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Québec et Ottawa se relancent la balle concernant la santé des Autochtones

Justin Trudeau, de profil.

Le premier ministre Justin Trudeau s'adresse aux Canadiens tous les jours à 11 h 15 devant sa résidence de Rideau Cottage, à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Depuis le début de la pandémie, le premier ministre Justin Trudeau répète que la santé des Autochtones lui tient à coeur. De son côté, Québec dit compter sur Ottawa pour assurer qu’ils reçoivent un financement « adéquat ». Or, des chefs autochtones affirment que l’aide fournie est insuffisante. Jeudi, 90 scientifiques canadiens ont ajouté leurs voix à ces préoccupations.

Il reste encore beaucoup à faire, on commence à avoir quelques cas, c'est très préoccupant et on y travaille, s’est limité à dire vendredi Justin Trudeau, lors de son point de presse quotidien.

Il y a 37 cas officiellement répertoriés de membres de communautés autochtones ayant contracté le virus, soit plus du double depuis la semaine dernière. 

Selon les informations d’Espaces autochtones, ces chiffres officiels sont toutefois en deçà de la réalité. Les données sur les Autochtones sont souvent noyées dans les données régionales, comme c'est le cas à Kahnawake, qui apparaît dans le bilan de la Montérégie.

Même chose sur la Côte-Nord, où le bilan des cas à Uashat mak Mani-utenam est établi par le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Côte-Nord. Le conseil de bande demande d'ailleurs de s'adresser à cet organisme pour les suivis.

Sans compter que plus de 51 % des Autochtones au Canada vivent en milieu urbain.

On est préoccupés par la vulnérabilité des communautés autochtones, on a investi dès le début

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Ces derniers jours, l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) ainsi que des chefs autochtones de l’Ontario ont déploré le manque de ressources en matière de santé et de sécurité publique pour lutter contre la propagation du virus dans leurs communautés. 

Près de 90 scientifiques issus des plus prestigieuses universités canadiennes ont ajouté jeudi leurs voix à ces préoccupations. Ils rappellent dans une lettre ouverte qu’un Autochtone sur cinq vit dans un logement nécessitant des réparations majeures (y compris des systèmes de ventilation déficients) et dans une maison surpeuplée. 

Ils soulignent également que de nombreuses communautés n’ont pas d’eau potable et que la prévalence de l’insécurité alimentaire était quatre fois supérieure à la moyenne canadienne avant la crise alors qu’elles sont plus que jamais isolées.

Selon ces chercheurs, les Autochtones subissent également du racisme systémique exacerbé durant la pandémie. 

Des incidents ont notamment été relevés chez les Innus alors qu’au moins deux personnes infectées, dont l’une est dans un état critique, se sont vu refuser des tests de la COVID-19. 

Des membres de communautés autochtones ont également été refoulés de supermarchés parce qu’ils achetaient de grandes quantités de produits pour leurs aînés.

Statu quo au Québec

Dès le début de la crise, Ottawa a annoncé une aide de 305 M$ pour les communautés autochtones. 

Cette semaine, l’Ontario a annoncé une aide additionnelle de 37 M$ .

Au Québec, malgré les demandes répétées de chefs autochtones, ni le ministère des Affaires autochtones ni le ministère de la Sécurité publique n’envisagent de bonifier l’aide octroyée.

Dans le contexte actuel, nous laissons au gouvernement fédéral le soin de s’assurer que le financement des services sur communautés soit adéquat, a affirmé mercredi la ministre responsable des Affaires autochtones Sylvie d’Amours, par la voix de son attachée de presse, Lauréanne Fontaine.

De son côté, le cabinet du premier ministre François Legault se limite à dire qu'il est bien au fait des défis de santé et de sécurité dans les communautés autochtones du Québec.

Sans confirmer ni infirmer le manque d’effectifs en matière de sécurité publique et l'insuffisance de ressources médicales, comme le soulignait vendredi l’APNQL, Québec assure que tout est en oeuvre pour répondre aux demandes des communautés autochtones.

La SQ assure une coordination avec les 22 corps de police autochtones en opération dans la grande majorité des communautés des Premières Nations et Inuit lors de deux rencontres téléphoniques par semaine. Ces rencontres permettent d’échanger sur les besoins et les meilleures pratiques, a déclaré lundi à Espaces autochtones l’attaché de presse du premier ministre du Québec, Ewan Sauves.

Nous avons installé des points de contrôle policiers dans plusieurs régions du Québec. (...) En parallèle, nous avons facilité le recrutement de gardiens à l’intérieur même des communautés, à l’aide des fonds fédéraux rendus disponibles aux communautés par le biais de différents programmes. Ce processus est en cours et nous allons continuer d’accompagner les communautés dans leurs efforts. (...) Pour le moment, nous n’envisageons pas d’autres implications des Forces armées canadiennes, conclut-il.

Avec la collaboration de Laurence Niosi

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