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Un outil trilingue en ligne pour parler le wolastoqey

Une oeuvre de l'artiste Josée Longchamps.

Une oeuvre de l'artiste Josée Longchamps.

Photo : Courtoisie Josée Longchamps / Josée Longchamps

Les seuls locuteurs parlant encore la langue des Wolastoqiyik (Malécites) s’expriment majoritairement en anglais. Aucune ressource n’existait pour permettre aux francophones de cette nation de l’apprendre. Ce n’est plus le cas. Un lexique et des modules d’apprentissage viennent d’être mis en ligne.

Le ténor Jeremy Dutcher a révélé la langue de ses ancêtres, les Wolastoqiyik (Malécites), à un large auditoire en intégrant de vieux enregistrements de chants traditionnels sur son premier album.

La philosophe Edith Bélanger, qui est également étudiante à l’ENAP et à l’institut de leadership wabanaki de l’Université du Maine et chroniqueuse à Espaces autochtones, souhaitait aller plus loin en reconnectant les membres de sa communauté avec cette langue presque oubliée.

Jeremy est anglophone, Edith est francophone, mais tous deux sont membres de la Première Nation Wolastoqiyik. Une nation dont le territoire a été écartelé par des frontières pour créer le Québec, le Nouveau-Brunswick et l’État du Maine, et une nation aujourd’hui partagée entre le français et l’anglais.

L’outil développé par Edith Bélanger (Nouvelle fenêtre) et une équipe de collaborateurs permet de rapprocher les uns et les autres autour d’un but, parler la langue commune.

Wolastoq, c’est la rivière, la rivière qui a été renommée la rivière Saint-Jean par Champlain, explique Edith Bélanger.

Woli, ça veut dire "c’est beau, c’est bien", donc c’est la rivière qui est belle, qui est bonne. Et iyik, ce sont les gens. Ainsi, Wolastoqiyik se traduit par "les gens de la Belle Rivière".

Wahsi veut dire un endroit qui est éloigné de nous, poursuit Edith, pek, c’est comme Québec, ça réfère à de l’eau; kuk, c’est un endroit. Donc Wahsipekuk, ça veut dire "la place qui est là-bas proche [de là où] l’eau fait ça". 

Oeuvre de Josée Longchamps, l’arbre-rivière est, selon la légende, à l’origine de la Wolastoqey.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Oeuvre de Josée Longchamps, l’arbre-rivière est, selon la légende, à l’origine de la Wolastoqey.

Photo : Courtoisie Josée Longchamps

Cet endroit, c’est la région de Rivière-du-Loup, et Cacouna, le territoire ancestral.

Membre de la famille des langues algonquiennes, le wolastoqey latuwewakon a des racines communes avec le micmac et l’algonquin. Et comme les autres langues autochtones, elle est très descriptive.

Environ 8300 personnes pourraient se réapproprier la langue ancestrale grâce à cet outil développé par Edith Bélanger, elle- même une apprenante.

J’ai appris par moi-même, c’était très compliqué parce que je ne savais même pas comment ça sonnait, la langue, je ne l’avais jamais entendue.

Armée d’un gros dictionnaire, elle étudie d'abord la phonétique des mots et les apprend par cœur en espérant les prononcer de la bonne manière.

Une rencontre avec Allan et Ron Tremblay sera déterminante pour la suite de son apprentissage et le développement de son outil.

Ces Wolastoqiyik de Tobique, au Nouveau-Brunswick, ont toujours parlé leur langue, comme leurs huit frères et sœurs. Ils offrent à Edith de la lui enseigner : le premier par des conversations informelles sur Messenger, et le second grâce à un cours en ligne (en anglais seulement) qu’il a développé. 

Le travail de fin de session de ce cours sera l’amorce de son propre projet.

Wolastoqewatu! Parlons maintenant!

J’ai eu l’idée de faire un module trilingue parce que, pour être corrigé, il fallait que je l’écrive en anglais déjà, et mon but c’était de le donner à ma Première Nation.

Kevin Morais, le chef conseiller de la communauté, en parle à Camil Girard, du laboratoire des langues de l’UQAC. Ce dernier n’en revient pas, c’était la seule langue autochtone qui lui manquait.

Il demande à Edith de préparer neuf autres modules de conversation, qu’elle réalisera grâce à l’apport financier de Patrimoine Canada.

L’enveloppe budgétaire permettra aussi de compiler un lexique de 3000 mots à partir d’un dictionnaire développé par les Passamaquoddys, une nation sans statut légal installée au Nouveau-Brunswick et dans le Maine qui partage la même langue.

Une partie du lexique de mots reliés à la cuisine mis sur pied par la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk

Une partie du lexique de mots reliés à la cuisine mis sur pied par la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk

Photo : Courtoisie Toute l’équipe de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk

Moi, ce que je voulais vraiment donner aux gens, c’était une base en conversation, raconte Edith Bélanger. Alors le site a été pensé pour offrir un apprentissage contextualisé. T’es en situation. Pour moi, c’est comme ça qu’on peut l’apprendre, la langue, avec plus de plaisir aussi.

La constatation la plus étonnante qu’a faite Edith en se réappropriant sa langue, grâce à l'apport inestimable des aînés et des locuteurs, tient-elle à souligner, a été de découvrir les mots anglais ou français qui sont venus l’enrichir à partir des premiers contacts entre Autochtones et Européens.

Des mots révélateurs tels lahpihkut (la picote) pour la variole ou lakalet (la galette) pour la banique.

Une phase deux à ce module web de langue est maintenant envisageable, ce qui permettra de bonifier le lexique.

Outre l’addition de nouveaux mots, Edith Bélanger aimerait ajouter d’autres activités d’apprentissage pour le rendre encore plus accessible.

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