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Kiuna et le Wapikoni mobile s'unissent pour former des cinéastes autochtones

Tournage réalisée par une femme autochtone grâce au Wapikoni.

Tournage réalisé grâce au Wapikoni.

Photo : Wapikoni mobile

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Un programme en cinéma autochtone, offert dès cet automne au collège Kiuna, à Odanak, en collaboration étroite avec le Wapikoni mobile, formera une nouvelle génération de créateurs autochtones.

En cette période de pandémie, les studios ambulants de création du Wapikoni mobile resteront stationnés le temps que la vie reprenne son cours normal.

Le seul qui prendra la route, c’est celui qui se rendra à l’Institution Kiuna, l’unique centre d’études collégiales destiné aux Premières Nations au Québec.

Une trentaine d’étudiants devraient se l’approprier, sinon plus. Ces étudiants formeront la première cohorte admise en cinéma à Kiuna, soit 15 étudiants en français et autant en anglais.

Les arts sont omniprésents à Kiuna, précise Prudence Hannis, la directrice associée de l’institution. Chanson, poésie, création littéraire, diverses formes d’art visuel [sculpture, peinture], photo : ne manquait que le cinéma.

Le 7e art est arrivé par l’intermédiaire de deux professeurs, Daniel Brière et Paul Grant. Avec eux, il devenait permis de rêver, puisque tous deux souhaitaient approfondir le monde du cinéma.

Le passage, en novembre dernier, de la directrice générale du Wapikoni mobile, Odile Joannette, dans les locaux de Kiuna permettra de concrétiser l’idée de départ.

Je me suis dit, c’est impensable de partir un programme de cinéma sans s’associer avec une organisation [le Wapikoni mobile] qui est là depuis plus de 15 ans, qui est dans les communautés, qui a beaucoup d’affinités entre ce qu’il fait et nous, explique Prudence Hannis.

Un des défis du Wapikoni, c’est qu’on se fait solliciter par les programmes de cinéma de [l’Université] Concordia, les programmes de l'INIS, qui coûtent très cher, renchérit Odile Joannette. Ce sont des modèles éducatifs qui ne correspondent pas à la facilité d’accessibilité pour nos créateurs.

Kiuna, le seul cégep entièrement destiné aux Premières Nations.

L'Institution Kiuna à Odanak au Québec

Photo : Institution Kiuna

Un tremplin intermédiaire

Même si certains créateurs autochtones, qui ont tourné avec le Wapikoni, ont déjà un portfolio bien rempli, l’écart est trop important, constate Odile Joannette. C’est encore insuffisant pour faire le saut vers les programmes universitaires ou même vers l'INIS. Il nous fallait un intermédiaire.

Et cet intermédiaire, c’est le collège Kiuna. Outre l’expérience acquise dans les communautés grâce aux studios ambulants de création du Wapikoni pour certains et les études plus poussées à l’université pour d’autres, le collège permettra aux étudiants intéressés d’obtenir un diplôme préuniversitaire reconnu par le ministère de l’Éducation et d'obtenir une reconnaissance du milieu.

Dans l’industrie du cinéma et de la télé, on l’entend ce besoin aussi. On a déjà l’appui de plusieurs boîtes de production ouvertes à accueillir les étudiants, les stagiaires, se réjouit Prudence Hannis.

Le Wapikoni mobile a été cofondé en 2003 par Manon Barbeau; son lancement a eu lieu en 2004 dans le cadre du festival Présence autochtone à Montréal.

Le Wapikoni mobile a été cofondé en 2003 par Manon Barbeau; son lancement a eu lieu en 2004 dans le cadre du festival Présence autochtone à Montréal.

Photo : Mathieu Buzzetti

Une signature artistique spécifique aux peuples autochtones

Odile Joannette souhaite aussi challenger les génériques pour que ça représente notre façon de comprendre la propriété d’une œuvre, beaucoup plus collective.

Elle ajoute qu’il faut se coller sur nos protocoles culturels, nos valeurs culturelles. Défendre cet espace de souveraineté narrative complète.

Le cursus inclura des cours d’histoire des Premières Nations, de science politique, de littérature autochtone, de psychologie. On y racontera l’histoire des pensionnats. On abordera les impacts intergénérationnels, la colonisation et la Loi sur les Indiens.

Les étudiants vont avoir les habiletés techniques de scénarisation, de montage, d’esthétique, avec un bagage de sciences humaines qui va leur permettre de bien cerner nos conditions d’évolution sociale; c’est vraiment une combinaison habile et nécessaire, précise Prudence Hannis.

