale. Certaines ont également de gros problèmes de dépendance, souligne la directrice générale.

Ça va augmenter l’achalandage et ça va être de plus en plus difficile de maintenir les mesures d’hygiène, en plus de la pression pour le nombre de repas à servir, les douches, moi ça me fait un peu peur. Je me demande si mon équipe va être frappée par un tsunami ou si on va me donner les moyens de répondre à cette demande-là, fait valoir Mélodie Racine, directrice de La Porte ouverte.

L'organisme, qui reçoit actuellement jusqu’à 250 visites par jour, déplore également l'absence d'aide des autorités et des changements de directives difficiles à suivre.

Quand la pandémie a commencé, j'ai dû prendre des décisions avec tellement pas d'informations et tellement pas de directives. [...] J'ai réussi à garder le centre ouvert et tout mon staff est en santé, je touche du bois... , raconte la directrice.

Un de mes intervenants m'a dit : Mélodie, quand tout le monde a mis le frein pour prendre le temps de réfléchir, toi tu as pesé sur le gaz pour qu'on fonce à 100 milles à l'heure et on a réussi, se rappelle-t-elle, en effet... mais j'ai fait ça avec une gestion de risque élevée.

On me donne très peu d’information et dans ce très peu d’information, ça change tout le temps.

Mélodie Racine, directrice de La Porte ouverte

On m'a dit qu'on allait m'appeler, qu'on allait venir m'aider. On m'a demandé ce dont j'avais besoin. Pour le matériel, j'ai eu la moitié de ce que je demandais. Tout ce qui est des ressources humaines, on m'a dit que ce n'était pas possible.

L'organisme, dont la moitié des usagers sont des Autochtones, en majorité des Inuits, demande également de pouvoir effectuer des tests sur place.

Nous, nos usagers ne veulent pas aller à l'hôpital. Donc je revendique qu'on vienne faire des tests chez nous. On me dit que c'est impossible. Mais nous, quand on demande à nos usagers s'ils accepteraient de se faire tester ici, 75 % lèvent la main tout de suite, explique-t-elle.

Des préoccupations partagées par Foyer pour femmes autochtones Montréal qui vient de rouvrir ses portes, après avoir fermé en raison d’une éclosion du virus ayant affecté la moitié du personnel.

Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal.

Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sa directrice générale déplore le fait que le personnel promis par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal et le matériel médical se fassent toujours attendre.

Nous avons demandé de pouvoir compter sur des employés ou des bénévoles pour nous aider à nettoyer ainsi que des consultants pour suivre les meilleures directives possible. Mais rien ne s’est fait. Je me suis finalement tournée vers Architecture sans frontières Québec, soutient-elle.

Le projet d’Architecture sans frontières Québec Urgence COVID , financé par la Ville de Montréal et d’autres partenaires, permet à des commerces de proximité et des organismes communautaires de bénéficier d’un soutien technique depuis le mois de mai.

Nous avons fait les choses nous-mêmes, parce que si nous avions attendu l’aide demandée, je peux vous dire que les femmes auraient continué de loger dans un hôtel. Je ne peux pas vous dire les mots que j’ai en tête, mais vous pouvez mettre des signes de dollar et des points d’exclamation et de stupéfaction, affirme Nakuset.

La directrice dénonce elle aussi des incohérences dans les directives reçues de la santé publique et du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal.

D’un côté, on nous disait que les employés doivent être testés deux fois négatifs, et de l’autre, qu’ils peuvent être testés positifs, mais que s’ils n’ont plus de symptômes après deux semaines, ils peuvent revenir au travail parce que nous ne sommes pas un hôpital ou un CHSLD. Nous demandons que ce soit clarifié, dit-elle.

Selon le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), il règne actuellement beaucoup de confusion non seulement concernant le plan de transition de la Ville de Montréal, mais sur les mesures à suivre.

Des enjeux de communication font en sorte qu'il est difficile d'obtenir des informations exactes, ce qui représente un problème pour les organismes communautaires et pour les personnes en situation d'itinérance elles-mêmes, indique Annie Savage, directrice par intérim du RAPSIM.

Pas de laissés-pour-compte, dit Montréal

La Ville de Montréal assure que son plan de transition ne laissera personne derrière pendant le déconfinement

La Ville, le réseau de la santé et le milieu communautaire travaillent en commun à l’élaboration d’un plan de transition sur une année qui sera opérationnel à la suite de la levée de l’état d’urgence, indique Geneviève Jutras, attachée de presse principale au cabinet de la mairesse et du comité exécutif.

Le plan vise notamment à maintenir des lits en hébergement d’urgence en relocalisant les services dans d'autres bâtiments, et ce, afin que moins de personnes soient contraintes à dormir dans la rue, ajoute-t-elle.

Au total, la métropole a ouvert sept sites d'hébergement temporaires depuis le début de la pandémie en plus d’offrir une distribution alimentaire dans les arrondissements du Plateau-Mont-Royal, de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et de Ville-Marie grâce à une cantine mobile.

Des discussions progressent dit le CIUSSS

Le CIUSSS Centre-Sud-de-l'île-de-Montréal assure pour sa part être préoccupé par cette situation et être en discussion constante avec plusieurs organismes communautaires par l'entremise du Cercle aviseur des partenaires autochtones au réseau de la santé à Montréal, afin d'aider les refuges tout en respectant leur autonomie.

La direction soutient que des discussions ont progressé ces derniers jours concernant le dépistage ainsi que l'approvisionnement en matériel sanitaire, garantissant qu'il s'effectue sur une base hebdomadaire.

Dans le cadre de la crise de la COVID-19, nous avons intensifié notre dialogue en tenant une tribune hebdomadaire, avec les membres de ce Cercle ainsi que des représentants de la Direction régionale de la santé publique de Montréal, un outil essentiel dans l’appropriation et l’application des mesures de santé publique par ces communautés, indique Julie Grenier, directrice adjointe Partenariats, au CIUSSS Centre-Sud-de-l'île-de-Montréal.

Nous avons également mis en place des mesures particulières [...] notamment des intervenants psychosociaux, des facilitateurs déployés en soutien aux interventions et la mise sur pied d’un refuge d’urgence spécifique pour les communautés autochtones dans la Petite-Bourgogne, ajoute-t-elle.

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