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Revitaliser la langue crie, la mission d’un jeune Autochtone

Cameron Adams, 21 ans, est décidé à redonner vie à la langue de ses ancêtres et à la transmettre aux générations futures en devenant professeur.

Cameron Adams, un jeune garçon autochtone, assis à une table où se trouvent des livres, devant une plage au Manitoba.

Cameron Adams, 21 ans, a été reconnu étudiant représentatif de la Faculté d’éducation de l’Université de Winnipeg pour son engagement dans la revitalisation des langues autochtones.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Cameron Adams avait 11 ans quand il a su qu'il avait des ancêtres cris et ojibwés. Et c’est à l'âge de 16 ans, en rencontrant une aînée de la Première Nation de Sandy Bay, Florence Paynter, qu'il a vraiment voulu renouer avec la culture de ses ancêtres.

Florence Paynter a été envoyée dans un pensionnat autochtone plus jeune, mais elle a persisté à conserver sa langue. Ce jour-là, elle rencontrait des élèves de l’école secondaire de Cameron Adams, à Gimli, dans le cadre d’un programme d’enrichissement à la culture autochtone.

J’ai pensé : wow, elle parle ojibwé, c’est tellement cool!, raconte Cameron Adams, inspiré et déterminé à apprendre lui aussi le cri.

Enseigner tout en apprenant

Face au peu de cours et de ressources disponibles et à la grande variété des dialectes, maîtriser la langue de ses ancêtres n’a pas été facile pour Cameron Adams.

Il a commencé à se familiariser avec du vocabulaire de base sur des groupes Facebook. Il a ensuite suivi un cours de cri à l’Université de Winnipeg, dans le cadre de son programme en éducation et en études autochtones.

Mais même dans un contexte universitaire, le cri est moins accessible que d'autres langues autochtones, comme l'Ojibwé, car il est surtout pratiqué dans le nord de la province, explique Cameron Adams.

Plusieurs manuels de cri sont étalés sur une table, un jeune garçon, Cameron Adams, est en train d'en lire un.

Cameron Adams perfectionne son apprentissage à partir de manuels, mais peine à trouver une uniformité des mots dans les différents livres.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Face à cela, depuis 2 ans, Cameron Adams travaille à l’élaboration d’une application de cri afin de faciliter son apprentissage. Elle fonctionnera comme un dictionnaire, sera gratuite et non reliée à Internet, pour la rendre accessible à tous.

Mes ancêtres ont appris leur langue de leurs parents, mais nous, on doit aller à l'université et payer de l’argent pour cela.

Cameron Adams, étudiant à l'Université de Winnipeg

Moi j’ai pu suivre un cours, mais je veux donner l'occasion à tous les élèves du Manitoba et du Canada d'apprendre cette langue des Premières Nations. Nos langues sont précieuses, ajoute celui qui se considère à la fois Autochtone et Canadien français.

Cameron Adams indique avoir reçu un soutien financier d’environ 18 000 $ de l'Université de Winnipeg pour son projet de dictionnaire numérique, qui verra bientôt le jour.

Entre-temps, il poursuit son apprentissage de la langue autochtone et organise des sessions Zoom d’introduction à la langue, qui sont ouvertes à tous.

J’aimerais inciter les autres membres de la communauté à apprendre les bases. Quand j’ai commencé le cri à l’université, je ne savais pas comment dire ces phrases.

Je veux être la personne qu’un élève viendra voir pour demander : “hey, comment dit-on de l’eau en cri?”, et je lui répondrais : “c’est nipiy”.

Une bataille contre le temps

Cameron Adams craint que les langues autochtones disparaissent avec leurs derniers locuteurs, si les nouvelles générations n'essaient pas de l'apprendre.

Au Manitoba, l’âge moyen des personnes qui parlent le cri est d'environ 60 ans, indique le jeune homme.

Si dans 10 ou 20 ans on n’a plus d’aînés, qui va être la prochaine génération d’enseignants et de professeurs qui vont protéger notre langue?

Cameron Adams, étudiant à l'Université de Winnipeg

C’est à nous de prendre les choses en main, dit-il, en ajoutant que c'est pour cela qu’il veut devenir professeur.

Les langues autochtones ont peu évolué depuis des générations. Il est difficiles de les adapter au monde moderne, souligne Cameron Adams. Pour lui, la revitalisation de la langue passe par son adaptation et par l’ajout de nouveaux mots utilisés dans la vie de tous les jours.

J’ai joué toute ma vie à "Quelle heure est-il monsieur le loup" en anglais; pourquoi on n'en ferait pas une version en cri pour les enfants? demande-t-il.

Un pas vers la réconciliation

Cameron Adams a côté d'une grande statue de bois à l'effigie d'un chef autochtone. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cette statue nommée Anishinabe fait partie d'une série de sculptures de Peter "Wolf" Toth qui vise à rappeler la contribution des Autochtones dans l'histoire du Canada.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Pour Cameron Adams, l’apprentissage des bases de ces dialectes autochtones fait partie intégrante de la réconciliation. La politique d'assimilation des enfants autochtones dans les pensionnats a contribué à la perte progressive de leurs langues et cultures, indique-t-il.

Tout n’a pas été gentil dans l’histoire. Les systèmes n’étaient pas faits pour les Autochtones. Mais on peut être des alliés, on a besoin de soutenir les populations marginalisées, souligne-t-il.

C’est ce que je fais avec la langue crie, on a déjà perdu beaucoup de cet héritage, alors c’est la meilleure chose que je peux faire, conclut-il.

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