« Il y a un réel besoin de pouvoir se raconter, se représenter nous-mêmes. »

— Une citation de  Prudence Hannis
Prudence Hannis, directrice de l'Institution Kiuna.

Prudence Hannis, directrice de l'Institution Kiuna

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

Ce que tout le monde souhaite, c’est de créer une nouvelle génération d’artistes, de créateurs qui puissent aussi proposer un portrait qui va permettre l’épanouissement de la jeunesse et transformer les préjugés, le regard de l’Autre sur nous.

Les non-Autochtones peuvent aussi s’inscrire, tient à rappeler Prudence Hannis. Ils deviennent des vecteurs de changement, des éducateurs intermédiaires. On est très ouverts à ça.

Préparer le territoire pour les prochaines générations

Membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, auparavant appelée la Première Nation Malécite de Viger, Daniel Brière, cinéaste et professeur de cinéma à Kiuna, souhaite redéfinir le cinéma. On va s’approprier ce médium-là et donner la couleur, la vision autochtone et son esthétisme.

En fin de compte, cela permettra de mieux s’entendre, mieux comprendre, mieux écouter ce que les jeunes ont à dire. Les prochaines générations vont avoir leur place maintenant, ce ne sera pas juste de la représentation, mais ça va être de l’autoreprésentation.

Il faut occuper l’espace, ajoute Odile Joannette, en précisant que ça nécessite qu’on crée des contenus.

« On reconnaît le cinéma américain, on reconnaît le cinéma français, je rêve du jour où on va reconnaître le cinéma autochtone. »

— Une citation de  Odile Joannette
Image d'Odile Joannette, directrice générale du Wapikoni mobile.

Innue et québécoise, membre de la Première Nation de Pessamit sur la Côte-Nord, Odile Joannette est directrice générale du Wapikoni mobile. Elle travaille depuis vingt ans à la défense et à la promotion des droits des peuples autochtones.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

Selon elle, cette collaboration entre l'Institution Kiuna et le Wapikoni mobile offrira un espace de liberté très porteur qui permettra aux étudiants d’être eux-mêmes et de ne pas tenter d’être mainstream parce que c’est comme ça qu’on pense qu’on va réussir, dit Odile Joannette.

Dans le monde de la production, il y a un réel besoin. L’ONF, APTN : l’attente est là de la part du milieu, mentionne Daniel Brière.

L’appui également. À preuve, le don d’une caméra professionnelle, offerte par Angie-Pepper O’Bomsawin, réalisatrice et propriétaire de Peppered Films, qui a voulu témoigner de son enthousiasme face à cette nouvelle initiative.

La formation offerte au collègue Kiuna touchera tous les corps de métier, permettant à chacun de trouver le domaine plus spécifique qui l’intéresse, dit Daniel Brière.

Les stages leur permettront de préciser plus clairement leur choix. En fin de compte, ils achèveront leur formation de deux ans avec un portfolio bien rempli qui deviendra une incroyable carte de visite pour la suite.

Créer dans sa langue maternelle

L’autre professeur de cinéma, Paul Grant, a vécu six ans aux Philippines, il y a enseigné le cinéma et y a réalisé des films. Il souhaite s’inspirer de cette expérience pour inciter les étudiants à créer dans leur langue maternelle.

Tous les films étaient réalisés dans la langue officielle ou en anglais dans ce pays, mais il y avait peu ou pas de représentation des cultures minoritaires à l’écran ou dans les médias nationaux.

Après des recherches sur la représentation de ces cultures au cinéma et dans les productions médiatiques, il a découvert qu’un certain nombre de productions avaient été présentées dans les années 1950 à 1970, mais qu’elles avaient ensuite été perdues.

Le cinéaste a, un jour, retrouvé un film qu’il a présenté publiquement, et la foule est devenue wild en découvrant ce film, parce que pour la première fois ces gens voyaient leur langue représentée d'une manière nouvelle, alors que la langue dominante avait toujours été la seule présente.

J’espère que nous pourrons reproduire ce même sentiment de fierté avec les étudiants à Kiuna, souhaite Paul Grant. Et leur épanouissement, ajoute-t-il, que ce soit en poursuivant leurs études à l’université ou en retournant dans leur communauté pour y travailler.

J’aurais rêvé adolescente avoir un Wapikoni, et quand j’étais cégépienne, avoir un Kiuna, dit Odile Joannette, qui conclut que ce nouveau programme va répondre à un réel besoin.

Une renaissance autochtone qui permet de croire en ses capacités, son potentiel, et qui permet de créer les lendemains pour les nouvelles générations.

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