•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'amour d'une grand-mère et de sa petite-fille au temps du confinement

Katia Bacon et sa grand-mère Cécile Bacon, des Innues de Pessamit, sur la côte nord du fleuve Saint-Laurent.

Katia Bacon et sa grand-mère Cécile Bacon, des Innues de Pessamit, sur la côte nord du fleuve Saint-Laurent

Photo : Gracieuseté de Katia Bacon

Katia Bacon vit à Montréal, sa grand-mère, Cécile Bacon, habite dans la communauté innue de Pessamit sur la Côte-Nord. Toutes deux sont confinées, mais trouvent le moyen de rester proches, malgré les 600 et quelques kilomètres qui les séparent.

Tous les jours, elles prennent des nouvelles l’une de l’autre. Tous les jours, elles se disent que ça va bien aller.

Installée à Montréal depuis cinq ans, Katia Bacon a apprivoisé la solitude, et ça ne lui déplaît pas.

On est du monde communautaire; la solitude, ce n’est pas pour nous, mettons!, explique la jeune femme en parlant de sa nation. Moi j’ai appris à vivre seule et ça s’avère que j’aime ça, dit-elle.

Mais solitude et confinement ne veulent pas dire la même chose. Je capote un peu parce que je n’aime pas travailler de chez moi, j’ai besoin de changer d’environnement. Faire l’épicerie, c’est quelque chose que je détestais, maintenant c’est comme une sortie spéciale.

Katia appelle sa grand-mère tous les jours, une habitude prise bien avant l’arrivée du virus. L’une et l’autre s’encouragent, car, même si c’est quelqu’un qui ne sort pas beaucoup, dernièrement, elle a eu un moment de découragement.

Elle et moi on est proches, on fait un, explique Katia qui a été élevée par sa grand-mère la plupart du temps, pendant que la mère était aux études.

Avant ce bouleversement, Cécile Bacon, 87 ans, avait un emploi du temps chargé.

Chaque jour, elle allait à l'église. Le matin pour le chapelet, le soir pour la messe. Elle a changé ses habitudes, elle écoute maintenant la récitation du chapelet à la radio communautaire et prie seule à la maison. Fini le bingo aussi, puisqu’il n’est plus possible de sortir acheter les cartes de bingo. Elle compare cette pause au carême actuel, une quarantaine nécessaire, rigole-t-elle.

Elle ne se promène plus à pied non plus. Sa seule sortie se déroule en auto pour faire un petit tour du village en toute sécurité.

Mais pas question d’aller plus loin, Pessamit est en confinement total depuis le 4 avril. La veille, le Conseil des Innus de Pessamit avait confirmé un premier cas de COVID-19 dans sa communauté.

Cécile Bacon est une aînée de Pessamit, une communauté innue de la côte nord du fleuve Saint-Laurent.

Cécile Bacon est une aînée de Pessamit, une communauté innue de la côte nord du fleuve Saint-Laurent.

Photo : Gracieuseté de Katia Bacon

Celle qui a travaillé toute sa vie était régulièrement invitée à communiquer des pages de son histoire personnelle et de celles des Innus en général dans les écoles de la communauté de Pessamit.

Le professeur à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa, Jean-Paul Lacasse, faisait aussi appel à elle lorsqu’il se rendait à Uashat-Maliotenam avec ses étudiants en droit. Ceux-ci venaient parfaire leurs connaissances sur la culture juridique et politique innue.

Cécile Bacon et d’autres aînés des différentes communautés de la Côte-Nord étaient invités à venir raconter et comparer leur mode de vie d’autrefois à celui d’aujourd’hui.

Pour le moment, toutes ses activités sont en veilleuse. Pour passer le temps, elle cuisine, même si on [le] lui interdit souvent, précise à la rigolade Linda, une de ses filles avec qui elle habite.

Le congélateur est rempli de viande de bois que les chasseurs lui ont fournie, elle a de quoi tenir un bon bout de temps. Les autres provisions ont été faites à Baie-Comeau avant la fermeture de la communauté, sinon on a des petits magasins à Pessamit, précise Linda. Ces services essentiels continuent d’être approvisionnés.

L’aînée dit être rassurée que tout le monde respecte le confinement obligatoire, même si elle avoue s’ennuyer de sa grande famille.

Chaque jour, ses enfants venaient lui rendre visite, m’explique Linda, qui joue l’interprète pour cette entrevue accordée à Espaces autochtones. Cécile parle l’innu, elle comprend un peu le français.

L’aînée a élevé 15 enfants, qui ont eu à leur tour 28 enfants. Ces derniers ont donné naissance à une quinzaine d’autres petits Innus. Cécile commence à perdre le compte.

Ceux qui vivent à Pessamit la saluent de loin en ce moment, beaucoup lui téléphonent, à l’instar de Katia.

Tous ont hâte de se retrouver une fois la pandémie passée.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !