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Tourisme autochtone : un élan brisé par la pandémie

Josée Leblanc dans son atelier à  Uashat (Sept-îles) ces jours-ci.

Josée Leblanc dans son atelier à Uashat (Sept-îles) ces jours-ci.

Photo : Les Bottes de l’espoir

Alors que la moitié des chefs d’entreprise au Canada affirment avoir perdu des revenus considérables, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), ce taux s’élève à près de 80 % chez les Autochtones, selon Tourisme Autochtone Québec. Un milieu si florissant ces dernières années que de nombreux entrepreneurs avaient mis les bouchées doubles pour emprunter et réinvestir dans un rêve devenu réalité… qui a tourné au cauchemar le 12 mars.

Ça a été un choc, un très gros choc, explique la propriétaire innue des Bottes de l’espoir (Atikuss), Josée Leblanc.

Le 12 mars, cette femme d’affaires, qui s’est lancée il y 8 ans dans le commerce d’artisanat de vêtements et d'accessoires confectionnés avec des méthodes ancestrales, revenait tout juste d’un voyage en Afrique du Sud avec sa famille. Un voyage de rêve...

À 9 heures j’étais à l’épicerie. À 11 heures j’étais confinée chez moi. J’avais 14 employées… je faisais juste écouter la TV… et au fur et à mesure qu’il y avait des annonces supplémentaires, je devais licencier des gens. Je pleurais tous les jours, raconte-t-elle.

En plus de son atelier-boutique de tannage, perlage et tissage à Uashat (Sept-Îles) où elle réside, elle s’apprêtait à lancer sa collection 2020 dans sa nouvelle boutique du Vieux-Québec, rue St-Louis.

Au fil des ans, Josée Leblanc, ancienne directrice générale d’un Centre d’amitié autochtone, s’est fait un devoir de valoriser le travail des femmes, particulièrement des perleuses, en augmentant leur salaire de 3 $ à 20 $ de l'heure entre 2014 et aujourd'hui. 

Elle collabore notamment avec l’organisme Chez Doris, à Montréal, un refuge pour femmes en difficulté – où se trouvent de nombreuses femmes autochtones – leur permettant de gagner un salaire en confectionnant ses mocassins ou ses bottes perlées.

Vous savez, chaque perlage raconte une histoire des Premières Nations. C’est une façon pour les femmes de se réapproprier leur culture, de se réinsérer dans la société. Souvent elles ont vécu la violence, elles se sont retrouvées à la rue… Ça les aide à payer un premier logement, explique-t-elle.

Ça a été très difficile, sur le plan de la santé mentale… vous comprenez ? Je me suis dit… c’est fini…tout mon travail, 7 jours sur 7… toutes ces années… mais en même temps.. je me disais… je dois sauver cette entreprise, ces emplois-là, explique-t-elle, la gorge nouée.

Environ 5 % à 6 % de la clientèle de Josée Leblanc provenait de la région de Québec. 

Ma clientèle c’étaient les croisiéristes et les clients du Château Frontenac, qui passaient le soir, sur la Grande Allée.

À bout de souffle, un jour, au gré d’une discussion virtuelle avec ses soeurs, Josée Leblanc a une idée. 

Je parlais sur Skype avec elle. L’une de mes sœurs, sa fille est médecin et l’autre pharmacienne. On parlait de masques. Et à partir des consignes qu’elles avaient eues, je me suis dit : faut qu’on développe un masque!, relate-t-elle.

Josée Leblanc se remet sur sa machine à coudre. Elle qui l’avait délaissée pour faire du développement et du marketing ses dernières années.

De fil en aiguille… Elle s’organise même avec le Conseil des Innus d'Ekuanitshit pour rapatrier une artisane de la communauté.

Elle confectionne... un, puis deux, puis… 500 masques.

Au début on était trois : moi, mon garçon et une employée, puis j’ai ramené des employés tranquillement, relate-t-elle.

Un masque confectionné par les Bottes de l'espoir (Atikuss).

Un masque confectionné par les Bottes de l'espoir (Atikuss).

Photo : Les Bottes de l'espoir (Atikuss)

Depuis un mois, des masques perlés selon les méthodes ancestrales, mais aussi des masques carreautés, beiges, noirs, rouges ainsi qu’aux couleurs de la chasse, voient le jour. 

J’ai mis ça sur les réseaux sociaux et j’ai tout de suite eu des commandes (...) des entrepreneurs en construction, des citoyens, beaucoup de gens de Sept-Îles, poursuit-elle.

Josée Leblanc estime avoir produit environ 2000 masques en un mois. Elle ne fait pas de profits, mais elle réussit à maintenir son entreprise en vie, en payant les comptes de base (assurance, loyer, etc.).

On travaille 10 fois plus, pour 10 fois moins… je retombe complètement à la base, mais ça permet de passer à travers la crise, explique-t-elle.

Elle prévoit produire des masques jusqu’en décembre 2020, mais, surtout, elle estime que cet accessoire deviendra, en quelque sorte, intégré à la société.

Comme un vêtement, ça peut devenir le reflet de la personnalité. Les gens ont besoin de ça, dit-elle.

