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Ludovic Boney, un créateur d’art public en temps de pandémie

Ludovic Boney au centre d'une de ses créations en devenir dans son atelier de Saint-Romuald, un quartier de Lévis.

Ludovic Boney au centre d'une de ses créations en devenir dans son atelier de Saint-Romuald, un quartier de Lévis.

Photo : Alexandre Lemay

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les temps sont durs pour nombre d’artistes, mais certains réussissent à tirer leur épingle du jeu mieux que d’autres. C’est le cas du sculpteur wendat Ludovic Boney, dont l’atelier a rouvert le 11 mai.

Ludovic Boney est un artiste hors normes qui crée des sculptures hors normes. On pourrait le surnommer Monsieur 1 %, en référence à la politique du 1% du budget de construction d'un bâtiment ou d’aménagement d'un site public, alloué à la réalisation et à l’intégration d’une œuvre d’art.

Si on peut voir une partie de ses créations dans les galeries d’art, ses autres œuvres vont à la rencontre de la population.

On peut penser à son Codex Populi devant l’hôtel de ville de Québec, à Debout devant l'océan, une œuvre installée au quai des croisières à Sept-Îles ou à la Palissade de perles devant l’Hôtel-Musée de Wendake.

Prochaine sortie trône sur le terre-plein entre les voies de l’autoroute 407, près de Toronto. Une œuvre qu’il décrit comme un marqueur pour souligner la présence wendat dans ce territoire à une autre époque.

Ludovic Boney, 39 ans, une trentaine d’œuvres monumentales à son actif

Dans sa manufacture culturelle à Saint-Romuald, un quartier de Lévis, quelques projets sont en cours, en plus de ceux qu’il réalise pour d’autres artistes, avec une équipe de cinq à dix collaborateurs, selon l’envergure du travail.

Mais le confinement a ralenti Ludovic Boney de deux mois, un retard qui a une incidence sur son calendrier. Tous les dossiers de présentation de maquette sont reportés à on ne sait pas quand. Sa plus grande crainte : Ça va finir par tout arriver en même temps.

L’artiste réalise trois, quatre projets à la fois, j’en ai un qui est assez immense, qui va aller dans le nouvel édifice des HEC Montréal, au centre-ville. Livraison prévue en 2021.

Théâtralité contextuelle, l'oeuvre en cours de réalisation de Ludovic Boney sera installée dans le nouvel édifice de HEC Montréal.

Théâtralité contextuelle, l'oeuvre en cours de réalisation de Ludovic Boney sera installée dans le nouvel édifice de HEC Montréal.

Photo : Rendu en 3D réalisé par Sophie Delisle et Simon Doyon

C’est un des rares projets où on est appelé avant même qu’ils aient commencé à fabriquer l’édifice, explique-t-il. Ils sont encore dans la conception des plans, ça permet de pouvoir vraiment bien s’imbriquer avec la construction du lieu.

Théâtralité contextuelle, c’est le nom de l’œuvre en devenir. D’un côté, l’œuvre est très ajourée pour laisser passer la lumière, et de l’autre côté, elle devient opaque comme le mur [derrière]. C’est de jouer avec les jeux d’architecture de l’édifice.

« Je voulais créer quelque chose de transparent, mais de très présent. »

— Une citation de  Ludovic Boney

Il a eu carte blanche pour son œuvre, comme c’est le cas de 95 % de ses créations.

Autre conséquence de la COVID-19, son œuvre Lever de soleil sur le nord n’a jamais été inaugurée à la base de plein air de Sainte-Foy. Installée l’automne dernier, l’œuvre de plus de 9 mètres de long aurait dû l’être ce printemps.

Même chose pour Les arches d’entente, une sculpture inspirée des charpentes des maisons longues huronnes-wendat, installée ce printemps au Musée de la civilisation de Québec et dont l’inauguration a été reportée.

L'exposition Sous les chatons qui devrait être en cours à la Galerie d'art Antoine-Sirois de l'Université de Sherbrooke a été brusquement interrompue par le confinement.

L’installation sculpturale, que nous ne pourrons plus voir, est composée de 8 800 chatons de bouleau (les fleurs du bouleau) en céramique, suspendus.

Ludovic Boney présentait Sous les chatons à la Galerie d'art Antoine-Sirois de l'Université de Sherbrooke. L'exposition a été interrompue par le confinement.

Ludovic Boney présentait « Sous les chatons » à la Galerie d'art Antoine-Sirois de l'Université de Sherbrooke. L'exposition a été interrompue par le confinement.

Photo : François Lafrance

Plusieurs autres expositions sont repoussées en 2021, dont une à Trois-Rivières et une autre à Toronto.

En 2019, la réalisatrice Sophie Fortier s’est intéressée à la situation de l’art autochtone au Québec. Elle a suivi le processus créateur de trois artistes autochtones, dont Ludovic Boney ainsi que Caroline Monnet et Natasha Kanapé Fontaine. Produit par Wabanok, le documentaire Porteurs de plumes est disponible sur TOU.TV.

Un parcours artistique tout tracé

À un très jeune âge, Ludovic Boney suit les ateliers pour enfants du Musée des beaux-arts et du Musée de la civilisation de Québec. Il précise qu’il a eu sur sa route un prof d’art plastique du primaire qui était exceptionnel.

À l’adolescence, il s’inscrit à des cours du soir en sculpture. À la fin de son secondaire, il entre à la Maison des métiers d’art de Québec. Il effectuera ensuite des stages auprès d’autres sculpteurs, dont Jean-Pierre Morin.

Le hasard d’une rencontre le conduira aussi à Châlons-en-Champagne, en France, où il passera six mois dans le cadre d’une résidence d’artiste, grâce à la fondation Art Dialogue. Il y laissera Les marcheurs, une œuvre représentant de grands personnages en acier rouillé.

Si certaines œuvres sont commandées par des particuliers, il admet que c’est quand même rare vu l’ampleur des œuvres. Je fais pas beaucoup de 2D ou de choses qu’on peut mettre dans une maison, ça prend un terrain déjà.

Maquette de l'oeuvre composée de différentes lignes obliques et de nombreux prismes au fini miroir. Sur les faces des prismes, des perforations créeront des dégradés qui rappelleront le coucher et le lever du soleil.

L'oeuvre de Ludovic Boney intitulée « Lever de soleil sur le nord » qui borde le chemin menant au pavillon d’accueil de la base de plein air de Sainte-Foy n’a pas pu être inaugurée ce printemps.

Photo : Archives de la Ville de Québec

Ludovic Boney aime partager son art avec le plus grand nombre, et le public le lui rend bien.

Certains lui écrivent, sont émus. Il y en a qui en revienne pas à quel point c’est gros et que ça a une présence.

À propos de son origine wendat et de l’influence que cela peut avoir sur ses créations, voici ce que dit Ludovic Boney : Je ne le fais pas de manière voulue, mais c’est sûr qu’il y des rubans, des tressages, je me dis que c’est en moi, puis ça sort, mais j’y réfléchis pas, je n’essaie pas de mettre de l’"autochtonie" dans mes œuvres.

Et finalement, ce confinement l’a-t-il inspiré? Peut-être pour plus tard, l’inspiration. Ça a plutôt été une période de repos, ça m’a permis de passer beaucoup de temps avec mes fils et ma femme, se réjouit l’artiste.

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