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chronique

Sagesse proverbiale

Comment retrouver nos repères dans une période aussi trouble, sinon en faisant de la place à des idées et des attitudes nouvelles?

Une fenêtre avec des oiseaux peints aux couleurs de l'arc-enciel

L'époque nous oblige à inventer et à accueillir le nouveau.

Photo : Radio-Canada

Edith Bélanger

Mon grand-père Maurice était un homme sage. Pour chaque situation, il avait un proverbe à offrir. Étant moi-même philosophe à mes heures, je mentirais si je disais que je ne prends pas plaisir également à voir le monde sous l’angle des paraboles et des dictons. Après tout, ces perles de sagesse nous invitent souvent à voir la réalité sous un autre angle ou encore à tirer des leçons ou une morale des situations en apparence absurdes.

Au cours des dernières semaines, nous avons perdu nos repères. Chacun de notre côté, dans nos vies, avons dû nous réorganiser, repenser nos fonctions, gérer un quotidien complètement chamboulé et, surtout, prendre des décisions, souvent en se retournant sur un « dix cents ».

J’ose à peine imaginer ce que cela doit être quand on dirige un gouvernement, une grande organisation ou une communauté autochtone.

Alors que le sort de nombreuses personnes dépend de la rapidité des mesures mises en place et des décisions qui sont prises, les leaders doivent, plus que jamais, faire preuve de créativité et se montrer proactifs. Je suis impressionnée par la force et l’autorité positive déployées ces jours-ci par plusieurs dirigeants.

Comme disait mon grand-père : « Quand on veut, on peut! »

Edith Bélanger est une diplômée de philosophie de l’Université Laval. Elle poursuit actuellement des études en administration publique en contexte autochtone à l’ENAP. Elle est membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite).

Mesures d’urgence obligent, on ne s’est pas enfargé dans les fleurs du tapis lorsqu’il a été le temps de fermer la circulation non essentielle dans plusieurs communautés autochtones.

De la même façon, le ministre Mark Miller n’a pas cherché midi à quatorze heures quand il a annoncé, plus tôt cette semaine, une aide financière d’urgence pour aider les Inuit et des Premières Nations nordiques. Cet argent vise notamment à assurer que les communautés aient un approvisionnement suffisant en eau potable.

Enfin! Avouons qu’il était temps… Faut-il comprendre qu’il ne sera plus nécessaire de faire un dessin de l’éléphant dans la pièce pour montrer que les conditions sanitaires dans certaines communautés autochtones sont inacceptables et indignes d’un pays comme le Canada?

Rappelons-nous qu’il y a à peine quelques semaines, ce même ministre évoquait la difficulté d’assurer l’approvisionnement en eau potable sur les différentes réserves malgré l'engagement de son parti lors des dernières élections.

D’aucuns avaient alors critiqué le manque de volonté politique et avaient même fait une analogie avec la crise ferroviaire en se demandant pourquoi il serait possible de construire des tuyaux pour acheminer le pétrole et le gaz naturel, mais pas pour l’approvisionnement en eau potable.

J’entends Maurice dans ma tête qui me dit : « La fin justifie les moyens! »

En effet, je pense que tout le monde reconnaît le caractère exceptionnel de la situation. Les dirigeants doivent composer avec de nombreuses variables inconnues et, pour une fois, ils seront jugés par leurs actions plutôt que par leurs promesses. Ça tombe bien, car il paraît que bien faire vaut mieux que bien dire…

Raison de plus pour saisir cette opportunité de décentraliser la prise de décisions afin de se rapprocher des besoins des différentes communautés.

Plusieurs conseils de bande et organisations autochtones sont actuellement en train de passer un examen pour lequel ils n’ont étudié. Ils seront évalués sur leur capacité à mettre en œuvre des plans d’urgence adaptés aux besoins de leurs membres et à faire preuve d’autonomie et d’une saine gouvernance en temps de crise.

Je fais le pari que plusieurs communautés y arriveront et en ressortiront plus fortes avec un intérêt accru pour l’autonomie. Il paraît qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Je fais aussi un souhait, celui que les gouvernements provinciaux et fédéral, au sortir de cette crise, analysent les initiatives et les mesures prises par les Premières Nations avec un nouveau regard, moins paternaliste et plus centré sur les besoins des collectivités.

Par exemple, j’espère que le Québec constatera qu’il a tout intérêt à reconnaître et à encourager l’autonomie des communautés autochtones, qu’il n’a rien à perdre à s’engager dans cette voie.

Au contraire, avouons que, pendant que le gouvernement Legault en a plein les bras, il doit être vraiment soulagé de voir que les communautés font preuve d’autant d’esprit d’initiative et de leadership.

Je me permets de rêver que dans un avenir rapproché nos dirigeants sauront conserver cette capacité de se mettre en action, de passer en mode solutions.

Trop souvent, on fuit le dialogue, on se cache derrière des politiques, des programmes, des protocoles, des budgets, des mandats. On est tellement déconnectés qu’on oublie qu’il y a des gens, des vies derrière tout ça.

C’est quand même troublant de voir que malgré les beaux discours, ça prend des crises majeures pour générer des changements.

Au fond, il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur. C’est souvent en traversant une période de crise que les remises en question ont lieu et que la place est faite à des idées et des attitudes nouvelles. Il s’agit souvent d’une occasion en or de revenir à l’essentiel.

Souhaitons que tous s’en souviennent et qu’une prise de conscience durable ait lieu, car mon grand-père disait aussi : « chassez le naturel, il revient au galop ».

J’espère que l’histoire ne lui donnera pas raison sur celle-là.

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