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Les Mohawks de Kanesatake bloquent le parc national d'Oka par crainte de la pandémie

Le maire d'Oka Pascal Quévillon et le grand chef Serge Otsi Simon à l’entrée principale du Parc national d'Oka.

Le maire d'Oka, Pascal Quevillon, et, en arrière plan, le grand chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon, à l’entrée principale du parc d'Oka. Des membres de la communauté de Kanesatake veulent empêcher les visiteurs d'entrer dans ce lieu afin de se protéger contre la COVID-19.

Photo : Ivanoh Demers

Des points de contrôle ont été installés mercredi matin aux deux entrées du parc d’Oka par les Mohawks de Kanesatake. Le grand chef Serge Otsi Simon, qui craint une deuxième vague de contamination au coronavirus, réclame deux semaines de pause supplémentaires.

Les parcs du réseau de la Sépaq rouvraient leurs portes mercredi matin au Québec, après presque deux mois de fermeture, mais les grilles de celui d’Oka sont actuellement protégées par des membres de l’Unité d’intervention d’urgence de Kanesatake.

On a déjà renvoyé plusieurs autos qui venaient de Montréal, explique le grand chef Simon, en précisant que si certains ne sont pas contents, d’autres comprennent entièrement.

Outre le grand chef et le maire d’Oka, Pascal Quévillon, la directrice du parc était présente sur les lieux. Elle est prise entre l’arbre et l’écorce, dit Serge Simon, parce que ce sont les politiciens qui prennent la décision.

Le maire Quévillon a ses arguments, il dit "faut apprendre à vivre, le virus est là, on ne peut pas rester confinés indéfiniment", ce que dit comprendre le grand chef Simon, mais son argument est tout autre.

On voit du progrès, les taux d’infection commencent à baisser, la mortalité commence à baisser, alors est-ce que c’est le temps de faire rouler l’économie même partiellement? Ce n’est peut-être pas la bonne décision, parce que si on revoit une deuxième vague par rapport à ça, ça ne nous aidera pas, plaide-t-il.

Plus de 300 membres [mohawks] vivent dans le village d’Oka, rappelle le grand chef, qui dit avoir l’obligation de les protéger tout autant que ceux qui vivent dans la communauté.

De son côté, le maire Quévillon dit ne pas comprendre la réaction du grand chef. Ce matin j’ai été un peu déçu de voir ça parce qu’on empêche les gens d'entrer, mais les gens de la communauté mohawk sortent à l’extérieur, ils vont à Saint-Eustache au Walmart, au Canadian Tire, au Costco. Nous, on a des gens de la communauté d’Oka qui travaillent à Montréal qui reviennent à Oka, on a des gens qui travaillent dans le milieu de la santé qui travaillent avec des patients qui ont la COVID-19, qui reviennent à Oka aussi.

Que ça soit des cyclistes, des touristes qui viennent de Montréal, Laval, si on garde nos distances, et qu'on respecte les exigences de la santé publique, il n’y en aura pas de problèmes.

Pascal Quévillon

Selon Pascal Quévillon, au-delà de la peur et de la paranoïa face au coronavirus, on est des leaders, on doit rassurer notre population, et présentement ce que le conseil mohawk fait, c’est plus une campagne de peur qu’autre chose.

Un panneau affiche l'entrée du parc national d'Oka, dans le secteur du Calvaire.

L'entrée du parc national d'Oka, dans le secteur du Calvaire.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Mais le grand chef Serge Otsi Simon demande au gouvernement qui a échoué dans sa tâche constitutionnelle de nous consulter d’attendre deux semaines avant de rouvrir le parc.

Je ne pense pas que c’est déraisonnable de demander une pause de deux semaines avec le parc.

Serge Otsi Simon

On est dans le processus de faire des adaptations avec nos commerces, les commerces d’Oka. On essaie de travailler ensemble, malgré toute la mauvaise publicité que le maire essaie de nous faire. Il cache la vraie raison : c’est qu’on essaie de sauvegarder la santé de toute notre région, pas juste les Autochtones.

Une rencontre téléphonique est prévue ce mercredi avec Sylvie D'Amours, la ministre responsable des Affaires autochtones, pour tenter de trouver une solution.

Je crois qu’on va faire du progrès aujourd’hui, pense Serge Simon, qui doit aussi parler au directeur de la santé publique des Laurentides et à la SQ. On essaie de tous travailler ensemble pour trouver une solution.

Le maire Quévillon va jusqu'à demander l'intervention de la SQ pour faire lever les points de contrôle. Une demande à laquelle la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, n'a pas donné directement suite.

Il y a des discussions qui sont en cours, notamment avec le grand chef Simon, avec mes collègues du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs, parce que le parc en question relève de la Sépaq [...] On est en train d'essayer de voir quelles solutions pourraient être trouvées. On comprend qu'il y a des inquiétudes à divers endroits, au Québec, sur la période de déconfinement que nous vivons, a-t-elle déclaré lors du point de presse quotidien des autorités québécoises.

La ministre a également mentionné que les Mohawks étaient invités à lever leurs points de contrôle. Ce n'est pas un enjeu qui relève actuellement de la Sûreté du Québec ou du ministère de la Sécurité publique.

La SQ fait toutefois circuler, à l'occasion, une voiture de patrouille devant l'entrée du parc d'Oka, mais sans plus.

Changement de ton

Le 23 avril, la communauté de Kanesatake et la Ville d’Oka s’inquiétaient de l’afflux de centaines de touristes et de citoyens tentant de pénétrer sur leurs territoires et dénonçaient le refus de Québec de leur venir en aide.

Le Conseil mohawk de Kanesatake a demandé à ses citoyens, munis de dossards, d'intercepter les véhicules. Cinq barrages routiers ont finalement été dressés pour contrôler l’entrée de Kanesatake. Mais ces contrôles se trouveraient sur le territoire de la municipalité d’Oka.

Le maire d’Oka demande toujours à la Sûreté du Québec de retirer les barrages en place. Ces contrôles routiers sont inacceptables, c’est des civils qui demandent des pièces d’identité aux gens. Quand c’est un agent de la paix qui te le demande, ben c’est un agent de la paix, et il y a une certaine confiance, mais quand c’est un civil, on ne sait pas à qui on a affaire.

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