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chronique

Notre « nous » et le vôtre : les Québécois, les Autochtones et les immigrants

Les Québécois ont aussi connu les affres du colonialisme. Notre chroniqueuse se demande alors : pourquoi sont-ils parfois si peu solidaires envers les Premières Nations et les nouveaux arrivants?

Le fleurdelisé en berne sur le toit du parlement québécois.

Le drapeau québécois en berne

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Edith Bélanger

À certains moments, pendant les derniers mois, j’ai eu l’espoir de voir naître un avenir plus solidaire, plus humain, plus tolérant. Je me disais que cette pandémie nous rapprocherait de notre prochain et nous influencerait à redevenir des êtres empathiques et généreux.

Or, la semaine dernière, sur le territoire non cédé des Kanien’keha:ka, à Oka, une nouvelle barricade s’est élevée pour limiter l’accès des touristes au parc national en cette période de déconfinement.

C’était écrit que ça ferait des mécontents, et ça peut se comprendre. Or, ça ne justifie pas toute la haine qui a déferlé sur les médias sociaux envers les « méchants Mohawks » et les « Indiens » en général.

Une nouvelle fois, la réalité m’a rattrapée et je dois remettre à plus tard mon projet d’entreposer mon cynisme face à la société dans laquelle je vis et j’éduque mes enfants. Mon identité québécoise-autochtone en prend encore tout un coup.

Edith Bélanger est une diplômée de philosophie de l’Université Laval. Elle poursuit actuellement des études en administration publique en contexte autochtone à l’ENAP. Elle est membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite).

Moi, nous et les autres

Le philosophe français Jean-Paul Sartre disait : « L’enfer, c’est les autres ». Contre tout espoir, il me semble que cela n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui dans un Québec où les commentaires racistes et les comportements intolérants font tristement la manchette.

Or, pour parler, critiquer, juger l’autre, encore faudrait-il d’abord définir quel est ce « nous québécois » auquel nous sommes accrochés et qui nous éloigne tant de l’autre.

Il y a quelques semaines, des Inuit ont été victimes de commentaires racistes dans le métro de Montréal. Ils se sont fait invectiver, on leur a dit de rentrer chez eux… en Chine.

Ok. Les Inuit sont présents sur le territoire depuis grosso modo 12 000 ans. Difficile d’être plus « de souche » que cela!

Quant aux Canadiens d'origine chinoise, ils ne méritent pas non plus ces commentaires désobligeants. Te souviens-tu, Québec, que certaines familles chinoises sont au Canada depuis 4 ou 5 générations. Leurs ancêtres, arrivés pour participer à la construction des chemins de fer, ont été des constructeurs de ce pays au même titre que tes ancêtres portant la chemise à carreaux en flanelle.

Combien de générations pour devenir Québécois ?

Le 24 mai à l’émission TLMEP, l’avocat et entrepreneur social Fabrice Vil est venu expliquer ses motivations derrière son projet vidéo intitulé « Je me souviendrai ». Cette initiative vise à rendre hommage aux travailleurs de première ligne pendant cette pandémie qui, bien souvent, sont issus de l’immigration. Ce sont de fiers néo-Québécois, des Québécois de deuxième génération ou encore des demandeurs d’asile, donc des aspirants Québécois.

Or, en voulant mettre en lumière « les connexions humaines au-delà des stéréotypes », pour reprendre ses mots, il a dû faire face à de nombreux commentaires racistes et profondément stupides. Fabrice Vil est né au Québec de parents haïtiens. C’est un homme cultivé et bien élevé qui connaît probablement mieux l’histoire du Québec que bien des « vrais Québécois ». Parlez-en à l’humoriste Guy Nantel si vous ne me croyez pas.

Je dois être trop naïve, mais je suis déçue, voire découragée.

Il me semble qu’on pourrait s’attendre à mieux d’un peuple opprimé et colonisé. D’une patrie qui s’est battue jusqu’à l’échafaud pour la liberté et l’indépendance, j’attendrais plus de solidarité envers les populations vulnérables qui ne demandent qu’à prendre part au projet de société.

Il me semble qu’on pourrait espérer plus de soutien envers les démarches d’affirmation territoriales des Premières Nations de la part d’un peuple qui a clamé haut et fort son désir d’être « maîtres chez nous ».

Il me semble qu’on pourrait imaginer une vision plus inclusive de la part d’une population qui est majoritairement issue des mouvements de colonisation et de l’immigration.

Souviens-toi, Québec…

L’histoire du Québécois commence où et quand selon vous? En France? Lors de l’arrivée de Champlain? Au poste de traite de Tadoussac? Avec la conquête britannique? Lors de la révolte des patriotes? À la création du Canada? Avec le dépôt du rapport Durham?

Pas si simple comme question, n’est-ce pas? Contrairement aux Premières Nations qui ont une tradition millénaire sur le territoire et qui en ont conservé la mémoire dans la tradition orale et dans leur identité, les Québécois sont un peuple jeune, enfant, au mieux, adolescent.

Nos ancêtres autochtones ont accepté la présence des étrangers sur le territoire dans un esprit d’ouverture et de partage. Ils ont aidé les nouveaux venus à s’intégrer et ont développé des partenariats avec eux. Ces nouveaux venus se sont installés, enracinés et identifiés à la terre. Puis d’autres étrangers sont venus et d’autres encore continueront de venir.

Tout cela s’est passé et se passe sous le regard des peuples autochtones qui, après avoir été victimes de maladies et trahis par les autorités coloniales, auraient bien des raisons d’avoir un discours d’exclusion. Or, ce n’est pas le cas. Ce qu’ils attendent c’est la reconnaissance de leur identité, de leurs droits et de leurs territoires.

Il va falloir arrêter de se raconter des histoires. L’identité québécoise reste à définir, et pour ce faire, il faudra se souvenir de deux choses : on vient tous de quelque part et on est toujours « l’autre » de quelqu’un.

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