C’est une crise qui fait très mal, alors que le tourisme autochtone n’avait jamais connu d’aussi bonnes années.

Dave Laveau, directeur général, Tourisme Autochtone Québec

Le directeur général de Tourisme Autochtone Québec, est catégorique : la pandémie a fait mal. Et la reprise passera inévitablement par le marché intérieur et le virage numérique. 

Ça a frappé très fort. De nombreuses entreprises se demandent même si un jour elles rouvriront. Il y a eu beaucoup de mises à pied. Non seulement on a des régions qui se sont fermées, confinées… mais les communautés autochtones ont fermé leurs accès, pour des raisons que l’on comprend, explique-t-il.

Le tourisme autochtone au Québec

  • 220 entreprises
  • 18 régions touristiques
  • 40 000 emplois
  • 1 million de visiteurs uniques

Tourisme Autochtone Québec s’apprête à faire une annonce dans les prochains jours, pour aider les entreprises sur le plan du virage numérique, sur le plan des mesures sanitaires (payer à l’avance, distanciation dans les files d’attente, etc.) mais aussi sur le plan fiscal.

Le directeur général de Tourisme Autochtone Québec voit néanmoins cette crise comme une opportunité.

Il faut que les Québécois deviennent nos ambassadeurs. (...) Le tourisme autochtone est en santé. Lorsqu’on sera prêts à rouvrir, la mise en marché québécoise sera plus importante. Et le tourisme, c’est un outil très fort. On peut construire un tourisme très constructif, pour le rapprochement (...) entre Autochtones et non-Autochtones, explique-t-il.

Dave Laveau constate aussi que la pandémie a été plus difficile pour les plus grosses entreprises.

Les plus gros, c’est majeur!, parce que le retour à la rentabilité d’entreprise est dur à prévoir, confie-t-il.

L'Hôtel-Musée Premières Nations de Wendake en est un exemple. Employant 150 personnes à temps plein et à temps partiel en provenance de 9 nations, l’entreprise a été prise de court.

Photo de Nathalie Vincent Sirois, directrice des opérations et ressources humaines (Tourisme Wendake), Valérie Roussel, directrice (Musée Huron-Wendat), Kathleen Rock, directrice de la réception (hôtel-musée des Premières Nations) et Colombe Bourque directrice générale de l'hôtel-musée des Premières Nations et de l'industrie touristique de Wendake.

Nathalie Vincent Sirois, directrice des opérations et ressources humaines (Tourisme Wendake), Valérie Roussel, directrice (Musée Huron-Wendat), Kathleen Rock, directrice de la réception (hôtel-musée des Premières Nations), et Colombe Bourque, directrice générale de l'hôtel-musée des Premières Nations et de l'industrie touristique de Wendake.

Photo : Mathieu Lepire

Nous on était complet pour le mois de mars. Le vendredi 13 mars, on devait avoir un groupe de Parcs Canada, ça a été notre première annulation. Mais moi, toute la bouffe était commandée! Puis le dimanche, normalement, l’hôtel aurait été plein… les employés me regardaient et me demandaient : qu’est-ce qu’on va faire? J’allais dans la salle bain et je pleurais... , confie Colombe Bourque, directrice générale de l'hôtel Musée Premières Nations. 

C’est difficile, mettre à pied 140 personnes… vous savez? Quand tu es dg, c’est toi qui as les solutions, mais je ne les avais pas, les solutions…, explique-t-elle.

Les employés seront rencontrés un à un, Colombe Bourque organisant même un zoom collectif pour prendre de leurs nouvelles. Elle attendait de 10 à 15 personnes tout au plus… il y en aura 37.

L'hôtel-musée des Premières Nations à Wendake.

L'hôtel-musée des Premières Nations à Wendake.

Photo : Hôtel-musée des Premières Nations (Wendake)

On a cuisiné la nourriture qu’on avait. On tout mis ça dans des sous-vide. Pour les familles dans le besoin, au cas où

L’hôtel-Musée Premières Nations s’apprêtait à investir des millions de dollars pour construire de nouvelles chambres et deux nouvelles salles de réunion.

La roulotte de chantier devait arriver le 18 mars… la construction devait débuter le 23 mars. Le projet est sur pause, explique-t-elle.

Mais la Beauceronne pense déjà à la réouverture, prévue le 1er juillet ou plus tôt, selon les annonces gouvernementales. Et ce, même si le populaire restaurant de gastronomie autochtone La Traite devra accueillir la moitié de la clientèle habituelle.

On a 120 places dans le restaurant, ce sera 50 places en respectant la distanciation, explique-t-elle.

Pour Colombe Bourque, c’est l’occasion pour les Québécois de voyager dans une culture différente, chez eux.

Quand on va en Afrique, on veut découvrir une culture différente, des mets différents… moi ici, le client va tripper!, assure-t-elle.

Les Québécois, on va les accueillir comme les Hurons-Wendat font depuis 1534! Le cercle autochtone (...) qui est basé sur l’égalité (...) est plus ouvert que jamais. Les gens de Québec, amenez votre visite!, conclut la directrice générale.

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