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La pandémie est dévastatrice pour les Autochtones, dit un expert de l’ONU

Image de José Francisco Calí Tzay siégeant à l'ONU. Il est entré en poste à la mi-mars à titre de rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Il est originaire du Guatemala.

José Francisco Calí Tzay est entré en poste à la mi-mars à titre de rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Il est originaire du Guatemala.

Photo : ONU

Le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, José Francisco Cali Tzay, émet de sérieuses inquiétudes quant à l’impact de la COVID-19 sur la santé, mais surtout la sécurité et les droits des communautés autochtones.

L’expert de l’ONU dit recevoir chaque jour des rapports en provenance des quatre coins du monde qui mettent en lumière des incidents privant les Autochtones de leur liberté ou constituant une menace pour leur intégrité physique.

Ce qui me préoccupe le plus, c’est l’absence d’attention accordée à de nombreux problèmes qui sont présentement exacerbés par la pandémie, explique-t-il en entrevue depuis Berlin.

Il faut rappeler que les Autochtones sont parmi les populations les plus vulnérables, et qu’historiquement, tous les États les ont mis de côté dans leurs politiques publiques, ajoute-t-il.

Prenez le cas d’une personne autochtone qui présente des symptômes graves de la COVID et qui parle uniquement sa langue autochtone. Comment cette personne peut expliquer à une infirmière ou un médecin qu’il ou elle a le coronavirus? Alors que ce virus n’a jamais existé dans sa langue? Comment faire quand aucun des intervenants médicaux ne parle de langue autochtone?, demande l'expert de l'ONU.

Ça concerne tout l’hémisphère, peu importe où... pensez au Cameroun, à l’Argentine, à la Colombie, au Guatemala… le personnel médical ne parle pas les langues autochtones. Pourquoi? Parce que la politique publique impose de parler anglais, français, espagnol, la langue nationale dominante, dit-il.

Des droits bafoués, selon le rapporteur de l’ONU

Selon José Francisco Cali Tzay, le décret de l'état d’urgence mène, dans certains pays, à la marginalisation des communautés autochtones et à la militarisation de leurs territoires.

Certains États ne respectent pas présentement les accords internationaux qu’ils ont signés et promis de respecter. Tout cela se fait sous le couvert du déploiement de mesures d’urgence, mais ce n’est pas vrai. En tout temps, les droits fondamentaux des Autochtones doivent être respectés. Que ce soit l’état d’urgence ou non. Je rappelle à tous les États qu’ils doivent respecter ces droits, insiste-t-il.

La militarisation peut servir à forcer les gens à s’isoler. Mais l’historique des relations entre les peuples autochtones et les forces armées [ou les forces policières] dans certains pays, pensez par exemple au Chili, à la Colombie, l’Argentine, le Salvador, le Nicaragua... peut faire ressortir de douloureux souvenirs, des atrocités ont été commises dans certains cas, et la militarisation actuelle peut être très mal perçue, explique-t-il.

José Francisco Cali Tzay souligne également que, dans certains pays, la pandémie a mené à la suspension de consultations avec les peuples autochtones ou d'études environnementales dans le cadre de projets qui se poursuivent dans le domaine de l’agroalimentaire, l’exploitation minière ou la construction de barrages, par exemple.

Des intérêts commerciaux envahissent et détruisent présentement leurs terres, leurs territoires et leurs ressources

José Francisco Cali Tzay, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des peuples autochtones

Cas d’abus sexuel sous enquête

Le rapporteur spécial dit également enquêter sur des cas d’abus sexuels sur des femmes autochtones par des militaires, mais se garde d’identifier le ou les pays concernés. On nous a rapporté des informations très préoccupantes et nous sommes en train d’enquêter, dit-il. Les peuples autochtones risquent de perdre confiance envers les autorités si cette situation perdure et cela pourrait même mener à les rendre méfiants à l'égard du système médical.

Il faut cesser de bafouer les droits des peuples autochtones et faire preuve de solidarité humaine

José Francisco Cali Tzay, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des peuples autochtones

Le rapporteur spécial souligne également l’importance de l'autodétermination : s’ils se placent en confinement, cela ne veut pas dire qu’ils ne prodigueront pas les soins requis à leurs membres s’ils ont les infrastructures pour le faire. Les États doivent comprendre que l'autodétermination est cruciale et qu'elle aide les communautés autochtones à survivre à cette pandémie.

José Francisco Calí Tzay, un Maya Cakchique originaire du Guatemala, a été désigné rapporteur spécial par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies à la mi-mars. Il siégeait auparavant au Comité sur l'élimination de la discrimination raciale de l’ONU.

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