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Pourvoiries de Uashat mak Mani-utenam : à l'usage exclusif cet été de la communauté

Gros plan sur deux mains tenant une canne à pêche près d'une rivière.

Chaque année, lors de la fête des Pères, la nation innue de Uashat-Maliotenam rend hommage au Utshashumeku (saumon) lors d'un repas communautaire qui prendra la forme d'une distribution individuelle de repas cette année.

Photo : Getty Images / Onfokus

Alors que la communauté de Uashat mak Mani-utenam est toujours confinée, le conseil de bande a choisi de fermer l’accès de ses deux pourvoiries aux touristes pour la saison 2020 en raison de la pandémie. 

Près de 100 touristes avaient effectué des réservations. La communauté leur offrira de reporter à l’an prochain ou d’être remboursés. 

La majorité de la clientèle est américaine et européenne, mais il y avait une certaine clientèle de Montréal qui venait pêcher. En parlant avec le chef, les conseillers, comme on a encore des guérites, on a décidé que les pourvoiries seraient fermées [aux touristes], explique André Michel, directeur de la protection de l’environnement à Itum, le gouvernement innu de Uashat mak Mani-utenam.

On reporte la clientèle à l’an prochain et, cette année, on donne l’exclusivité aux membres de Uashat, confirme le chef de Takuaikan Uashat mak Mani-utenam (Itum), Mike McKenzie.

En 2019, la nation innue de Uashat-Maliotenam a acheté au coût de 1,8 million de dollars les pourvoiries Moisie-Nipissis et Haute-Moisie, grâce à une subvention de Québec. Les Innus ont ainsi regagné un accès ancestral pour pêcher le saumon (Utshashumeku ) sur plus de 100 km longeant la rivière Moisie, qu'on appelle la Mishta-shipu  (« la grande rivière »). 

Ça a été une reconnaissance, parce qu’il y a eu beaucoup d’injustice par le passé. C’est l’autoroute de nos ancêtres pour remonter dans les terres et aller rejoindre le caribou, explique André Michel.

André Michel devant la rivière Moisie.

André Michel est biologiste et conseiller en environnement pour le conseil de bande de Uashat mak Mani-utenam.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

L'acquisition des pourvoiries, c'était pas juste pour avoir des touristes. Depuis des années, on avait pas de belles fosses, c’était des gens fortunés qui venaient pêcher. [...] Pour certaines personnes, ce sera la première fois qu’ils auront accès à ces fosses-là, qu’ils vont découvrir leurs pourvoiries. C’est comme savourer une victoire après des années d’abstinence, ajoute Mike McKenzie.

Un volet culturel pour la pourvoirie Haute-Moisie

Cette période de confinement permettra également au gouvernement de Uashat mak Mani-utenam d’amorcer la revitalisation des deux pourvoiries, soit remettre à neuf les installations et ajouter un volet culturel à la pourvoirie de la Haute-Moisie.

Les anciens propriétaires n’avaient pas trop investi, mais nous, cet été, on veut faire des rénovations. La Haute-Moisie va servir de lieu de ressourcement pour la communauté, mais on veut aussi lui donner cachet plus innu avec un volet culturel, un endroit où acheter de l’artisanat, ou mettre un tipi en retrait, par exemple, décrit André Michel.

Selon le chef Mike McKenzie, les Innus de Uashat mak Mani-utenam ont une relation sacrée avec leur territoire, plus particulièrement avec l’eau et les rivières perçues comme une source de vie. L'Utshashumeku est également perçu comme un poisson sacré, puisqu'il a permis aux Innus de survivre dans la région pendant des siècles.

Saumons en langue innue

  • utshashumekᵘ [na] un saumon atlantique (salmo salar)
  • pipunamu [na] un saumon amaigri par le frai (« charognard » ou saumon noir)

Étude pour protéger le saumon

Dans le cadre d’une entente de 560 000 $ sur 5 ans avec Québec, des fonds serviront également à assurer la protection du saumon et à réaliser une étude sur son état de santé.

Des techniques de capture-marquage-recapture (CMR) permettront d’estimer la taille de la population de saumons dans la rivière, selon André Michel qui est également biologiste.

Ça fait plus de 30 ans qu’il y a pas eu d’études. On veut savoir il y en a combien. [...] L’étude devra être étalée sur quelques années. [...] mais à partir de 2021, les gens pourront déjà en avoir une idée, ça va les rassurer, dit-il.

Le chef Mike McKenzie s'adressant au public dans une conférence de presse.

Le chef Mike McKenzie.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

La communauté travaille toujours sur la création d’un code de pêche innu pour baliser les droits et les limites de prises, mais aussi pour harmoniser les pratiques entre la pêche sportive et alimentaire.

Pour les Innus, qui ont toujours vécu de chasse et de pêche, « voir des pêcheurs blancs s’amuser avec le saumon c’est une autre vision… pour nous, ça permet de nourrir la famille, ça va être un festin [...] ces visions s'affrontent », confie André Michel.

Livraison de saumons pour la fête des Pères

Chaque année, la nation innue de Uashat mak Mani-utenam célèbre la fête des Pères lors d’un grand rassemblement communautaire aux effluves du saumon, grâce aux filets communautaires. Cette fois, COVID oblige, le roi de la rivière sera livré devant les portes des maisons.

D’habitude, on fait une grosse messe avec un repas, mais cette fois on ne pourra pas le faire. On fait affaire avec un traiteur innu et on va distribuer 2000 repas [...] Mais le premier saumon qui va être capturé, il sera donné au chef, c’est la tradition!, dit André Michel.

Pour les amateurs de gastronomie, il y a plusieurs façons d’apprêter le saumon dans la tradition innue.

On peut le bouillir, le fumer, le cuire sur la braise avec de l’écorce de bouleau [...] avant, on faisait même du pain avec les oeufs de saumon!

André Michel rêve toutefois du jour où la communauté aura l’entière gestion des pourvoiries de la rivière Moisie.

On vise la gestion complète de la Mishta-shipu. [...] La clientèle blanche va pouvoir continuer d’utiliser les services des pourvoyeurs, les Blancs ne sont pas exclus, les temps ont changé... on met de l’eau dans notre vin, mais c’est encore aberrant, pour nous… qu’ils possèdent la rivière.

La crise en 2017, les manifestations [en référence au campement installé en face du Club Adams, un club américain de pêche sur invitation] ça nous a permis d’obtenir une entente pour avoir les pourvoiries, mais on aimerait que les Innus puissent gérer la rivière. On a pas lâché le morceau, conclut André Michel.

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